Plongée
Sur le mode des JCC
Il n’est pas un cinéaste, un cinéphile, un critique qui ne se soit réjoui du haut taux de fréquentation enregistré lors des XXIIe JCC.


Question, toutefois : pourquoi ce succès de circonstance n’est-il pas transformé en réussite de toute l’année? Pourquoi nos salles dont le nombre rétrécit comme peau de chagrin et qui ont de plus en plus de mal à survivre ne maintiennent-elles pas le tarif promotionnel qui leur a valu de telles affluences et pourquoi ne programment-elles pas le même genre de films qui ont si bien attiré les publics?


Entre des prix d’entrée ordinaires dont la conséquence est une crise d’exploitation et «un marketing ouvert» qui est au moins sûr de ratisser sur le grand nombre, est-il encore permis d’hésiter?


Qui plus est, et au vu des excellents résultats de la toute dernière session, les pouvoirs publics ne peuvent-ils pas envisager, de leur part, une sorte de «compensation des tarifs» afin de contribuer à la reprise économique de ces salles?
Sur un court ou moyen terme cela aurait non seulement l’avantage de stimuler la fréquentation mais encore, on l’a vérifié au cours des JCC, de confirmer la veine cinéphilique du public tunisien en favorisant le cinéma d’art et d’essai et en offrant à nos films d’auteur l’occasion de tenir plus longtemps l’affiche.

Une ville égénérée

Autre avantage : la réduction de la dépendance à la télévision. Le petit écran a un rôle social et culturel à jouer, certes, mais  certainement pas dans l’excès qu’on lui connaît. Nos téléspectateurs «fondent», hélas, dans le tout divertissement. Il est peut-être temps de les reconvertir au 7e Art, et de les réinviter à la culture de la cité.
Nous avons encore en tête le souvenir récent de l’effervescence extraordinaire qu’a connue la capitale à l’occasion des dernières journées cinématographiques. C’était la vraie fête populaire, mais c’était aussi, surtout, le rendez- vous quotidien du débat culturel et artistique. Une ville régénérée par le cinéma!


Evidemment, tout cela peut paraître difficile à mettre en œuvre, utopique, voire. Les moyens peuvent, en effet, ne pas être disponibles. Les mentalités non plus.


On l’a dit, cependant : compte tenu de la situation actuelle de l’exploitation, le secteur n’a pratiquement plus rien à perdre. Nous avions plus de 450 salles au début des années 60, elles ne sont plus qu’une quinzaine sur tout le territoire de la République. Si quelque chose n’est pas tentée au plus vite, ce sera la disparition, ni plus ni moins. Imaginons ce que nous y perdrions tous comme animation, comme culture, comme construction,comme éducation.
Les XXIIe JCC ont proposé à nos regards un échantillon de la vitalité urbaine du cinéma. Ce n’était peut-être pas qu’un «éclair passager». C’était peut-être l’annonce. Alors essayons: donnons à «l’éclair» une durée.

 

Khaled TEBOURBI      
 
Source : La presse