Française de Souad Bouhati (France) au Colisée
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Racines...


Jeudi soir, les cinéphiles ont afflué vers la salle de cinéma Le Colisée pour découvrir Française, le premier long métrage de  la réalisatrice d'origine marocaine Souad Bouhati,  programmé dans les Journées du cinéma européen.

Française raconte l’histoire d’une jeune fille, Sofia, (Hafsia Herzi, la découverte de La Graine et le Mulet de Abdellatif Kechiche), née en France de parents maghrébins. Au début, on découvre une petite fille de dix ans, bonne élève, inséparable d’une joyeuse bande de petits camarades qu’elle rejoint en cachette après l’école, heureuse et bien dans sa peau. Jusqu’au soir où, brutalement, on l’engouffre dans la voiture familiale, lourdement chargée, direction : un pays dont elle ignore tout, le Maroc.


C’est alors le véritable déchirement pour la fillette contrainte de se plier aux exigences de ses parents en mal du pays, et qui va poursuivre sa vie d’adolescente en se réfugiant dans les études, avec comme seul objectif,  passer son Bac , afin de retourner en France.Toute l’intrigue du film est là.


Française traite ,donc, de l’immigration, et des difficultés d’intégration. Cependant, on découvre progressivement que, pour traiter de la crise identitaire, Souad Bouhati a su prendre le sujet généreusement, à l’opposé de ce qui se fait habituellement. La France, ici, ne passe pas obligatoirement pour une terre trop difficile à intégrer, où il ne fait pas bon vivre pour un immigré ou enfant d’immigré. Mais pour  ce pays violemment quitté et qui devient pour Sofia un fantasme, proche de l’idéal. Ce sera son rêve le plus cher ,le pays de son cœur, où les femmes ne sont pas soumises aux diktats des hommes, et qui peuvent porter jupes courtes et décolletés, avoir un vrai travail, sortir et vivre librement. Alors qu’au bled, où son père cultive des oliviers, la famille ne l’entend pas ainsi. Un bon mari l’attend, que veut-elle donc d’autre ?
Souad Bouhati transmet à travers ce film une volonté d’échapper aux stéréotypes de la femme orientale. L’indépendance des femmes marocaines passe souvent pour un idéal impossible. Les parents de Sofia vont même jusqu’à cacher son passeport et refusent de le lui rendre et, pourtant, elle refuse les conventions. Elle fait des études, elle a un copain, des rêves d’évasion. L’enjeu de Française est là. Bien plus que d’opter pour un pays à la défaveur d’un autre, il s’agit avant tout d’être libre de choisir ; un choix judicieux et non basé  sur un simple entêtement ou un esprit de contradiction.


Du point de vue  réalisation, on remarque un côté très appliqué des cadrages et une dynamique significative de la caméra: caméra en mouvement pour décrire les moments d’étouffement de Sofia, accentués par un montage de plans courts et saccadés, nombreuses plongées dévoilant une jeune fille regardant vers le haut, rêvant d’avenir lointain, de maîtrise de sa destinée. Quant à l’interprétation , le naturel des personnages crève l’écran. Un film vrai, attachant!

 

Ronz Nedim    

 

Source : La presse