L'autre moitié du ciel de Kalthoum Bornaz
Sur nos écrans, cette semaine, un film tunisien. L’autre moitié du ciel de Kalthoum Bornaz, la réalisatrice de Keswa qui, dix ans après, signe un nouveau long-métrage, le thème aussi.

Dix ans après Keswa, Kalthoum Bornaz signe un nouveau long-métrage, L’autre moitié du ciel. Autant le dire tout de suite, il y a une évolution sensible dans la narration filmique par rapport à Keswa.
Le propos y est beaucoup plus ramassé et distinct. Avec peu de moyens, la réalisatrice a su sauver l’image qui roule sur une bande-son très réussie.
L’histoire se déroule dans une famille composée d’un père, d’une soeur et d’un frère.
Un père peu prolixe et presque taciturne avec ses enfants et dont la tendresse est carrément absente. Un père (Younès Ferhi) qui ne ferme pas ses battants à double tour que sur la tendresse mais aussi sur sa défunte épouse. Ases enfants, il n’en parle jamais. Même sa tombe est de l’ordre de l’inaccessible pour sa progéniture. Pourquoi ? Ce n’est pas seulement le spectateur qui se pose la question… Ses enfants Sélima (Sana Kassous) et Sélim (Mourad Meherzi) ont beau «enquêter»…rien! Ali a effacé toutes les traces. À ce titre, le film aiguise notre curiosité et nous pousse à aller jusqu’au bout sans nous ennuyer puisque les dialogues ne sont pas indigestes et les scènes ne sont pas fluviales.
Métaphorique ou clairement exprimée, l’image de la mère, cette absente hyperprésente traverse tout le film sans le monopoliser puisque le scénario a pris soin d’introduire une histoire d’amour entre Sélima et Bassam (Kamel Ayham), le ressortissant d’un pays arabe. Une histoire qui met l’accent sur la différence de la femme tunisienne par rapport aux autres pays arabes sur un point de vue juridique.
Mais avec L’autre moitié du ciel, Kalthoum Bornaz aurait pu tomber dans le discours féministe éculé, primaire et, somme toute, rébarbatif de nos jours. Pourquoi ? Parce qu’elle a évoqué un sujet pour la première fois traité en fiction : l’héritage féminin. Une évocation sobre, sans emphase et pas du tout lassante. Elle a choisi de le traiter par la voix du coeur avec la distance nécessaire qui destine le message aux familles et non aux institutions… Aucune trace n’y figure d’ailleurs. La réalisatrice a personnalisé le message. Elle ne l’a pas institutionnalisé et c’est ce qui a sauvé le film, à notre sens.
Pour savoir ce qu’en pense Kalthoum Bornaz dans une métaphore au second degré, il faut voir la dernière scène du film.

Salem TRABELSI
(La Presse Magazine du 5 octobre 2008)