Question C : On aura fait le tour

Question C, comme Cinéma : le cinéma tunisien a-t-il de beaux jours devant lui ?


On ne peut échapper à la question. Et en même temps, on aurait tendance à ne pas vouloir se la poser tant la réponse nous semble parfois évidente, quand on considère tout ce qui se passe et l'évolution des choses, si évolution il y a.

Témoins d'une triste involution, nous espérons la révolution, qui ne vient toujours pas. Parfois on la sent flotter, s'annoncer, avec un brin d'espoir à l'apparition d'un petit bijou - qui ne l'est pas trop - ou à la constatation de l'intérêt suscité chez les spectateurs par tel ou tel produit. Mais c'est souvent trop fantasmé.

Peut-être est-ce vain de se pencher sur la question, de rabâcher un sujet que l'on a tellement traité, et pour cause ! C'est par dépit qu'on le remet sur le tapis, qu'on essaye de le disséquer, qu'on se pose plein de questions, qu'on guette les réponses, qu'on en invente... Oui, peut-être est-ce inutile de vouloir considérer les choses telles qu'elles sont et de tenter de prévoir ce qu'il en sera de notre cher cinéma dans les temps à venir, quand tout le monde aura déjà posé la question, tiré la sonnette d'alarme... Toujours est-il que l'on ne voudrait pas se taire, malgré un sévère.


Car, une chose est sûre : le Tunisien est cinéphile. Il ne fait pas toujours les bons choix, ou du moins les meilleurs, mais sa passion du cinéma est indéniable. Faut-il accuser les vendeurs de DVD gravés qui existent dans chaque coin de rue, et chez qui on trouve aussi bien des films inédits, que ceux tout juste sortis en salles? Faut-il vraiment leur faire procès, s'acharner sur eux comme on le fait, même si c'est contraire à la loi, quand on sait que c'est faute de choix qu'on "se sustente" de chez eux ? Car les DVD originaux ne sont pas disponibles en Tunisie, et quand bien même ils le seraient, un Tunisien moyen ne pourrait jamais se les acquérir à cause des prix exorbitants. Alors cette pratique n'est pas aussi néfaste que cela : s'il y avait plus de salles de cinéma ouvertes, moins de films moisis et rayés, plus d'intérêt accordés au secteur et aux attentes du public, et un tant soi peu de clairvoyance une bonne stratégie (publicitaire ou ce que vous voulez)**; les salles de cinéma commenceraient à se remplir, en témoigne le phénomène que l'on observe lors des festivals de cinéma, JCC et autres.

On pourrait reprocher aux vendeurs de DVD, la mise en vente de copies piratées des films tunisiens qui sortent en. Ne voulant pas payer d'amende, les vendeurs n'informent de la possession des nouveaux films tunisiens que leurs clients les plus fidèles. Et le Tunisien paresseux de profiter de la situation... le Tunisien qui ne connaît pas vraiment le plaisir qu'il y a à voir un film en salle, et qui n'a donc rien de cinéphile.

On pourrait plonger davantage dans cette question, et se perdre dans de nombreux liens de cause à effet, et, au final, dans une sorte de cercle vicieux. On parle bien évidemment du cinéma tunisien, dont le déclin n'est plus à prouver, et le puits nous paraît sans fond. C'en est si étourdissant que l'on ne sait plus à qui imputer la faute, alors que, c'est une certitude, tout le monde y va de son erreur : les directeurs de cinéma qui n'ont plus aucun repère; les spectateurs qui n'ont plus le sens de la responsabilité; les cinéastes qui ne font pas souvent le bon choix; les producteurs qui misent sur de mauvais projets; de même que le Ministère dont on ne comprend pas toujours la logique cnsistant à subventionner certaines propositions.

Il y a un fait : un film tunisien ne peut aujourd'hui avoir d'existence sans la participation de l'État, et pour qu'il y ait participation, il faut qu'il y ait accord. La somme avancée par le Ministère de la Culture est toujours la plus importante, et une commission décide de l'accorder ou pas. Celle-ci doit faire un choix, qui ne sera pas sans conséquences. Les projets sont examinés, parfois après des années, et les cinéastes en pâtissent. Ceux-ci ne se rendent pas compte que parfois leur idée est catastrophique. Mais le fait est que des projets excellents, qui valent vraiment le détour, sont écartés. Alors soit on leur débrouille des petits producteurs, même dans d'autres pays; soit on les réalise (on les bâcle) avec ses propres moyens. Ou alors on leur fait jamais voir le jour. Des cinéastes tunisiens, dont Moufida Tlatli, qui n'ont plus rien à prouver, souffrent de ce problème, quand de mauvais projets arrivent à voir le jour.

La semaine dernière, on a remarqué la sortie d'un nouveau film tunisien : "L'autre moitié du ciel", de Kalthoum Bornaz. On en pense ce qu'on en pense (lire le Temps du vendredi 10 octobre 2008), mais on ne peut s'empêcher de retomber dans le cercle vicieux dont on a parlé plus haut. Le cinéma tunisien est-il en mesure d'avoir de beaux jours devant lui ?
Une question naïve ? Oui, peut-être...

 

Source : Le temps