Réseau méditerranéen de salles de cinéma
Une stratégie commune au service des films d’auteur

 

Le processus de création d’un réseau méditerranéen de salles de cinéma vient d’être lancé à Hammamet. C’est le fruit d’un atelier qui s’est déroulé du 16 au 18 août au Centre Culturel de la ville, réunissant exploitants de salles, animateurs et cinéastes de la Méditerranée.

L’initiative est celle du CinémAfricArt qui, après une première saison réussie, cherche à envisager l’avenir avec plus d’assurance, en engageant une réflexion commune sur la création d’un réseau régional, assurant une meilleure circulation du film d’auteur de part et d’autre du Bassin méditerranéen. Mais l’atelier a été aussi une occasion pour étudier les difficultés auxquelles font face les salles d’art et d’essai et les moyens de les surmonter ensemble.
Pendant trois jours, des exploitants et des animateurs de salles, des critiques cinématographiques et des cinéastes des deux rives se sont réunis autour de plusieurs thématiques dont la communication, la piraterie, le jeune public, le sous-titrage, les ciné-clubs et les équipements numériques.

Un cinéma alternatif


Dirigé par Tahar Chikhaoui, critique cinématographique, l’atelier a permis l’exposition de quelques expériences dans le Bassin. Ainsi, nous avons pu connaître le vécu de la salle Métropolis au Liban ou du théâtre-cinéma d’Al Kassaba à Ramallah en Palestine ou encore de la salle l’Alhambra à Marseille. Toutes ont en commun cette recherche pour offrir au public : un cinéma différent, alternatif au cinéma commercial qui envahit nos grands écrans et nos télévisions et pour créer une cinéphilie. Ce choix reste dur à assumer pourtant, et la survie de ces salles relève de la pure résistance de leurs exploitants qui se battent voilà déjà longtemps afin de continuer à exister.
Tel est le combat quotidien de Hania Mroué, directrice de la salle Métropolis à Beyrouth, qui dit ne pas pouvoir élaborer sa programmation une année à l’avance car elle ne sait pas si dans trois mois sa salle sera encore ouverte.


Sourour Krouna, travaillant au CinémAfricArt, a évoqué de son côté le problème de la communication autour des films afin d’attirer le public. Selon elle, le coût est énorme : il représente 50% du budget de la salle. En plus c’est une charge fixe alors que les recettes sont variables selon le film projeté. Pour cela, elle suggère d’élaborer un plan commun de communication et de créer un réseau d’informations afin de réduire les frais de publicité.
Quant à Habib Belhadi, le directeur de la CinémAfricArt a voulu attirer l’attention sur l’importance du sous-titrage des pellicules, en l’occurrence
en langue arabe, qui manque en Tunisie.


D’après lui, il y a actuellement une grande frange de jeunes spectateurs qui préfèrent lire les sous-titres en arabe. «Il faut savoir les attirer.
En outre, cela permettrait aux films tunisiens d’être diffusés dans le Monde arabe».

 

D’autres thématiques pertinentes ont été soulevées, comme la question du piratage qui reste la bête noire aussi bien des exploitants des salles que des cinéastes. Hatem Ben Miled, cinéaste tunisien, considère dans ce sens qu’il faut créer un cinéma particulier qui ne se trouve pas dans les vidéoclubs, mais cela passe avant tout par la promotion de la production de films d’auteur et l’amélioration de la situation des salles.


Ismaël Louati, animateur de Cinéfils, le cinéma-club du théâtre Al Hamra à Tunis, a exposé pour sa part, le côté positif du piratage.


En fait, pour dépasser la contrainte des coûts trop lourds de l’achat des copies, les animateurs de Cinéfils acquièrent des films d’auteur piratés qu’ils projettent pour les cinéphiles et les discutent avec eux.


«Nous sommes conscients que nous transgressons les droits d’auteur, mais c’est la seule façon pour nous de faire vivre ce ciné-club. Je considère cela comme du piratage positif»,
affirme Ismaël. Néanmoins, il suggère des mesures afin de faire face à cette pratique. Il s’agit par exemple, d’imposer une taxe sur les magasins de piraterie, qui pourrait être utilisée pour financer le secteur du cinéma ou encore d’interdire à ces derniers de vendre le film pendant au moins un an après sa sortie dans les salles.

D’une salle de cinéma à un espace culturel polyvalent
Après l’exposition des différents problèmes, place à la suggestion de solutions étroitement liées à la création du réseau méditerranéen.
Selon Tahar Chikhaoui, «ce réseau permettra de lutter contre le piratage car il faudra défendre ensemble un territoire, des principes et des idées». Il pense toutefois que le tissu des salles doit être fort sur le plan local de chaque pays pour être efficace sur le plan régional. Il s’agit donc de créer «un réseau des réseaux».


Quant à Kamel Ben Ouanès, critique cinématographique, il a précisé qu’il est nécessaire de défendre ce projet, car en soi c’est une forme de résistance. Néanmoins, les salles de cinéma sont appelées à varier leurs programmations, à proposer des activités parallèles et à se transformer en véritables espaces culturels polyvalents». C’est ce qu’a cherché à démontrer Souad Rishmawi, du théâtre –cinéma Al Kassaba en Palestine qui a témoigné de son expérience réussie grâce justement à cette variation d’activités, permettant d’attirer un public différent à chaque fois et de le fidéliser.


Habib Belhadi a beaucoup insisté sur l’importance d’unifier le format de projection et de passer au DV caméra, ce qui réduira considérablement les coûts d’acquisition des films. Il a par ailleurs souligné la nécessité pour les salles de «faire des achats communs et de négocier ensemble des bons prix des copies des pellicules».
Hatem Ben Miled a expliqué pour sa part, que l’objectif de ce projet méditerranéen serait «de faciliter la distribution des films et la création avant tout d’un réseau d’informations entre les exploitants des salles dans le Bassin».
L’atelier s’est terminé par l’élaboration d’un document de synthèse où ces suggestions et d’autres ont été formulées. Le processus de création de ce réseau méditerranéen a été lancé.
Le débat continuera en décembre prochain à Casablanca.


Hanène Zbiss  

 

Source : http://www.realites.com.tn