Les palmiers blessés : Bonne intention, film bâclé

 Par : Med Sadok Lejri

Dans son nouveau long-métrage "Les palmiers blessés", Abdelatif Ben Ammar prend une partie de l'histoire de la Tunisie pour sujet, en l'occurrence, la bataille de Bizerte. A. Ben Ammar attire notre attention, sur la récupération de la lutte du peuple tunisien pour évacuer les troupes françaises de Bizerte, qui a été faite par d'aucuns. Celle-ci fut marquée par des heurts et des effusions de sang.

Bien évidemment, le dessein délibéré du réalisateur de dénoncer les personnes qui pendant la bataille ont fait preuve de pusillanimité, voire de traîtrise, est salutaire. D'autant plus, que ces derniers se sont arrogé par la suite le beau rôle : celui qui "a permis" aux tunisiens de retrouver leur fierté par le truchement d'une  "victoire éclatante", et ce, grâce à eux.

Néanmoins, le film est médiocre.
La pauvreté du scénario nuit bigrement au film. Certaines répliques viennent l'enrichir de manière disparate, grâce à la joliesse des phrases rédigées en arabe littéraire et prononcées par Néji Nejah interprétant le rôle d'un écrivain imposteur. De ces phrases découlent métaphores et "mérites" imagés. Malheureusement, à part ces quelques répliques qui dénotent une belle plume, on pourrait presque se passer du reste.

Le jeu des acteurs est mauvais. Leïla OUAZ, l'actrice qui joue le rôle principal, exhale de l'amateurisme à tout-va, et ce sur fond d'une contenance embarrassée.
Néji Nejah qui joue le rôle de l'écrivain imposteur n'est guère convaincant dans l'ensemble. Sauf, lors des répliques susmentionnées en arabe littéraire, qui sont en l'occurrence, des extraits du livre qu'il rédige. Il nous offre aussi une bonne prestation à la fin du film en dépit d'une théâtralité excessive.
Le personnage interprété par Jawhar BASTI, pourrait aisément nous faire revenir à la mémoire, les jeunes hommes des feuilletons ramadanesques qu'on pourrait faire passer pour LES "gendres idéaux". Le genre de personnages qui n'hésitent point à s'ingénier pour plaire, et ce, grâce à deux qualités essentielles : la bonté et la vertu.
Le couple d'algériens est le seul à tirer son épingle du jeu, en apportant un côté sympathique au film.

Aussi, il faut souligner que le film est entaché d'anachronisme. En effet, l'histoire se déroule au début des années 1990, et les tenues vestimentaires reflètent le goût des années 2000, voire de la fin de cette décennie.
A un moment donné, on aperçoit sur le pare-brise d'une automobile, trois vignettes autocollantes : celles des années 2008-2009 et celle de la visite technique !

Les scènes parachutées sont nombreuses et les scènes superflues sont légion.
Il y a par exemple celle ou Leïla OUAZ et son amie algérienne s'embrassent et s'amusent sur la plage comme des gamines de huit ans.
Les moments câlins du couple algérien sont un peu longs et niais.
Au milieu d'une scène plus ou mois intense vers la fin du film, on nous montre le petit garçon (fils de l'écrivain imposteur) à deux doigts de se noyer... Dans la salle de bain. Cette noyade vient se greffer sur cette scène. Et la greffe n'a pas pris !

Deux choses présentent de l'intérêt dans ce film.
Il y a tout d'abord, le fait de voir confier à une jeune femme le premier rôle. Celle-ci enquête sur les circonstances de la mort de son père. Ce rôle est chargé de valeurs et de symboles de la plus grande importance : dénoncer l'imposture des escrocs d'une partie de l'Histoire récente de la Tunisie, en l'occurrence, la bataille de Bizerte.
Vient ensuite et dans une moindre mesure, le bon travail effectué au niveau de l'imagerie. Les plans sont remarquables. Ils deviennent éloquents grâce aux images d'archives.

Nonobstant tout cela, le film est grosso modo mièvre et insipide... Mais à voir quand même.

Med Sadok Lejri. El Menzah VII