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Mohamed Charbagi Version imprimable Suggérer par mail

 Le documentaire, parent pauvre du cinéma arabe

Il a concocté des soirées thématiques pour une chaîne de télé comme ARTE. La série Racine, c’est lui. Il a co-produit «Fadhel Jaïbi, un théâtre en liberté» et «Les Beys de Tunis, une monarchie dans la tourmente coloniale».

 

Et il veut faire bouger le documentaire arabe. Mohamed Charbagi a travaillé pour l’UNESCO et le groupe EXPAND. Pour ARTE, il a concocté des soirées thématiques, et produit la série «Racines» (40 documentaires sur l’histoire de l’immigration en France) diffusé sur France 3. Il a créé Alif Productions en 1981.


C’est une société de production audiovisuelle spécialisée dans le documentaire de création et d’intervention sociale. Alif produit et diffuse des documentaires auprès de partenaires européens et méditerranéens. La maison produit entre trois ou cinq documentaires par an, traitant de l’histoire de l’immigration française, l’histoire de la Tunisie, de la création. Mais le théâtre, la musique, la danse, l’intéressent aussi.

On assiste ces dernières années à l’émergence du film documentaire, à quoi attribuez-vous cela ? L’effet Michael Moore y est-il pour quelque chose ?

Mohamed Charbagi : Le documentaire a d’abord commencé à exister en France, en tant que tel, dans les années 1960, particulièrement en 1968. Il fallait  garder une trace du réel. Cette émergence du cinéma documentaire en Europe est aussi due à la multiplication des chaînes câbles et satellites, qui a créé le besoin de programmes. La révolution du numérique a fait baisser le coût de la production documentaire par rapport à la fiction et à l’animation. Avec un budget raisonnable, on peut faire aujourd’hui des documentaires de qualité. Et c’est devenu un besoin réel pour le public. Il y a plusieurs écoles dans l’histoire du documentaire : l’école russe, qui a traité de la révolution soviétique, l’école allemande, etc.
Le premier cinéaste tunisien Albert Samama Chekli a filmé nos réalités avant de se lancer dans la fiction. Il fut le premier cinéaste à avoir acheté une caméra aux Frères Lumière et une première projection d’images animées a eu lieu à Tunis en 1896.
 
A quand une chaîne arabe de télévision spécialisée dans les documentaires ?
 
Les chaînes publiques arabes ne diffusent pas assez de documentaires parce que ce sont des chaînes grand public, dépendant du pouvoir politique. Les documentaires traitent souvent de sujets problématiques pour les pouvoirs en place comme la pauvreté, la délinquance, les droits de l’homme et l’histoire. C’est la raison pour laquelle les documentaires arabes sont souvent produits pour des chaînes européennes. Il y a cependant une chaîne spécialisée au Moyen-Orient, «Al-Jazira documentaire». Mais au niveau méditerranéen ou inter-arabe, il n’y a pas de chaîne consacrée à ce genre.

Le documentaire de télévision n’est-il pas victime d’une certaine non-reconnaissance du public arabe et même des maisons de productions ?
 
L’essentiel du problème vient d’une loi qui veut que la qualité découle de la quantité. Tous les documentaires que l’on produit ne restent pas dans l’histoire. C’est en fonction des besoins et selon les marchés. Il est vrai que les documentaires qui passent à des heures de grande écoute, ont un vrai marché. C’est un problème d’exposition, or il n’y a pas assez d’espace. A l’heure actuelle, on assiste au déplacement du documentaire télé vers le documentaire cinéma. De plus en plus, les documentaires font une première exposition télé et sortent après en salle, notamment dans des festivals. Je pense que c’est là l’avenir du documentaire.

Est-ce à dire que nous n’avons pas une culture du documentaire dans le monde arabe ?

La production est en effet relativement faible. En décembre dernier, j’ai été à Cagliari pour le Prix du documentaire méditerranéen du Centre méditerranéen de communication audiovisuelle (CMCA) organisé avec la RAI.  Nous avons constaté que les documentaires arabes proposés avaient de bons sujets mais manquaient visiblement de moyens. Dans le monde arabe, ce n’est pas évident de trouver des archives quand il s’agit de faire un film historique. Toutes ces difficultés font qu’à ce jour, il n’y a pas d’école du documentaire arabe. La plupart de nos documentaires sont produits en Europe ou destinés à des médias étrangers. C’est le marché et les moyens qui déterminent la production et lui donnent un sens et une visibilité.

Le marché européen est donc une priorité pour les producteurs arabes ?
 
