Dalila Meftahi au "Quotidien" : Pourquoi le casting de nos films se fait-il en cachette?
A cœur vaillant, rien n’est impossible!” est la devise de la comédienne Dalila Meftahi. Tel un caméléon, elle change d’un rôle à un autre facilement. De sa rencontre avec Omar Chérif, de sa nouvelle production théâtrale et du cinéma tunisien, Dalila Meftahi nous parle en toute franchise.

Du feuilleton “Comptes et mécomptes” au sit-com “Jari ya Hamouda”, Dalila Meftahi semble choisir la télévision au détriment du cinéma. Qu’en pensez-vous? — Au contraire, je viens d’achever le tournage de mon rôle dans une super-production étrangère intitulée “Saint Pierre”. Ce film se focalise sur une période délicate avant la mort du Christ et surtout sur les témoignages des Apôtres. Trente comédiens tunisiens ont participé à ce film dont le tournage a eu lieu dans la cité cinématographique “Cartago” de Tarek Ben Ammar.

 

Durant dix jours et avec un staff pratiquement tunisien, nous avons joué et démontré le savoir-faire tunisien et c’est très important pour promouvoir le cinéma tunisien dans ses multiples facettes. Je veux aussi signaler que le fait de tourner une production de taille en Tunisie, avec la participation d’un grand nombre de comédiens et de techniciens tunisiens et dans une cité cinématographique tunisienne est un honneur. C’est vrai que nos rôles sont de courte durée mais le plus important c’est que les comédiens tunisiens ont trouvé leur place dans ce film étranger et ont fait tout pour réussir leur prestation sur tous les plans et surtout sur le plan linguistique…

 

Nous avons joué en anglais! Invitée à participer dans ce film après le casting, j’ai été très émue de jouer aux côtés de Omar Chérif, je n’ai jamais rêvé ou imaginé un jour de jouer avec lui dans un film. Je ne vous cache pas, je ne réalise pas jusqu’à aujourd’hui que j’ai été sur le même plateau de tournage que le grand Omar. Vous semblez subjuguée par cet acteur? — Omar Chérif est un grand artiste! C’est un grand et noble Monsieur! J’ai joué auparavant avec de grandes figures du cinéma italien, mais Omar Chérif est un artiste hors pair! Il a été d’une gentillesse extrême et d’une grande modestie. Ce sont des détails qui font la différence et qui font aussi la popularité d’une vedette. Mais où en êtes-vous dans la cinéma tunisien? — Avec mes respects pour quelques réalisateurs, je veux signaler que le casting de nos films se fait en cachette pour servir des intérêts occultes. Je me demande où sont nos comédiens professionnels dans ces films? Le réalisateur doit penser à tous nos comédiens, à tous ceux qui bouleversent les scènes théâtrales… à toutes les générations.

 

Le cinéma tunisien est un cinéma d’auteur. C’est un facteur positif qui évite à notre cinéma de tomber dans les pièges de la production commerciale pure et dure. Le réalisateur tunisien quand il voyage avec son film, il voyage avec l’image du pays… avec sa culture et il ouvre d’autres portes pour nos comédiens. Nos réalisateurs bénéficient d’aides à la production étatiques et c’est pour cette raison qu’ils doivent aider, eux aussi, le comédien tunisien à jouer et à briller. La participation dans un film national est un honneur! Vous avez obtenu des prix avec vos deux premières productions théâtrales. Ces succès ne vous ont-ils pas donné l’appétit pour présenter une nouvelle pièce de théâtre? — Actuellement, je suis en train de fignoler une nouvelle pièce de théâtre “Dar Hejar”. Le texte est signée par Lotfi Ben Salah et je m’occupe de la mise en scène alors que sur les planches on trouve Kamel Kaâbi et Chérif Khélifi. Ces deux comédiens qui ont reçu, depuis quelque temps, une formation à l’école de pratique des métiers des arts scéniques fondée par Moncef Souissi au Kef ont joué dans plusieurs pièces. C’est dans la période 1999-2003 que j’ai croisé ces deux jeunes comédiens dans la pièce “Chouâra” (Poètes) de Saber Hammi. C’est ma troisième pièce dans le cadre de ma société de production “Massrah Ennes” (Le théâtre des gens) fondée en 2002. La production théâtrale pour moi est un acte d’amour avant toute autre chose. Je produis avec mes propres moyens dans le but de satisfaire un besoin et c’est pour cette raison que je prends tout mon temps. Loin de toutes ces activités, que faites-vous si vous n’avez pas de tournage et que vous avez du temps libre? — Je lis! Je dévore tous les livres que je trouve devant moi. Je viens d’achever la lecture du nouveau recueil de poèmes du grand poète palestinien Mahmoud Darwich intitulé “Al-Amal Al-Jadid” (Le nouvel espoir). Quels sont vos chanteurs préférés qui vous accompagnent partout et à n’importe quel moment? — J’adore Dhikra Mohamed et Lotfi Bouchnak. Ces deux voix défient le temps et je suis impressionnée par cette sincérité et ces émotions qui émergent de leurs chansons. Qu’attendez-vous de l’année 2005? — Mon grand souhait est que le cinéma tunisien trouve une place sous le soleil surtout qu’il mérite cette place vu sa haute qualité et ça serait formidable que nos réalisateurs pensent à inviter tous les comédiens tunisiens et ainsi que quelques jeunes talents de l’Institut supérieur des arts dramatiques.

 

Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI