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Entretien avec Fadhel jaziri Version imprimable Suggérer par mail

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«C’est notre époque qui est l’objet de ce film…»

Maintenant que le film est sorti, qu’il a été vu par le public, quel est le sentiment qui prédomine chez vous : le soulagement ? La déception ? La joie ? La lassitude ?

 

 

 

 

 


En fait je m’aperçois qu’il y a autant de films qu’il y a de spectateurs. C’est le spectateur qui en réalité fait revivre le film et le construit à sa manière, en profondeur. Du coup, ça me renvoie aussi à mon propre statut de spectateur. De spectateur privilégié. Il y a longtemps, quand je rêvais de faire du cinéma, je regardais des films et je les abordais comme s’ils étaient miens. Je me les appropriais sans vergogne. Je les aimais, donc je les défendais. Ou je les détestais donc je les attaquais. Ce qui me laisse espérer une attitude à l’identique, de la part du spectateur. Evidemment pour répondre beaucoup plus directement à votre question, je dirais que je suis comblé. Réaliser un film, c’est quand même un petit évènement important dans ma vie. C’est le moins que je puisse dire…

 

«Thalathoun» a divisé la critique et suscité la polémique, sur la vraisemblance, ou la non- vraisemblance du propos, par rapport à l’Histoire (la grande). En amont, votre objectif était-il de réaliser un documentaire ou un docu-fiction sur la période des années 30 en Tunisie ?

Ni l’un, ni l’autre. Vraiment, j’aurais dû prendre la précaution d’inscrire en incipit au départ : toute vraisemblance avec des évènements, des personnages, des lieux, ayant existés… est absolument fortuite. C'est-à-dire qu’on a fait se rencontrer des personnages, qui auraient pu se rencontrer mais ne se sont peut-être pas rencontrés. On a pris la précaution de ne pas dater, de traiter le temps sur la scène du rêve comme dirait Freud. Lui donnant ainsi, paradoxalement, plus de réalité. Plus de chair, plus de consistance…


On vous a reproché notamment, la théâtralisation excessive du jeu des acteurs principaux, dont Ali Jaziri, qui a incarné Tahar Haddad à l’écran. Est-ce que cette théâtralisation était un choix de mise en scène, ou une erreur de casting ?


Je ne sais pas ce qu’on met de sens dans la théâtralisation. Moi je sais qu’il y a plusieurs écoles : il y a la Commédia del’arte, Stanislavski,  l’Actor’s studio, etc. Il me semble que nous sommes dans une écriture qui a été largement expérimentée, sous nos latitudes, ou ailleurs. Alors oui, bien sûr que c’est un choix, et s’il paraît insolite, tant mieux aussi. C’est toujours bon pour le film. Moi je pense que les acteurs ont montré leur capacité de dire le monde, de le raconter, d’une manière exceptionnelle. Si on ne s’ennuie pas, s’ils nous émeuvent, si la musicalité du film touche le spectateur, on aura réussi. De toute façon, ce reproche me renvoie à mon propre statut, donc je le prends comme un compliment.

 

Qu’induit le film, par ricochet, par rapport aux questionnements de notre époque ?


Mais c’est notre époque qui est l’objet de ce film. D’abord, parce que l’individu est obligatoirement dans un devoir de vérité. Qu’il est face aux «loups», à la «meute» comme dirait l’autre. Quel est le devoir de l’intellectuel alors ? C’est de faire évoluer les choses, d’aller à l’encontre de la «doxa», de développer un itinéraire singulier, de faire ce pourquoi il a été formé. L’intellectuel est soit un «douanier», soit un «passeur». Il peut être les deux aussi. Tour à tour passeur et douanier. Mais son rôle principal, c’est de constituer pour sa société, ce qu’on appelle généralement une avant-garde. De travailler à la consolider, à la défendre, à créer pour elle. A produire des concepts en somme. Des concepts neufs de préférence. Et non pas usés. D’organiser une révolution structurelle, d’intervenir sur le politique, par une interrogation de la forme, par transformation du discours.


Ce que le film montre aussi, ce sont des «Don Quichotte» qui se battent contre des moulins à vent. Sauf qu’ils ne se sont pas battus pour rien mais pour nous. Et ils ont payé le prix fort pour cela…


Le destin de l’intellectuel est toujours tragique. Même si le traitement de ce film ne s’opère pas sur le mode tragique. J’ai refusé le «pathos», le côté larmoyant à ras-les pâquerettes pour faire pleurer dans les chaumières car ce n’est pas le but du film. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue, que le film est aussi une expérience formelle, une réflexion philosophique sur le monde, sur le politique. Sur les moyens dont dispose une société, dans son ensemble, pour se défendre. Et elle se défend bien dans ce film. Comme dit Tahar Snoussi : «Masabih Edhalem», les hommes de science, de savoir, sont à l’affût pour éclairer les ténèbres. Ils sont les «gardiens du temple».

 

De l’expérience de «La noce», de «Arab» porté au cinéma, à celle de ce long-métrage, qu’est-ce qui a changé dans votre manière d’approcher le cinéma ; vous qui venez essentiellement du théâtre ?

Je pense que j’ai fait un petit ricochet par le théâtre. Moi mon rêve c’était de faire du cinéma. Sauf que le cinéma ça coûte très cher. Donc pour ne pas perdre la main, on a fait du théâtre.

 

Ça a quand même pris trente ans…


J’ai commencé à faire du cinéma vers mes quinze ans. En amateur, comme on a fait du théâtre en amateur d’abord. Et quand on est passés au professionnel, il a fallu passer également sur une scène de théâtre. Et c’est avec l’argent qu’on a ramassé sur la production de «L’instruction» qu’on a pu acheter un bout de pellicule, et qu’on a fait «La noce». On a voulu être notre propre producteur, garder notre indépendance. Alors on a refusé de faire de la pub, de la sous-traitance, pour d’autres sociétés italo-franco-américano-hispaniques, et donc, ça n’a pas été facile. Mais on était motivés -on l’est toujours d’ailleurs- par l’urgence de répondre aux problèmes que rencontre notre société. Il y a de graves évènements qui agitent la planète. On est obligés de se dire que notre sort est entre nos mains. Et que c’est à nous de façonner notre avenir, à notre convenance. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui, ce film passionne et suscite une polémique aussi vive. Il y a longtemps qu’il n’y a pas eu d’avis aussi tranchés. Et c’est tant mieux. Car il faut toujours qu’il y ait un débat pour faire avancer les choses. Les faire évoluer. Ce sont les débats qui contribuent au développement de la société. Qui lui donnent des arguments pour se défendre.

Les réminiscences de «Nouba» et de «Hadhra» sont très présentes dans le film : est-ce un clin d’œil ou une obsession ?

Les choses sont dans la durée. On ne peut pas parler de réminiscence. Les questions patrimoniales sont cruciales. La mémoire c’est tout de même quelque chose de fondamental, partout dans le monde. On revient sur soi, on interroge la mémoire ; qu’elle soit musicale, poétique, esthétique… L’essentiel est de dépoussiérer constamment notre terroir, pour laisser quelque chose aux générations futures parce que la transmission est essentielle. Nous avons besoin de multiplier les expériences pour affronter le monde. La question de la langue est centrale, celle des modes musicaux aussi, celle de la représentation, des traditions picturales. C’est extrêmement important pour nous situer à l’échelle planétaire…
 

Pour conclure Fadhel Jaziri, êtes-vous heureux d’avoir fait ce film ?


Est-ce que j’ai l’air malheureux ?


 

Entretien conduit par Cheyma Bey         
 
Source : http://www.lexpression.com.tn        
 

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