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Le court-métrage tunisien : engouement pour l'expérimental Version imprimable Suggérer par mail

Le jeune cinéma tunisien passe plus que jamais par l'école, car il suffit plus la passion ou le sentiment d'une vocation pour être cinéaste ; il faut aussi l'acquisition d'un savoir et une maîtrise des ABC du métier. C'est ce qui ressort du profil des cinéastes invités le Jeudi 19 Avril 2007 à 18h30
par l'Association tunisienne pour la promotion de la critique cinématographique (ATPCC) à la soirée du court-métrage.

Cela se passait à la Maison de la Culture Maghrébine Ibn Khaldoun (Tunis). Les quatre cinéastes invités sont tous des diplômés des instituts supérieurs de cinéma. Leurs films témoignent d'une volonté de traduire les préoccupations d'une génération, la leur, et un souci de réinventer un langage qui soit à mieux de décoder les composantes du réel, avec chaque fois une nette liberté de ton et d'expression.

Cependant, au-delà de cet idéal commun, les films proposés ne sont pas soumis aux mêmes aléas de la production. En effet, le film de Mohamed Ali Mihoub L'œil et la nuit (16 min) a bénéficié d'une subvention du ministère de la Culture, alors que le film de Lassaad Oueslati La Citerne (12 min) est produit par la cinéaste Salma Baccar qui soutient là son ancien étudiant et son jeune assistant dans son film Khochkhach. Les deux autres films – L'Automne de Ala Eddine Slim et Ayan Kan de Ridha Tlili – ont été réalisés par une modeste structure informelle de production, constituée d'un groupe d'amis fraîchement diplômés de l'Isamm (Institut Supérieur des Arts et de Multimédia de la Manouba).

L'œil et la nuit de Mohamed Ali Mihoub puise sa matière dans le célèbre prélude incantatoire du chant traditionnel "Ya lil ! Ya ïn !" (Oh nuit ! Oh yeux !) que l'amoureux transi adresse à sa bien-aimée. Là le cinéaste s'emploie à explorer les strates légendaires de ce chant languissant et incantatoire et à construire son film à partir de ses connotations multiples, psychologiques et sensuelles. Avouons que le projet ne manque pas d'ambition, car la quête des racines culturelles et leur transposition dans une composition visuelle suppose le recours à une multitude de références. Ces dernières sont exprimées d'une manière explicite, les autres par allusion, et d'autres encore à peine effleurées. Résultat : chaque plan est investi d'une surcharge de symboles, comme une sorte de puzzle où les morceaux qui le constituent ne sont pas placés ou ajustés correctement. Mais si le propos se perd dans les méandres d'une signification complexe, la configuration formelle laisse voir avec brio la sensibilité d'un authentique esthète.
La Citerne de Lassaad Oueslati épouse également un langage allégorique. En tant que métonymie, la citerne incarne tout à la fois l'objet de quête ou de convoitise et l'actant principal du récit. Cette double fonction renvoie au jeu de la symétrie qui structure le film : deux hommes s'affrontent pour s'emparer de la citerne, au milieu d'un chemin situé sur la ligne médiane entre deux cimetières, l'un chrétien et l'autre musulman. Cette dualité, L. Oueslati l'a filmée avec une prudente distance, comme par un souci d'objectivité ou de position neutre. Car l'essentiel pour l'auteur de ce court métrage est de jeter un regard behaviouriste qui capte et enregistre pêle-mêle les détails, les réactions et les émotions. La preuve que le plan chez L. Oueslati n'est pas le lieu d'une division, mais un espace où s'attirent les contraires et se conjuguent les lignes de démarcation.

Les deux autres films de Ala Eddine Slim et de Ridha Tlili tissent entre eux plusieurs correspondances. Étant produits avec la même équipe, les deux films restituent une pesante atmosphère nocturne où rôdent la mort et la déchéance humaine.
L'Automne de Ala Eddine Slim aborde le thème consacré de l'émigration clandestine. Mais pour déjouer le piège du stéréotype, le cinéaste prend le parti de ne jamais montrer les visages de ses personnages. Tout est montré donc par allusion ou par métonymie. Seuls comptent les objets et l'espace qu'on traverse. Même le théâtre d'ombres cède la place à un espace vide, à un paysage marin caressé par la brise, parsemé d'une végétation fleurie et totalement impassible à la tragédie humaine qui se trame aux environs, celle de la noyade des émigrés clandestins. Rien n'est montré donc. Tout est suggéré. Tel est le style adopté par A. Slim, comme si le sens du plan ne venait jamais du cadre, mais plutôt du hors champ ou de ces objets qui, par une subtile économie des moyens, transforment l'ordre matériel en un dysphorique désordre des signes.
Le film de Ridha Tlili Ayan Kan dessine les contours d'une silhouette tantôt imbue de vivacité et d'énergie, tantôt évanescente et affectée par le voile de la mort. Le film nous conduit tout à la fois à un univers réaliste et à un autre fantasmagorique où la ligne entre les deux s'embrouille et s'enchevêtre. Quelle est l'identité de ce personnage qui traverse l'écran ? Elle est nébuleuse et fuyante : Il est accompagné d'une femme ; puis il se suicide ; ensuite, il traîne dans les ruelles nocturnes de la ville ; il se laisse aussi piéger par la police. On le retrouve plus tard en train de se rappeler son passé où il se voit déjà mort. Le film ne suit pas une narration linéaire, si bien que le sujet du film cesse d'être ce portrait éclaté du personnage, mais le schéma narratif lui-même. Il apparaît évident que Ridha Tlili chercher moins à raconter une histoire que de s'interroger sur les modalités qu'on pourrait déployer pour construire un récit, composer une atmosphère ou s'interroger sur un destin.

Ces quatre courts-métrages suivent chacun une trajectoire indépendante, traduisent des univers ou des démarches dissemblables, mais convergent, comme par un accord tacite, vers une question récurrente pour les jeunes cinéastes tunisiens, et sans doute au-delà : comment construire un récit filmique aujourd'hui ? La réponse à cette question lancinante prend dans la plupart des cas la forme d'une écriture expérimentale, donc tout à la fois audacieuse et innovante.

 

Kamel Ben Ouanès
Critique tunisien (ATPCC)

 

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