Où en sont la télévision et le cinéma tunisiens des aspirations de Tahar Haddad ?
Par Boussen Aziza

 

A l’heure où le cinéma tunisien déploie le tapis rouge aux réducteurs de l’image de la femme tunisienne, il n’est peut-être pas déplacé de rappeler au monde entier que ce pays a enfanté une des icônes du réformisme de l’envergure de Tahar Haddad !
Il y a de cela 80 ans, ce jeune homme prodige -d’à peine trente ans-, sous un élan de conviction inébranlable de la nécessité du changement, armé d’un effrontément imprudent pour oser aborder le sujet de la religion auprès d’esprits récalcitrants, gisant encore sous les ténèbres du conservatisme et de l’archaïsme d’une société purement patriarcale, s’était dressé contre toute une nation pour instaurer les réformes qu’exige la modernité.

Haddad a su élucider certaines nuances, autrefois incompréhensible du message coranique, énonçant des valeurs de liberté et d’égalité, interprétant astucieusement l’essence d’une spiritualité pure, assainie de scories anthropiques…
Dans son œuvre «Notre femme dans la charia et la société», Haddad s’était élevé contre les préjudices liés au statut de la femme, injustement attribués à l'islam, et exhorte son entourage à un retour à alijtihad, il exige l’émancipation de la femme, il l’appelle à revendiquer ses droits, à briser la chaine de la servitude, à s’instruire et à prendre part active dans la vie sociale.
Bien que son approche soit magistrale, il a su concilier modernité et religion en montrant que l’islam n’est pas un frein à la réforme, abrogeant ainsi les entraves limitant son assortiment aux exigences de nouvelles ères, pour instaurer une part d’égalité entre les deux sexes et mériter ainsi sa place dans le panthéon de l’ascension contemporaine.
Mais où en sont le cinéma et la télévision tunisienne des aspirations de Tahar Haddad ? Quel portrait peignent-t-ils de la femme tunisienne et comment sera-t-il perçu auprès des autres, ce miroir qui nous renvoie notre reflet et le repère à travers lequel on cherche à s’apprécier pour obtenir une part d’objectivité ?
À l’instar des nouvelles technologies embrassant l’univers et la mondialisation réunissant les vestiges des civilisations précédentes en une sorte de culture universelle, les dispositifs médiatiques projettent une réclame cosmopolite, précise et flagrante de chaque société.
Dans l’histoire de la télévision et du cinéma tunisiens, aucune réalisation n’avait autant polarisé la foule autant que les textes à vocation sociale, traitant spécialement de sujets tabous, et l’opulence du phénomène est telle que toutes générations et classes sociales confondues, en Tunisie ou ailleurs, se voient contaminées par la frénésie.
Des esprits frustrés profitent de la popularité de chaines nationales pendant la période ramadanesque, pour insérer, entre deux programmes, des séries à moralité équivoque telle la parodie de «prison break» produite et diffusée à Hannibal TV.
Des films comme «le mariage du loup» (Ers edhib) ou «Le secret» (El-dawa7a) etc., supposés graver une empreinte de la culture tunisienne ne font qu’attiser un infreinable élan de colère et de contestations parmi le public, de part son abord impertinent et impudent d’un thème aussi fragile que l’est celui de la femme au sein de la société tunisienne.
Ce genre de court, moyen ou long métrage tente vainement de défendre une cause perdue, l’approbation d’une catégorie exclue de femmes corrompues et rejetées par la religion de par la société.
Des actrices qui acceptent de jouer des rôles de provocation, incarnant une jeunesse frivole et idiote, déambulant dans des tenues -parfois extravagantes- exhibant la moitié de leur corps…
Pour des budgets infinitésimaux, ils prennent le risque de souiller la réputation de toute une génération et de tout un peuple, omettant nécessairement que la femme est la première école de toute l’humanité!
Ce qui passionne le public, sans qu’il s’en rende compte c’est la banalisation du tabou; des scénarii explicites, frayant le vulgaire et ciblant un essaim corrompu et impropre à la société, qui font reculer les limites de l’éthique et relever maintes confusions entre liberté et audace.
Une audace essentiellement focalisés à écorcher, à la vue du monde arabe et musulman, le statut de la femme tunisienne à la réduire à néant, peignant le portrait d’un être soumis ou d’un objet sexuel, la renvoyant plus d’un siècle en arrière, démolissant ainsi le fruit de labeur des générations antérieures, où des femmes et des hommes, côte à côte, militaient dans le but d’améliorer la condition de la femme en vue de la mettre sur un piédestal avec sa moitié afin d’accomplir son intégrité et son indépendance dans une société contemporaine.
… Aujourd’hui que les temps sont mûrs et que la mentalité s’était relativement assainie de ses attaches originelles, il serait peut être plus ingénieux de prendre le flambeau et parfaire le reste du chemin dessiné par le grand esprit qu’est Tahar Haddad!

Source : http://boussenn.over-blog.com