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Où va le jeune cinéma tunisien ? Version imprimable Suggérer par mail

Il est peut-être trop facile de se hasarder dans toutes formes de réflexions théoriques, cela devient une vraie gageure quand il s'agit de la notion de cinéma d'auteur.

 

Le plus difficile reste toujours d'être à l'écoute de la posture d'auteur telle qu'elle se traduit dans des œuvres et d'en repérer les manifestations concrètes. En effet, le critique de cinéma est tout le temps confronté d'une façon ou d'une autre à cette notion aux contours très complexes et compliqués. Cela est autant plus difficile quand il s'agit d'aborder le travail des générations actuelles qui sont livrées au matraquage d'une image de plus en plus aplatie, vidée et nourries d'une culture de plus en plus nivelée par le bas.

La critique et la création par définition puisent dans la même source. Le critique part toujours à la recherche de la trace de l'auteur ou, à défaut, d'un auteur potentiel. Quand il n'y parvient pas, il est alors dans un tel embarras intellectuel qu'il ne peut que s'interroger sur les raisons de cette absence, donc sur les symptômes d'une crise. Il est porté en cela par l'espoir que peut-être en indiquant les mauvaises orientations il finirait par en désigner les bonnes.

C'est cela même, sans vouloir pour autant s'ériger en donneur de leçons, auquel je suis confronté dès qu'il s'agit pour moi de réfléchir sur ce qui se fait comme cinéma en ce moment en Tunisie, et notamment celui d'une nouvelle génération de cinéastes en herbe : Toute une génération serait à mon sens perdue, égarée, ou peut-être est-elle en train de se chercher.

La situation actuelle du cinéma en Tunisie peut être analysée en terme de disparition de la "race des auteurs". En effet, on évoque souvent le passé, proche ou lointain, non pas sans un sentiment de nostalgie dès qu'il s'agit d'ébaucher une appréciation générale de ce qui se fabrique comme image, ou encore de saisir les contours du profil de ceux qui en font la pratique. Parfois, le même réalisateur est jugé à l'aune de son propre passé.

Or, à qui profite le désordre, pour ne pas dire le chaos, sinon au plus fort, c'est-à-dire les avantagés socialement, économiquement et politiquement. Tous ces paramètres, dans le contexte tunisien, reviennent au même. L'on voit apparaître donc des jeunes réalisateurs au profil plus ou moins saisissable : ils viennent d'un milieu plutôt aisé, un peu petite bourgeoisie ayant accès aux rouages de l'administration et disposant des outils de consommation d'une culture moyenne de l'image, celle véhiculée par les télévisions satellitaires. Ceux-ci ne passent pas par la formation "académique".

Le deuxième profil est celui que produit l'école au sens le plus large. Les étudiants sortis des instituts de formation en audiovisuels, qu'ils soient privés ou étatiques sont de plus en plus nombreux. Les plus chanceux intègrent les quelques télévisions privées qui bourgeonnent. Les autres, par choix ou par nécessité, se lancent dans l'aventure de la production audiovisuelle toutes formes confondues : spots publicitaires, films institutionnels, courts métrages,... L'impression est que l'on devient trop vite professionnel de l'image. Diplôme à la main, disposant du matériel nécessaire, on peut alors se laisser aller à l'illusion du tout possible.

Il reste toutefois que l'essentiel n'est acquis. Aussi bien ce profil que l'autre sont tous deux amputés du fond culturel nécessaire, celui de la cinéphilie. D'une part il y a une formation sauvage à l'image qui fait que l'on se croit toujours dans son milieu en reproduisant la même image que celle dont on a été nourri, de l'autre une formation académique caduque à cause de l'orientation générale de l'enseignement et partant de la nature du savoir acquis. Nous assistons dès lors à une dynamique provoquée par une jeunesse très active en termes de production, mais très peu soucieuse de la qualité et de teneur culturelle du produit. D'une façon générale, les films que l'on voit, et ils sont de plus en plus nombreux, témoignent dans leur quasi-totalité d'une maîtrise technique certaine mais en même temps d'un manque terrible de culture proprement cinématographique.

La dernière décennie aura amené de grands changements dans la culture de l'image en Tunisie. Ces changements sont tellement compliqués qu'il n'est plus opportun de parler uniquement de cinéma. L'image qui se fait est très souvent à mi-chemin entre le septième art et la télévision, voire d'autres formes encore plus hybrides. L'on a l'impression que quelque chose s'est perdue mais aussi que de nouvelles choses sont en train de naître. C'est en fait le propre de tout changement et de toute transition dans l'histoire d'une société.

Au départ il y avait un essoufflement sur le plan des structures. Les laboratoires, dernière pièce de la Satpec disparaissaient, la télévision commençait à se désengager, la commission d'aide à la production enchaînait les dysfonctionnements et les polémiques. La production cinématographique de venait de plus en plus précaire. En parallèle on voyait monter un grand nombre de sociétés de production vidéo qui petit à petit ont envahi le secteur. Tout cela arrivait alors que le secteur de la distribution et de l'exploitation agonisait. De fait le cinéma se voyait progressivement mis en quarantaine.

Les écoles de cinéma qui sont apparues depuis le début des années 90, n'auront pas contribué à ralentir le phénomène d'aplatissement de l'image. L'improvisation et le manque de conception adaptée au contexte ont fait que l'enseignement devenait de la formation professionnelle de techniciens propres à manipuler des boutons que des artistes en puissance. Ni les diplômés ni la formation même ne font consciemment une place réelle au cinéma comme composante culturelle.

