Bidoun 2 de Jilani Saadi : Un film véritablement «sans»

 Auteur : Souad BEN SLIMANE — La Presse du 06-12-2014

 

Finalement, nous avons pu voir le film qui a écrasé tous les longs métrages tunisiens dans le cadre de la commission de sélection pour la compétition officielle de cette 25e édition des JCC. Mais le film porte bien son titre.


Jeudi dernier, quelques quarts d’heure avant la projection, un monde fou attendait l’ouverture des portes du Théâtre municipal.

 

Les guichets, à peine ouverts, ont vite fermé (bizarre !) et une bonne partie du public a dû acheter des billets au noir. On connaît cet enthousiasme des Tunisiens pour leur cinéma national qui mérite assurément un traitement à sa mesure sur les marches du Théâtre. On sait aussi que Bidoun 2, quatrième long métrage de Jilani Saadi était très attendu. D’abord, à cause de son titre intrigant qui veut dire «sans» ou «bidon», et surtout parce qu’il est le seul tunisien à concourir aux côtés d’autres films, comme «Omar» du Palestinien Hany Abu Assad,  «Before snow fall» de l’Irakien Hicham Zaman, ou «La vallée» du Libanais Ghassen Salhab…  des longs métrage percutants, ou de style, presque parfaits de sobriété inspirée et où il n’ y a place que pour la joie de filmer et de raconter une histoire universelle.
Au premier quart d’heure, on espérait encore pardonner ses choix à la fameuse commission de sélection qui ont provoqué l’indignation des producteurs tunisiens, au point de concocter — par réaction — un festival parallèle, appelé «Hors champ» et qui a pour but de montrer une palette plus élargie des toutes dernières productions. Car il y a des films qui n’ont même pas été sélectionnés pour la section Panorama, comme «Challat» de Khaouthar Ben Hnia, par exemple, lequel, quoi qu’on en pense, mérite d’être montré au public. D’autant plus que le parc cinématographique s’est incroyablement rétréci, et que les JCC sont l’occasion rêvée pour les cinéastes de montrer leurs films à un plus large public.
Mais «Bidoun 2», le porte-étendard de cette édition 2014, s’avère, comme son nom l’indique, un film sans. Il ne finit pas de nous raconter une histoire qui ne commence jamais. Le rythme ressemble à celui des films cochons. Il manque de la nudité, et du charnel excitant au scénario,  mais les ingrédients y sont : viol et masturbation.

 

Le film commence par un homme silencieux (Jilani Saadi), qui boit son whisky devant un aquarium, dans lequel on perçoit le portrait renversé de Ben Ali. On retrouve ce même homme qui porte une robe de chambre mauve et des lunettes de plongeur, dans la rue. Il s’y installe avec son pèse-personne soldé à cent millimes. De l’autre côté de la rue, il y a Abdou qui se promène avec un grand miroir sur le toit de sa voiture, et qui passe son temps à attendre son amante devant chez elle. Un troisième personnage, Aïda, apparaît. Il s’agit d’une jeune fille  qui, apparemment, habite un chantier désaffecté et qui  se dispute souvent avec  une personne invisible. 


 

Aïda et Abdou prennent ensemble la route, et c’est là encore que la mise en scène qui ne renonce à aucun délire repart de plus belle dans les élucubrations… Quel est l’enjeu ? Qui sont ces personnages ?

 

Qu’est-ce qui les motive ? Que veut dire cet accident en pleine autoroute ? Et que veulent dire ces enterrements et  ces suicides répétitifs ? Et ces images sous-marines du couple Aïda- Abdou malmenant l’homme à la robe de chambre mauve qui semblait être dans un état comateux ? Et quelle est l’utilité de cette  scène de mariage interminable où Aïda danse jusqu’à la transe ?

 

D’où vient cette musique qui accompagne ces différentes séquences qui s’étirent en longueur ?  Et cette mise en son de l’ANC, (l’Assemblée nationale constituante) qu’ajoute-t-elle à l’action ?

 

Ce qui perturbe le plus, c’est que ces personnages, apparemment en conflit avec leur véritable nature, semblent être déchirés, mais par quoi ? Est-ce par l’angoisse d’être normaux ?



En fin de compte «Bidoun 2» n’est que le caprice coûteux de son auteur. Au final, un malaise. Et que nos confrères critiques intello verbeux ne nous disent surtout pas : «Ce malaise est voulu !». Re-malaise, car ce film représente la Tunisie en compétition officielle.  Et, à part le public tunisien, les invités du festival, ont eux aussi, crié au scandale.

Auteur : Souad BEN SLIMANE
Ajouté le : 06-12-2014

Source : http://www.lapresse.tn/