Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 
 
 

 

 

 

 


 


 

 

 
 
 
 

Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage

Stats

Films: 524
Critiques: 2
Bandes annonce:
Commentaires: 139
Jaquettes: 0
Au petit chalet de Raouf Gara Version imprimable Suggérer par mail
http://www.lexpression.com.tn/upload/Raouf-gara-129-09-2008.jpgPeintre au pied marin, ce Kélibien épris de couleurs et de lumières puise son inspiration (et ses matériaux) dans la mer nourricière.

 Kélibia durant le festival national du film amateur. Première semaine du mois d’août. Vous sortez de l’Ecole de Pêche après les débats de l’après-midi. Epuisé d’avoir trop parlé ou frustré de n’avoir pas été suffisamment compris, lassé d’avoir trop écouté la même chose assénée par les mêmes, ou simplement satisfait d’une discussion intelligente mais tout juste fatigué ; bref, la tête alourdie, vous aspirez à quelque répit.

Vous traversez la rue, attiré par la belle langueur crépusculaire du vieux port lâché, comme chaque soir, par ses barques parties au loin. Vous vous appuyez sur la balustrade et vous vous abandonnez à une vague méditation, le regard perdu dans le bleu. Un désir incertain vous pousse à descendre les marches en vous dirigeant vers le café situé juste à votre droite. Et puis, arrivé au bas des escaliers, vous apercevez un autre café, encore plus loin à droite. Un petit chalet, couvert d’une plante grimpante, érigé au milieu de la désolation, solidaire du port et comme le prenant à témoin de la laideur envahissante. Vous ne pouvez pas mieux tomber.

 

Vous êtes chez Raouf Gara, le peintre plasticien de Kélibia. Que vous y preniez un café, que vous décidiez d’y dîner ou que vous vous contentiez de visiter les lieux, non seulement vous ne  pouvez pas le quitter de si tôt mais il y a gros à parier qu’il ne passera pas un jour, le festival durant, sans que vous y retourniez soit pour le café soit pour le dîner soit pour la visite ou, plus probable, pour tout cela à la fois. Le lieu n’est pas indifférent ni le personnage.

 

On le dirait né souriant

Neuf fois sur dix, c’est lui-même qui vous recevra. La soixantaine (il en fait dix de moins), le crâne rasé, le teint kerkenien, les yeux clairs, on le dirait né souriant. Affable et chaleureux, il n’affiche nul signe ostentatoire à la différence de tant de ses confrères qui jouent aux artistes dans la vie, et sur-jouent les génies maudits perdus dans la cité.

C’est un homme simple que vous avez devant vous, à la présence réelle mais discrète, attentif et accueillant, d’une énergie aquatique, au geste souple, prêt à vous servir, mais toujours souverain. À la fois maître et serviteur, il est tout à la fois le guide et l’hôte des lieux. Selon que vous êtes plus ou moins proche vous avez droit à tel ou tel égard mais vous êtes toujours candidat à plus d’intimité. Sa conversation est naturellement pétrie des choses de la vie, des soucis de l’art et des considérations de la pensée. Pas intellectualiste pour un sou ; ses paroles comme ses gestes se déroulent dans l’espace comme l’expression sonore du décor, liées d’un lien secret et organique aux lieux. Il vous parlera d’ailleurs beaucoup de ce que vous voyez. Cet homme est ancré comme personne dans son environnement. Il se plaît à vous raconter qu’après moult détours, voyages et pérégrinations, c’est là qu’il a fini par s’installer, et qu’il restera à jamais. Mais d’un enracinement paradoxal : si près du port, comme sur le point de partir, et cependant toujours là. On suppose qu’il se menace secrètement de quitter les lieux, tous les jours, et tous les jours, il se rétracte in extremis. Peut-être, au fond, part-il d’un départ qu’on ignore, sinon il n’aurait pas ce regard au teint marin. Peut-être, célibataire éternellement provisoire, est-il simplement dans l’attente, là à quelques mètres du port, dans l’attente de quelqu’un, ou de quelque chose qui n’est pas encore venue ou qui vient tous les jours un peu. Et qu’il s’emploie jour et nuit à recueillir.

 

Une poétique de l’accueil

Regardez son œuvre, elle est travaillée par une poétique de l’accueil. À nulle autre pareille, ni peinture, ni sculpture, ni figurative ni abstraite ni ancienne ni moderne, ni statique ni dynamique, ni plate ni en relief. Elle est faite de bric et de broc et toujours en passe de se form(ul)er. Des fragments de tout, poterie, récipients, jarres, vases et autres produits naturels ou humains, ramassés au gré des bons vents qui les amènent. Dans chacun de ses tableaux (on ne sait pas comment on doit les appeler) il y au moins un cercle d’où sort timidement quelque chose, pointe phallique comme en sommeil, en retrait ou en attente de s’ériger à la faveur d’un désir à venir. Au bord des mers, le hasard du vent, de l’érosion, de l’eau et du temps fait souvent œuvre semblable, donnant naissance à des objets hétéroclites, composition étrange faite de matériaux divers.

Le travail de Raouf Gara ressemble à celui de la nature mais il ajoute au hasard une douceur savante, une grâce intelligente, de cette intelligence entendue au sens ancien, faite d’écoute et de complicité avec ce qu’amènent le temps et le vent dans un environnement souvent ardu, violent et destructeur.

Quand vous rentrez chez lui dans ce petit chalet, vous avez l’impression à l’entendre parler de son œuvre et à vous la  présenter, qu’il a au fond envie de vous associer à son musée, de vous inscrire dans cet ensemble, de vous ajouter à l’architecture de son environnement. D’ailleurs vous jouez le jeu. Vous revenez le lendemain et le surlendemain comme s’il n’était plus concevable pour vous de vous séparer des ces ornements. C’est d’ailleurs curieux comme ce lieu est décloisonné. À la fois café, restaurant, musée et maison. Vous montez les étages et vous entrez à chaque fois plus en profondeur, sans vous en rendre compte. Vous traversez, médusé, le musée personnel et puis, d’un coup vous êtes chez lui, dans son salon, dans sa cuisine. Lorsque vous arriverez au plus haut de l’édifice, sur la terrasse, vous retrouvez le monde extérieur. Mais autrement. Et là vous regardez le soleil couchant, pendant qu’à votre droite le fort surplombant la ville semble se livrer par-dessus votre tête à un entretien amusé avec le port, à votre gauche, presque jaloux de l’implacable force testimoniale du lieu où vous êtes. Quand enfin vous partez de là pour rejoindre les camarades cinéphiles, vous ne pensez qu’à une seule chose. Revenir.

Et le festival vous donnera toujours une raison de le faire…

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


ECOUTEZ FRANCE MAGHREB 2

Powered by  MyPagerank.Net