Il en va de même avec les instituts supérieurs. L'enjeu de la formation est complètement faussé. La responsabilité est mise entre les mains de représentants administratifs plutôt que des spécialistes du cinéma ou même de l'image. Le corps enseignant est si hétérogène que les étudiants finissent par se perdre entre des approches complètement divergentes. Entre des techniciens de la télévision formés dans les années 70 et enrouillés par l'esprit du fonctionnariat, des jeunes universitaires venant de disciplines proches du cinéma, théâtre, communication, beaux-arts..., des professionnels pour la plupart plus portés sur la technique, sur le métier que sur la culture, et enfin des étudiants recrutés sans aucune sélection mais juste pour répondre à la pression qui pèse sur l'orientation universitaire, le cinéma se perd en cour de route.

Donc l'on se retrouve au carrefour des paradoxes les plus révélateurs d'une crise symbolique. Les vieilles générations sont désabusées. Les frustrations, internes celles du rythme de la production sous le monopole étatique, externes à cause de l'apparition de nouvelles cinématographies qui rendent la concurrence dans les sphères des fonds d'aide à la production devient intenable, les auront vidées de toute volonté de construction ou d'expression par l'image.

La jeune génération qui monte se trouve dès lors sans repère. Elle est coupée de celles qui l'ont précédée. Elle n'a aucune protection face aux courants terribles qui décident de la nature et de la qualité de la culture de l'image dont elle devra s'imbiber et véhiculer. La cinéphilie a été évincée progressivement de la pratique de l'image. On consomme plus télévision et DVD que grand écran. Quant à la manipulation de l'image elle se pratique plutôt dans l'industrie des spots publicitaires et des programmes de télévision.

Dans ce contexte, et la technologie aidant, la production est de plus en plus abondante. Cela concerne essentiellement les courts-métrages. Elle ne touche le long que d'une manière très aléatoire. On enregistre un grand engouement des jeunes diplômés pour la fabrication. À l'origine, il y a un sentiment que faire des films est à la portée de tous : la technique est acquise, la technologie est disponible, et les films peuvent se faire. Ce qui manquera c'est une conscience que l'on fait du cinéma et non pas des reproductions de ce qui se voit à la télévision. D'une manière générale, les films sont plus proches des drames égyptiens comme ceux qu'on voit dans les feuilletons, ou des clips comme ceux dont les télévisions libanaises matraquent notre jeunesse que de l'expression authentique par le cinéma.

Cela fait que les confusions les plus catastrophiques sont possibles. L'exemple le plus parlant reste VHS Kahloucha, un produit hybride de tous points de vue entre documentaire et fiction, entre gags de télévision à la Canal Horizons et un spectacle cinématographique. Nous pourrions dire la même chose d'une production ayant disposé de moyens et de logistique comme celle de l'expérience "Dix courts dix regards", production privée soutenu par les pouvoirs publics. Les films, bien que très médiatisés, au point de figurer au programme de la journée tunisienne à Cannes dans la section "Tous les cinémas du Monde", restent d'une légèreté et d'une platitude plutôt télévisuelle.

Mais le tableau n'est pas tout noir. Dans cette marée d'image plate, quelques percées restent dignes de tout respect et donne espoir. Pour l'essentiel, elles viennent de la vieille école, celle du cinéma amateur. Comme quoi c'est l'héritage de la vieille cinéphilie qui continue de porter du bon vent. L'histoire retiendra certainement Le Cuirassé Abdelkrim de Walid Mattar, Taalila de Anouar Lahouar, Croque Urbain de Radhwan Meddeb. Le paradoxe là encore, c'est que ces films ne sont pas assez médiatisés sinon dans les cercles cinéphiles.

Pourtant les occasions ne manquent pas. Les manifestations cinématographiques se multiplient d'une manière remarquable. Elles concernent surtout les courts métrages, possibilités de financement obligent. La soirée du court métrage de l'Association Tunisienne Pour la Promotion de la Critique Cinématographique, les Nuits cinématographiques de Nabeul, les Rencontres Cinématographiques de Hergla, la Tente de Hamam Laghzez et tout récemment le Festival du Film Expérimental de Sousse sont autant d'espace de visibilité pour la production nationale. Et il y a assez de films pour nourrir les programmes de toutes ces productions. C'est pourquoi pour l'année 2007, l'ATPCC a fini par organiser une double soirée du court métrage tellement il y avait un nombre suffisant de films. Pour l'année 2008, il va y avoir certainement plus de films et plus d'une seule nuit. Elle est encouragée également par le nouveau cinéma récemment rouvert, FilmAfricArt. Un autre élément qui ramène du bon vent sur le secteur de l'exploitation et de la distribution. En cette veille des Journées Cinématographiques de Carthage l'on se demande quelle image ce festival va présenter de la production nationale.

L'on assiste donc tant bien que mal et malgré les différents types de dysfonctionnements structurels à un contexte d'effervescence et de dynamique de production spontanée. Il faut espérer qu'il en sortira quelque chose. Non seulement de la quantité sortira toujours quelques bons produits de qualité. Mais en plus, dans le domaine de la Culture et de l'Art, il y a toujours possibilité de recyclage de la médiocrité par une logique peu explicable. La multiplication engendre la confrontation, laquelle pousse à la concurrence, laquelle donnera de la motivation de faire de mieux en mieux. De cet ensemble de tâtonnements, la jeune génération finira par trouver ses propres points de repères et apprendra de ses maladresses. Cette énergie éparse finira par se structurer spontanément autour de quelques orientations, quelques principes de fonctionnements. C'est que l'on pourra dire que la mayonnaise n'a pas encore pris. Pour l'instant remuons et remuons encore.

 

 

par Hassouna Mansouri

 

Source : Africine.org

 

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