Il n’y a pas de véritable concurrence, car c’est avant tout une question de qualité. Si un documentaire est bien fait, on l’achète. Alif Productions travaille aussi bien avec des réalisateurs arabes et européens, avec des chaînes du Sud ou du Nord. Le documentaire est une affaire d’expression et d’interprétation personnelle, mais il faut avant tout répondre aux attentes du public et des décideurs dans les chaînes.
J’ai effectué plusieurs coproductions tuniso-françaises, mais, la plupart du temps, elles sont diffusées en France et vues en Tunisie via TV5. Mais la télévision tunisienne ne les diffuse pas, même quand elle les a cofinancés !
La question est de savoir si la télévision tunisienne a des cases documentaires et pour quelle tranche horaire. Et que faire pour diffuser nos documentaires sur nos chaînes nationales ? Les producteurs tunisiens et méditerranéens sont demandeurs d’espaces documentaires dans des chaînes du Sud comme la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Il y a bien sûr des diffusions exceptionnelles, mais j’aimerais qu’on puisse créer des cases définies pour fidéliser le public, comme par exemple une case société maghrébine, une case de l’histoire tunisienne et méditerranéenne. À chaque fois que nous nous réunissons avec les décideurs des chaînes publiques méditerranéennes à travers la COPEAM, organisation qui réunit tous les diffuseurs publics du pourtour méditerranéen, ce qui prime ce sont les discours politiques et il n’y a pas de projets de coproduction. On échange les jeux, les magazines mais jamais les documentaires. Je suis membre fondateur et vice-Président de l’Association des producteurs indépendants de la Méditerranée (APIMED), et on a essayé de communiquer avec les diffuseurs méditerranéens du Sud et du Nord. Mais on n’arrive toujours pas à faire des programmes de coproduction avec les pays du sud.

Les coproductions étrangères ne constituent-elles pas certains risques, car parfois nous avons l’impression que les points de vue sont forcés plutôt que projetés ?

Travailler pour une chaîne de télévision c’est s’adapter à ses besoins. Il n’y a pas de liberté absolue. Même avec France 3 ou ARTE, on peut avoir des difficultés. D’abord il faut que le sujet soit accepté, ensuite le film est visionné avant finition et il y a des points de vue politiques à prendre en considération. Je cite l’exemple de la production de «Méditerranée, Miroir du Monde», un documentaire de 90 minutes coproduit avec ARTE, la télévision grecque ERT, deux chaînes tunisiennes (l’ERTT et Canal Horizon), etc. Il y a eu beaucoup de discussions sur le scénario. Dans les coproductions on peut aussi aboutir à des demandes contradictoires et c’est le rôle du producteur de négocier et défendre le point de vue du réalisateur.

Pensez-vous que les chaînes arabes doivent réévaluer leur politique ? Qu’en est-il de notre créativité face à la censure ?

On a certainement besoin de développement économique et politique dans le monde arabe. Il faut aussi un développement culturel et une liberté d’expression. La liberté d’expression n’implique pas l’anarchie car nous devons être responsables. Mais pas de créativité sans liberté. Je crois que le cinéma tunisien sait être libre et responsable. Les dernières Journées cinématographiques de Carthage (JCC) le prouvent bien avec le film «Making off» de Nouri Bouzid. On a dit qu’il a été interdit au tournage et au financement par le ministre de la Culture. Au final, le film a eu le Tanit d’or, premier prix des JCC, l’aide du ministère de la Culture, et en plus, son réalisateur a été décoré.
En Tunisie, il se passe donc des choses intéressantes en matière de liberté d’expression. Mais est-ce que je peux aujourd’hui, après «Bonjour Gaza», faire un film sur le mouvement youssefiste ? C’est un pan de notre histoire intéressant à découvrir.
Tous les films que j’ai faits sur l’histoire de la Tunisie n’ont pas rencontré de problèmes car ils n’étaient pas polémiques mais j’ai essayé de montrer certaines vérités. Comme sur notre premier cinéaste, d’origine juive, Albert Samama Chekli. En ce qui concerne la dynastie des Beys, j’ai essayé de démontrer, que c’était un système assez moderne. La Tunisie, a été le deuxième pays à avoir aboli l’esclavage, après l’Angleterre. L’esclavage en Tunisie a été aboli le 26 janvier 1846 par Ahmed I Bey. Soit deux ans avant la France et dix huit ans avant les Etats-Unis. La Tunisie est aussi le premier pays du monde arabo-musulman à s’être dotée d’une Constitution moderne en 1862. Le documentaire permet une relecture de l’Histoire !

Xavier Carniaux, producteur français pour AMIP affirme que l’attitude documentaire est foncièrement démocratique ? Pensez-vous que la relation entre diffuseur, producteur et auteur doive être assainie ?

