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RACHID FERCHIOU : VOILA POURQUOI «MY CHINA DOLL» N’ETAIT PAS DISTRIBUE EN TUNISIE ! Version imprimable Suggérer par mail

2018-08-01 10:26:33


Entretien réalisé par Feten Ridène Raissi
Enseignante-chercheuse en Audiovisuel et Cinéma

Dans le cadre de la recherche pour ma thèse sur les différentes illustrations du patrimoine culturel tunisien à travers nos films de fiction, j’ai eu l’occasion d’organiser cet entretien avec le réalisateur Rachid Ferchiou.

 


Pouvez-vous nous parler de la naissance de votre film «My China Doll» ?

• "My China Doll" a commencé en 2008, longtemps après mon premier voyage en Chine il y a 20 ans. Sous le règne de Mao, cette république populaire était communiste, et un régime culturel bien spécifique, avec les tenues de couleur gris et vert.
J’ai adoré Shanghai, j’ai adoré la Chine et la culture chinoise.

Avez-vous trouvé un décalage culturel entre la Tunisie et la Chine, du point de vue rythme, style de vie, coutumes, rites…?

• Quand on est culturellement ouvert, on ne trouve aucun décalage. On ressent simplement une curiosité, et l’envie d’apprendre sur les autres cultures. En s’immergeant dans la culture chinoise, en ayant des contacts fréquents avec des Chinois, on ne constate pas de différence.

Avez-vous acquis cette ressemblance avant le film (je veux dire à travers plusieurs voyages qui précèdent ceux du tournage de "Ma Poupée Chinoise" ?

• Je me sentais loin de la culture asiatique, une culture totalement différente de la mienne. J’ai voulu découvrir avant. Au début, je croyais que tous les Chinois se ressemblaient, mais ce n’est pas vrai. Quand tu rentres dans leur culture, tu commences à t’imprégner de leurs histoires, et tu commences même à penser comme eux, en te sentant bien chez eux, à partager leur cuisine, leurs peines et amours.

 

Depuis les années 80, une Chine profonde, une Chine culturellement extraordinaire s’est gravée dans ma mémoire, et était totalement différente de nos spécificités arabo-africaines.

 Donc cette richesse doit absolument être illustrée dans votre film «Ma Poupée Chinoise» : racontez-moi son histoire ?

• Yasmine, jeune star tunisienne en mal d’inspiration et d’amour, passe par une période creuse, professionnellement et financièrement. Le jour du tournage de son vidéo-clip, Yasmine découvre qu’elle était la cible d’un tueur venu de l’étranger, «en quête de vengeance».

Qui est ce tueur, recherché par Interpol ? Et pourquoi tente-t-il de l’éliminer ? Et qui est l’agent des services secrets, qui lui parle de son père, qu’elle croyait mort en Chine depuis plus de vingt deux ans ?

Enfermée dans le secret total, Yasmine part en Chine à la recherche de son père, pour ressusciter le passé. A travers ce voyage, elle découvre une Chine magnifique, mystique, avec la grande civilisation dont elle rêvait, en se rappelant l’unique cadeau de son père : la poupée chinoise.


Ce voyage fut pour Yasmine une fusion entre le passé et ses rêves : des rêves qui ont hanté sa pensée, et la hantent encore chaque nuit pendant son sommeil.
Elle est alors bien déterminée à voir son rêve chinois se réaliser, et elle s’engage vers la route du jasmin, tentant de retrouver ce père qui l’avait abandonnée. Elle effectue ce voyage en quête de son identité, tentant de comprendre pourquoi son père l’avait abandonnée…

Le père travaille en Chine… ?

• Il travaillait en Chine dans le commerce d’art contemporain. Il était féru, passionné d’art chinois.
Sa fille lui reprochait toujours ses longues absences. Lorsqu’elle eut cinq ans, il lui offrit une poupée chinoise, et lui dit : écoute-moi, un jour, quand tu seras grande, je te promets que je t’emmènerais en Chine pour que tu puisses connaître cette grande nation, cette grande culture…

Pourquoi ne l’a-t-il pas emmenée dès le début avec lui ?

• Elle n’avait que cinq ans, c’était un long voyage, et puis il voulait qu’elle fasse ses études en Tunisie.

Comment a-t-il disparu ?

• Pendant un de ses voyages, la mère de Yasmine lui apprend que son père est mort…. Yasmine était choquée qu’il soit mort sans avoir tenu sa promesse.  

Comment montrez-vous la beauté de la Chine par votre film ?

• Pendant que Yasmine part à la recherche de son père, elle découvre l’endroit où il a vécu pendant 22 ans : un lieu magnifique, une civilisation marquée par le philosophe «Confucius», considéré comme le premier éducateur chinois. L’architecture, la beauté, les conditions dans lesquelles a vécu son père l’émeuvent. Et malgré cette beauté extrême de la civilisation chinoise, Yasmine trouve que son père est resté intimement attaché à la Tunisie.

 Parlons maintenant de la distribution de «Ma Poupée Chinoise»… Pourquoi n’est-il pas sorti en Tunisie ? Je me rappelle qu’il a été programmé, puis annulé, lors du 50ème anniversaire des Journées Cinématographiques de Carthage.

