40 ans de bande dessinČe tunisienne par le collectif de líAssociation du livre de Tazarka

40 ans de bande dessinée tunisienne par le collectif de l’Association du livre de Tazarka

 

Une mine d’or ludique et éducative

• Une association pétillante pour stimuler l’imaginaire grâce à la bande dessinée et éveiller ainsi les jeunes à une création artistique à la portée de tous.


La bande dessinée n’existe en Tunisie que depuis un peu plus de quarante ans.

Elle est un support qui répond à plusieurs exigences pédagogiques. Bien utilisée en classe, dans le cycle primaire, la BD peut se révéler une véritable mine d’or éducative, un excellent support didactique. Les albums et autres revues peuvent constituer des outils intéressants, que ce soit pour sensibiliser les jeunes à toutes sortes de discours (texte et dessin de Chedly Belkhamsa dans les éditions Kaous Kouzah) ou pour aborder une page de l’histoire (voir Hannibal, le défi de Carthage de Abdelaziz Belkhodja, éditions Apollonia).

La longueur d’avance dont jouit la BD, outre le fait qu’elle éveille les jeunes à la création artistique à la portée de tous, dans le goût des enfants par rapport aux autres genres littéraires, ainsi que la qualité reconnue des BD que les enfants préfèrent, pourraient faire de ce genre littéraire un outil pédagogique précieux.

Ce recueil qui fit figure de mémoire ou d’anthologie des œuvres produites par les bédéistes de Tunisie, nous le devons à l’initiative de l’Association du livre de Tazarka, présidée par Abou Saoud Messadi, figure héraldique de la BD en Tunisie, et Chedly Belkhamsa. Cette action, soutenue par le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, a pour ambition de présenter dans un format assez particulier, des planches de BD parues sur différents supports de presse enfantine et adulte depuis quarante ans. Elle a aussi pour but de rappeler qu’actuellement, avec plus de onze instituts des Beaux- Arts, qui parsèment le pays, il serait étonnant que parmi les centaines d’étudiants, il n’y ait pas de talents cachés.

Ce recueil ou nomenclature regroupe une quinzaine d’artistes dont Lotfi Ben Sassi de La Presse, Moncef Zariat et Hassanein Ben Amou de Irfane, Chedly Belkhamsa, Moncef El Kateb et Habib Bouhaouel de Kaous Kouzah, Slaheddine Triki, Seïfallah et Haythem Dargouth, Omar Bey de l’Association du livre de Tazarka. Les promoteurs de cet ouvrage retraçant l’histoire de la BD dans notre pays espèrent remuer l’eau qui dort et sortir des archives du passé pour que la BD retrouve son élan tout en étant convaincus qu’il faudrait certainement revoir la façon de travailler, d’écrire des scénarios mieux appropriés au contexte social et de trouver des éditeurs prêts à se lancer dans l’aventure bien payante, d’ailleurs, sponsorisée par des établissements publics ou privés avec lesquels la BD pourrait accompagner d’autres arts.

La petite histoire de la BD en Tunisie
En Tunisie, la BD n’a pas connu le même essor que la caricature ou l’illustration. Il faudra attendre l’année 1965 pour voir naître la première revue pour enfants : Irfane, suivie en 1968 par Chahloul, mensuel qui cessera de paraître après 17 numéros, Cosco, mort - né en octobre 1968, Anis, née en 1978, disparaît deux ans après. Elle sera relayée par Kaous Kouzah dont le parcours durera cinq années fastes. Elle sera la seule à pourvoir le marché de la BD en histoires complètes et épisodiques. Concurrencée à l’époque par des revues du Proche-Orient, elle a réussi à s’imposer dans le paysage médiatique tunisien, puis maghrébin. C’est précisément dans cette dynamique qu’a été organisé le premier Festival de la BD de la Médina en 1985 à l’initiative de Mongi Mejri qui fait autorité en la matière, puisque sa collection en BD compte 5.000 albums dans tous les genres qu’il continue par ailleurs à alimenter. Il a bien essayé de créer sa propre revue de BD en 1978, mais sans succès. Quelques années plus tard, il monte le premier Festival de BD à Dar Lasram. D’éminents éditeurs, dessinateurs, scénaristes et autres artistes locaux et étrangers se sont rencontrés pendant une semaine à l’occasion de ce salon, restant hélas sans lendemain.
Dans les années 1990, le 9e art vivait une embellie avec le lancement de plusieurs revues, Chaïma, Faracha, etc. Le retour de Irfane allait donner une nouvelle impulsion à un art en constante progression. Par ailleurs, la BD humoristique, grâce à l’apport de Lotfi Ben Sassi, continue de remporter tous les suffrages. Quant à Abdelaziz Belkhodja, il semble avoir trouvé la voie, en allant défricher l’histoire de Carthage et en se faisant accompagner d’excellents dessinateurs.


Il faudra attendre 1997 pour assister à la naissance du premier salon international de la BD de Tazarka, le seul qui se poursuit et qui a fêté son 11e anniversaire en 2007. L’Association du livre de Tazarka a participé activement en 2006 au Festival international de la BD d’Angoulême et l’été dernier à celui d’Alger où elle a glané plusieurs prix.

Cependant, et malgré toutes ces tentatives, la majorité des éditeurs tunisiens feint encore d’ignorer la BD, alors que la masse des lecteurs continue de la cantonner dans la littérature enfantine, exception faite d’une petite minorité qui persiste à voir en elle un médium attrayant, peu onéreux et présent partout et qui regorge de potentialités ludiques et pédagogiques pour l’instant peu exploitées.

 

 

Adel LATRECH            

 

Source : La presse