En France, nous avons également des contraintes. Nous devons obtenir des autorisations quand nous filmons. Le documentaire beaucoup plus que la fiction a besoin de liberté. Il doit poser les problèmes pour permettre aux gens de réfléchir. La relation diffuseur, producteur et auteur doit, par ailleurs, être assainie, même en Occident, car elle est loin d’être idéale. Xavier Carniaud a également des problèmes avec des diffuseurs et des réalisateurs. En France on n’est pas censuré sur la question de la liberté d’expression ou des droits de l’homme, mais plutôt quand on ne respecte pas l’audimat. Il faut accrocher le spectateur, lui faire plaisir et après coup on peut traiter le sujet. Cela ressemble à la presse. La liberté à la télé est limitée, c’est pour cela qu’on s’oriente vers le grand écran.

L’essentiel de nos documentaires s’arrête aux deux guerres mondiales. Est-ce à dire qu’il est difficile d’évoquer le monde contemporain et, si oui, pour quelles raisons ?

Il est vrai que le documentaire historique a besoin d’archives. Or  en Tunisie, une partie de ces archives est inaccessible, comme celles concernant certaines périodes de l’indépendance. Pour «Tunisie, histoires de femmes», j’ai du acheter une partie de mes archives tunisiennes en France à l’INA et à Pathé. Sinon, il m’aurait fallu six mois voire plus pour les obtenir en Tunisie. Pour des images où on voit Bourguiba, par exemple, enlevant le voile d’une femme. Les mêmes archives qui se trouvent à Gammarth sont disponibles à l’INA qui nous les a vendues 3 0000 euros la minute. En Tunisie, il faut directement s’adresser au ministre de la Culture. C’est peut être là un problème de liberté d’expression, car il pourrait s’agir d’une période de l’histoire dont les pouvoirs politiques ne voudraient retenir que la thèse officielle. De l’indépendance à nos jours, en l’occurrence notre Histoire est un vrai problème. D’ailleurs s’agissant du documentaire sur les Beys on a eu un mal fou à obtenir les archives.
 
Pourquoi, en Tunisie, le documentaire est-il majoritairement étranger ?

Il y a avant tout, un problème de marché. Il y a des sujets qu’on ne peut pas traiter pour le monde arabe et notamment pour les télévisions publiques. À Cagliari, j’ai vu le film «J’en ai vu des étoiles» de Hichem Ben Ammar qui a reçu le prix «Mémoire de la Méditerranée». Ce beau documentaire n’est pas diffusé à la télévision tunisienne. Il raconte un pan de l’histoire de la Tunisie à travers des boxeurs. Les documentaires typiquement tunisiens faits pour les Tunisiens sont peu vus. Les JCC ou le festival Doc à Tunis tentent de pallier ce déficit. Mais on n’a toujours pas de diffuseurs tunisiens. Il y a probablement une censure à la fois économique et politique.
J’ai fait un documentaire sur un homme de théâtre tunisien, «Fadhel Jaïbi, un théâtre en liberté». Un responsable de la télévision tunisienne de l’époque a proposé comme titre de la version arabe «Le théâtre de Fadhel Jaïbi». On a enlevé le mot liberté. Malgré tout, la version arabe n’est jamais passée à la télévision tunisienne alors que la version française est passée sur TV5.

Faut-il un style une écriture pour le public arabe ?

Non. La différence n’est pas sur l’écriture et les goûts, elle réside dans le discours et le traitement des sujets. Je ne crois pas qu’à la télévision, il faille un travail d’écriture différent, ce travail est celui du réalisateur. Avec la mondialisation, les goûts sont de plus en plus stéréotypés. On est très proches les uns des autres. On consomme à peu près les mêmes produits. La seule différence réside dans l’approche du réalisateur et du producteur par rapport à certaines questions sensibles comme la Palestine, notre histoire. Le discours est adapté au marché et au public. Il arrive que l’on fasse des versions différentes du même film.
 
Les dirigeants de l’audiovisuel fabriquent-ils une information biaisée ? Ou le public arabe est-il rendu schizophrène parce qu’on ne lui ouvre pas les portes de l’information ?

La liberté d’expression totale dans la production audiovisuelle et cinématographique n’existe pas. On a un marché culturel fantastique avec le monde arabe mais nous ne travaillons pas pour ce marché faute de possibilité de diffusion. Nous regardons tous vers le Nord, alors que nous avons 250 millions de téléspectateurs potentiels. Il faut développer ce marché avec des chaînes capables de s’adresser à ce large public. Il faut pouvoir faire exister des chaînes à côté de «Al-Jazira».

Que pensez-vous de la tenue du premier festival du film tunisien à Paris ?

Ce Festival contribue à faire connaître les cinémas du sud. Le premier Festival du film tunisien à Paris a fait découvrir notre travail, et a lancé les débats. Il y a un jeune cinéma tunisien assez engagé. Ce festival a touché un public français qui ne connaît pas du tout notre cinéma.

Enretien réalisé à Paris par Fériel Berraies-Guigny
 
Source : http://www.lexpression.com.tn

 

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