• Par respect pour le producteur qui a investi dans le film deux ou trois millions de dollars, alors que la Tunisie ne m’a donné que 200 mille dinars… Pour ne pas risquer que mon film soit vendu, ou piraté et publié sur Youtube : un film projeté en Tunisie est volé en 24 heures, par des caméras vidéo, par des smartphones.

Nous avons une loi de protection des droits d’auteur en Tunisie…

• Elle n’est jamais entrée en vigueur ! Je connais les conditions, on me considère comme une référence culturelle, on m’a demandé à deux occasions de prendre le portefeuille du ministère de la Culture, ou encore d’être conseiller du Président, et j’ai refusé.

 

En Tunisie, rien n’est protégé ! Ce qui est blanc maintenant peut devenir noir en une fraction de seconde ! Aucune protection n’existe ! A qui pourrait-on s’adresser pour porter plainte ? On ne peut te dire que : nous sommes désolés, ça a dépassé notre capacité !

 

«My China Doll», le premier film arabo-africain produit par des Chinois, est sorti dans trois mille salles de cinéma ! Y a-t-il un seul film arabe ou africain qui sorte dans trois mille salles à la fois ? «Ma poupée Chinoise» est le premier et l’unique qui l’a fait, tu veux que je le projette en Tunisie pour qu’il soit piraté du jour au lendemain ?

On vous a proposé de vous nommer ministre de la Culture, pourquoi n’avez-vous pas accepté ? Vous auriez pu installer une loi qui défende toute œuvre cinématographique, voir artistique, de telles attaques !

• Je ne suis pas modelé pour devenir un ministre de la Culture, moi je suis un créateur, je ne suis pas un administrateur ni un policier.
Un film en dvd à Carrefour en Tunisie est vendu à 3 ou 4 dinars, tandis qu’un film en dvd à Carrefour en France est vendu à 20 ou 30 euros : ce sont les droits d’auteurs et les droits voisins ; le revenu de ces ventes est partagé entre auteur, producteur, acteurs, équipe technique… Et en Tunisie, les 4 dinars vont uniquement au commerçant de grandes surfaces !!

 

La Tunisie ne mérite pas ça ! Où sont les gouverneurs pour s’occuper de ces problèmes ? Ils se contentent de réaliser leurs propres rêves, tenir un portefeuille, une chaise au Parlement, un merveilleux salaire, des voyages de rêve… Ce sont ces gens-là qui représentent la justice, donc la justice n’est jamais acquise dans de telles conditions.

Si je vous demande de comparer les conditions de production et de réservation des droits d’auteur et droits voisins entre la Chine et la Tunisie, vous me diriez que c’est incomparable!

• Absolument ! Si je te décris les conditions de tournage, et comment les gens ont travaillé en Chine, tu serais émue !

Comment ?

• Quand je demande que l’équipe soit réunie à 7 heures du matin, en demandant qu’un décor soit prêt, je trouve trois décors à la fois, déjà prêts à 7h ! (un décor, une grue ou un travelling, en Tunisie demandent une demi-journée pour être installés, deux heures pour subir des modifications, interrompues par des demi-heures de pause pour fumer ou manger sur scène.

 

On travaille dans un silence absolu, l’équipe est toujours ponctuelle, modeste, veut encore apprendre, alors qu’un technicien tunisien, dès qu’il apprend quelque chose, il se sent un roi. L’humilité est une créature étrange en Tunisie.

Vous me semblez haïr la Tunisie d’après ce que vous dites !

• Au contraire, je suis pur sang tunisien, et bien que mes films soient coproduits, je les définis comme tunisiens, je n’ai qu’un passeport vert, et si on m'en propose un autre, je le refuse radicalement.

«Ma Poupée Chinoise» a-t-il subi une censure ?

• Même dix, dix scènes ont été coupées par les commissions chinoises quand je parlais de l’Islam.

Quand vous étiez membre de la Commission de censure en Tunisie, vous jugiez uniquement la qualité, et ne demandiez pas de coupure pour des raisons politiques ou religieuses, pourquoi avez-vous accepté cette censure chinoise ?

• Pour la réputation de mon nom, de mes films, en Chine puis en Asie ! Pendant le tournage de «China Doll», on a déjà commencé à distribuer mes autres films en Chine, dans plusieurs salles. J’étais présent pendant plusieurs projections suivies de débats, de master-classes… Pour «L’accident», par exemple, les chinois disaient : il y a très peu de chauffeurs de taxi qui pourraient résister à cette femme, vous avez en Tunisie des chauffeurs de taxi grandioses.

Que dites-vous aux jeunes Tunisiens qui estiment suivre votre chemin ?

• Pour arriver, si vous voulez avancer, si vous voulez créer, si vous voulez ouvrir un chemin pour l’avenir, pour vous, future jeunesse, j’ai ouvert cette fenêtre de la Chine, vous qui voyez la Chine lointaine, culturellement différente ; vous pouvez arriver à y réussir, en prouvant juste votre volonté, votre envie d’apprendre, de progresser, en évitant de ressembler à une grenouille, qui se gonfle en respirant jusqu’à s’exploser.

Interview réalisé le 20-07-2017
Feten Ridène Raissi

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