GABON : L'ACTEUR ET RÉALISATEUR PHILIPPE MORY EST DÉCÉDÉ

2016-06-09 10:16:22

 Par Natacha Gorwitz - Jeune Afrique - 08 juin 2016

 

Considéré comme «le père du cinéma gabonais», Philippe Mory s'est éteint mardi soir dans sa résidence de la capitale à l'âge de 81 ans.

«Philippe Mory se serait suicidé dans sa résidence du 6ème arrondissement de Libreville», a indiqué le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Alain Claude Bilié Bi Nzé, joint le 7 juin par téléphone par Jeune Afrique. «C’est une perte immense pour le cinéma gabonais», a-t-il ajouté, sans donner plus de précisions sur les circonstances de la mort de l’acteur et réalisateur.


«Il est considéré comme le père du cinéma gabonais. Nous essayerons de lui rendre hommage avec les honneurs qu’il mérite pour son implication dans le rayonnement de la culture gabonaise», a-t-il ajouté.

Le père du cinéma gabonais

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba a lui aussi réagi à la nouvelle. Sur sa page Facebook on pouvait lire : «Une grande figure du 7ème art s’est éteinte (…) Il a porté les couleurs du Gabon et du cinéma africain jusqu’à Cannes et a su inspirer des générations de cinéphiles».

Début de carrière en France

Philippe Mory a débuté sa carrière en 1954 en France. Repéré par le cinéaste Michel Drach, il tient le rôle principal dans son film «On n’enterre pas le dimanche», qui remporte en 1959 le prix Louis Delluc. Il poursuit ensuite sa carrière au Gabon. En 1962, il participe au film «La cage» de Robert Darène, dont il a également écrit le scénario. Tourné au Gabon, le long-métrage est sélectionné l’année suivante au Festival de Cannes, une première pour le cinéma sub-saharien.

"Les tam-tams se sont tus", premier film en tant que réalisateur

En 1964, il écope de trois années de prison pour sa participation au coup d’État contre Léon Mba. Une expérience qui n’a pas entaché son engagement dans le cinéma puisqu’en 1971, il réalise son premier (et unique) long-métrage «Les tam-tams se sont tus». L’histoire d’Abraham, un jeune sculpteur, qui tombe amoureux de la plus jeune épouse de son oncle, qu’il séduit et emmène à la capitale. La dérive de la jeune villageoise à la découverte des plaisirs de la ville déplait au sculpteur, qui lui reproche de s’occidentaliser et d’oublier les valeurs traditionnelles africaines.

Il reprend ensuite sa carrière d’acteur avec «Le grand blanc» de Bassek Ba Kobhio (1994), un film cru qui retrace l’arrivée du docteur Albert Schweitzer à Lambaréné, sur le fleuve Ogooue.
Philippe Mory s’illustre dans plusieurs long-métrages gabonais, dont la comédie populaire «Les couilles de l’éléphant» (2000) de Henri Joseph Koumba Bididi. Une satire mordante qui met en scène un député en pleine campagne électorale, sûr de son succès jusqu’à ce qu’il soit marabouté par sa épouse qui souffre de le voir courir les femmes.


Engagé dans la promotion du cinéma africain, Philipe Mory participe également à la création de la Fédération panafricaine des cinéastes en 1970, suivie cinq ans plus tard par celle du Centre National du Cinéma gabonais (Cenaci), l’actuel Institut gabonais de l’image et du son, basé à Libreville.

Par Natacha Gorwitz

Source : http://www.jeuneafrique.com/