Nous travaillons toujours dans l'ombre

Landrine Agbokpazo Interview avec Landrine Agbokpazo : comédienne Togolaise

Son parcours est aussi celui de tous ces jeunes africaines qui cherchent à percer dans un milieu de plus en plus difficile, celui du cinéma. Comédienne Togolaise, Landrine Agbokpazo, ne veut plus se contenter des seconds rôles confiés souvent aux actrices africaines installée à Paris. En décidant de devenir productrice, elle veut donner plus de chance aux talents du continent noir loin des grosses machines européenne du septième art.

 

 

Comment réagis-tu à cet intérêt du pavillon cinémas du sud au cinéma de la femme en Afrique à l’occasion du 61ème Festival de Cannes ?  
Ce pavillon est le seul espace qui s’occupe de nous pendant le Festival de Cannes, Il met nos intérêts en valeur et nous permet de faire des rencontres (entre nous), de suivre des conférences et  de diffuser le peu de choses que nous arrivons à produire ou à réaliser. C'est l'endroit où nous sommes tous réunis.
 
A ton avis pourquoi cet intérêt spécial porté aux femmes cinéastes  venant du continent africain ?
Je crois que cela s'inscrit dans la volonté de reconnaitre les femmes africaines. Contrairement à nos collègues européennes, nous travaillons toujours dans l'ombre. Nous faisons le même travail, nous avons le même parcours, mais nous sommes toujours mises en arrière-plan. Pour une fois grâce à ce pavillon, on est en avant.

C’est  souvent difficile de faire son entrée dans le cinéma. Cela  a-t-il  été  le cas pour toi ?

J'ai fait des études cinématographiques en France à l'ICA (Institut de la communication audiovisuelle).J’ai eu la chance d’avoir été élue meilleure actrice de mon école aussi. C'est mon école qui d’ailleurs m'a fait connaitre le festival de Cannes en me permettant d'y venir il y a quelques années. La formation que j'ai eue m'a permis par la suite de mener des expériences de création théâtrale avec les enfants dans le cadre scolaire au Togo.

Tu t’es  mise à la production .Qu’est ce qui explique ce choix ?

 Je vois qu'aujourd'hui si on veut attendre que quelqu'un nous produise et nous aide à s’exprimer, dans le contexte actuel cette personne risque de tarder à venir. En France, à titre d’exemple, les propositions de rôle dans le film à destination des actrices noires se font de plus en plus rares.
Nous nous sommes donc mis  ensemble afin de produire nos propres œuvres afin de donner une chance à des talents confinés aux seconds rôles ou carrément oubliés par les grosses machines de production.

Tu es une productrice militante donc. As-tu un engagement particulier pour la cause féminine ou pour le cinéma africain en général ?

Je me suis mise à la production pour le bien du cinéma africain en général. Nous sommes tous logés à la même enseigne. J'en connais plein qui sont des producteurs, mais quand ils approchent un fonds d'aide, on exige d'eux vingt ans et trente ans d'expérience. Il faut bien que les gens qui ont tant d'expériences forment des jeunes pour qu'ils puissent prendre la relève demain. J’ai peur que bientôt il n'y aura personne pour produire le cinéma africain.

Quelle est la situation du cinéma togolais actuellement? Comment vont la production, l’exploitation et la formation? Est-ce que les jeunes arrivent à trouver un espace propice à leur émergence ?
Les femmes trouvent-t-elle un espace pour s'exprimer ou bien ont-elles des problèmes spécifiques en termes de production et de visibilité ?
Notre cinéma et en crise c'est le moins qu'on puisse dire. Beaucoup ont baissé les bras. Aujourd'hui il y a quelques collègues qui ont repris conscience de la gravité de la crise. Ils se sont mis ensemble et ont mis en place des structures de production. Mais évidemment ces jeunes ont besoin d'être aidés pour pouvoir émerger et s'exprimer.
 
Et les femmes comment se situent-elle par rapport à ces conditions de production et d'expression ?

 Il y a encore quelques jeunes acteurs et actrices, mais sincèrement c'est une toute petite minorité. Cela n’empêche pas que je ne suis pas d'accord avec ceux qui pensent qu’il n’ya pas de l’espoir. Tant qu'on est là, avec nos idées, nos sentiments, il y aura de l'espoir. De mon côté j'essaye de les pousser à se battre pour que le Togo puisse s'en sortir.

Rencontrée par Hassouna Mansouri  
Mediapower, agence de presse