En Afrique, le cinéma est une voie difficile

Fatoumata Diawara Interview avec Fatoumata Diawara : Actrice malienne

Elle est comédienne et chanteuse malienne, et elle est installée à Paris. Fatoumata Diawara a été découverte par Cheikh Omar Sissoko à l’occasion du tournage de La Genèse. Elle a été invitée au Pavillon des cinémas du Sud dans le cadre d’une rencontre autour des femmes cinéastes du Sud

 

 

Tu vis à Paris donc tu es partagée entre le Mali et la France.  Si tu étais complètement installée au Mali est-ce que tu crois que cela aurait rendu ton travail plus difficile ou bien le contraire ?

Je ne me suis jamais posé la question. Je vis à Paris et je continue de travaille entre le Mali et la France et je vais très souvent en Afrique d’une manière générale. Au Mali j’ai un parcours assez particulier de telle sorte que je n’aurai pas de problème de vivre au Mali et que ce soit particulièrement difficile. Déjà, c’est partout difficile. Au Mali c’était même plus facile pour moi puisque dès l’âge de 14 ans j’ai joué dans un premier film. Après je n’ai pas arrêté, j’ai toujours eu des propositions  de film . J’ai fait La Genèse avec Cheikh Omar Sissoko. Puis j’ai travaillé sur une création de Sotigui Kouyaté sur Antigone qui a duré deux ans. Ensuite j’ai fait Sia, le rêve du Python de Dany Kouyaté. Ce n’est qu’après que je suis venue à Paris parce qu’il y a une compagnie de théâtre de rue qui est venue me chercher à Bamako et depuis ca tourne à 90% l’année. Donc avec les films que j’avais déjà faits au Mali, j’étais sollicitée et je n’avais pas à faire des auditions. Parfois je crois que c’était plus facile en Afrique, mais je me dis non c’est difficile partout pour me consoler.

 

 

Est-ce que tu as une idée sur les conditions de travail des comédiennes au Mali, et s`il y a de nouveaux talents qui sont en train d’émerger ?


C’est sûr qu’il y en a mais pas beaucoup comme partout en Afrique. C’est une voie très difficile. Les parents ne voient pas toujours le métier d’un bon œil. Même moi je ne sais pas si un jours je laisserai ma fille devenir comédienne. C’est sûr, ma fille ou mon fils aura le choix de faire ce qu’il ou elle veut. Mais, je leur dirait que je vais avoir peur. Je suis seule à savoir quel genre de décision il m’a fallu prendre pour pouvoir avoir le titre de comédienne confirmée et de vivre de cela. C’est très difficile comme chemin. Donc, au Mali je comprends qu’il n’y en ait pas beaucoup. Mais il est sûr qu’il y en a, il y aura toujours des artistes, des gens qui naissent avec cette passion. Mais il ne dois pas y avoir des milliers.

 

 

Par rapport à ta carrière, le travail avec de grands noms comme Sotigui Kouyaté, Cheikh Omar Sissoko, cela a dû jouer un grand rôle dans ta formation.


J’ai appris énormément. Sur le tournage de La Genèse j’ai ouvert les yeux et j’ai compris que ce ne sera pas facile. J’avais le rôle de Dina, premier personnage féminin, entourée de gens comme Salif Keita et Sotigui kouyaté, et n’ayant pas eu de formation auparavant. Donc voilà une jeune fille de quatorze ans qui a tout de suite un premier rôle et à qui on a confié ce personnage. Il a fallu que je sois grande tout d suite. Je n’ai pas eu d’attention spéciale. On n’a pas dit on a pitié d’elle, il faut lui apprendre le métier, lui laisser le temps. Non, c’est là que j’ai compris à quel point ce sera difficile. Mais en même temps c’était bien pour moi, on m’a donné un coup de fouet et du coup j’ai gardé ce même rythme. Je ne prends pas à la légère chaque chose qu’on me donne. Chaque fois que j’entends « action » j’ai envie de jouer comme la première fois. Dina est un personnage fou, habiter le personnage voulait dire apprendre la justesse la vérité de l’émotion à cet âge-là.

 

 

Le travail sur une pièce dure comme Antigone, adaptation africaine après Sophocle, Giraudoux est une expérience inégalable. Dans quelle mesure cela a-t-il forgé encore plus ta personnalité artistique ?


Ce n’était pas un hasard. La pièce a été écrite par le même adaptateur qui avait écrit La Genèse. Il m’avait vue sur le plateau de La Genèse et avec Sotigui ils ont mis le projet en place.  Je crois que je leur ai donné des idées. Donc c’est sur le plateau de La Genèse qu’il m’ont promis cette aventure. Je me rappelle que Sotigui m’a dit : « Je vais te prendre en main, toi ». C’était pas un hasard. C’était la base de tout. L’adaptation était faite par Jean Louis Sagodivauroux un écrivain scénariste français qui était un peu mon père. Pendant deux ans on a été en France pour une tournée, je n’avais que 16 / 17 ans et j’avoue que j’ai appris beaucoup de choses. Je me suis rendu compte que les salles de spectacles existaient et que les gens investissaient dans l’art, dans ce métier. Il y avait tout un monde en dehors du Mali. Je crois que c’est vraiment à partir de ce moment –là que j’ai cru en ce métier et j’ai décidé de le faire. Je crois fortement que Sotigui m’a prise dans ce projet pour me donner quelque chose.

 

 

Est-ce que tu comptes revenir au Mali, y monter des projets pour toi-même ?


Bien sûr, bien sûr… Tout ce que je fais aujourd’hui je pense au futur et ce futur je le vois au Mali. C’est bizarre. Je me dis qu’ici tout est acquis ou presque. Ils sont déjà avancés par rapport à nous. Si j’ai besoin vraiment de faire de quelque chose et de m’imposer ce n’est pas en France. Il y a déjà de très grands metteurs en scène, cinéastes, écrivains… Si je dois donner le fruit de mon travail ce sera à l’Afrique que je le donnerai. Ce fruit-là est à mon Afrique. Après que ce soit au Mali ou au Burkina ou au Sénégal peu importe. Cela doit profiter à tout le continent pas seulement au Mali. Pour l’instant, quand je pense au futur, à quarante ans plus tard, je vois tous mes projet en Afriques.

 

 

Propos recueillis par Hassouna Mansouri

Mediapower, agence de presse