RENCONTRE AVEC ZAHIRA BEN AMMAR
 Mohamed MAGHREBI — La Presse - Week-end du 27 août 1989

 

Je suis faite pour le théâtre

Dans cette brève rencontre, Zahira Ben Ammar dresse un bilan de son parcours théâtral et évoque d'autres préoccupations artistiques, immédiates et futures.


Seulement, il serait difficile de dissocier l'éclat de la scène des soucis de l’antichambre.

Au portrait de la comédienne de talent, au regard rebelle, répond un autre : celui d’une femme soucieuse de confirmation.


Native de Tunis, Zahira Ben Ammar découvre la passion de la scène avec le théâtre scolaire, après avoir brillé dans son quartier, par ses prouesses d'imitatrice. En 1976, elle adhère à une troupe amateur «le Petit théâtre», pour rejoindre trois ans plus tard «le Théâtre Triangulaire», étape décisive pour sa carrière de comédienne. Elle commente : «avec mon entrée au Théâtre Triangulaire, j'ai réalisé aussitôt que je ne suis faite que pour cet art, pour ce «monstre» que je couve en moi depuis ma prime enfance».


Comédienne racée, au corps élastique et à l'âme généreuse, Zahira est capable de passer aisément du registre de la tragédie grecque (A’rab) a celui allègre et nuancé du mélodrame (Wennès el Kloub). Sa révélation, elle la doit cependant à la trilogie interprétée avec le Théâtre Triangulaire (Eddouleb» 1980 ; «Mawel» 1983, et «Carnaval» 1984). «Je dois beaucoup au metteur en scène et dramaturge Habib Chebil, reconnaît-elle avec une belle franchise. Il a exploré en moi des sensibilités artistiques insoupçonnées.


Et c'est dans sa troupe que j'ai rencontré le théâtre que j'aime. J'ai appris le sens de la recherche, de l'improvisation et de la construction des personnages. Mais après «Carnaval» j’ai demandé à ma troupe de m'accorder un moment de recul, car j’ai senti que cette pièce n'était qu'un «remake» de la grande et belle œuvre qu'était «Mawel». C'est pendant ce temps de ballottage que l'offre du «nouveau théâtre» est venu et que j'ai pu jouer «A’rab» (pièce et film).


Cette expérience a été très enrichissante pour moi». Les deux œuvres en effet (en particulier le film) ont conféré à Zahira Ben Ammar la dimension de comédienne de valeur. Elle poursuit, visiblement satisfaite.
«Au début, j'ai aimé le personnage de «Arbia», mais j'ai eu peur de lui aussi. «Arbia» m'a paru étrangère, je me suis dit alors, ce n'est pas parce qu'elle est rurale que dois la ridiculiser. Je lui ai offerte, alors, tout ce qu'il y a de plus beau en moi : la meilleure intonation, et la meilleure démarche».


Encore impressionnée par la fibre tragique de ce personnage de «A’rab», Zahira Ben Ammar choisit, paradoxalement, pour son expérience d’après, un personnage plutôt léger et loufoque. Il s’agit de «Mlihet Ennès» dans «Wannès el Kloub» du TNT sur un texte et une mise en scène de Mohamed Driss, que notre comédienne évoque, non sans respect et admiration : «Je suis sortie de «A’rab» avec beaucoup déloges, mais aussi, avec une grande charge et une certaine frustration. J'ai alors sauté sur la proposition de M. Driss pour jouer dans sa pièce. Celle-ci est un mélange original de styles théâtraux».


Pour l'avenir, Z.B.A. compte camper un rôle important dans un film italien. Mais pour le présent, elle n’hésite point exhiber sa détermination d'artiste agissante : «Je ne veux pas être un simple décor dans une situation. Je dois forcer sur mon destin de femme arabe», conclut-elle.

Mohamed MAGHREBI
La Presse - Week-end du 27 août 1989