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Cannes Version imprimable Suggérer par mail
http://www.lexpression.com.tn/upload/sel-de-la-mer.jpgCannes est un festival de cinéma mais aussi une tribune planétaire, un gigantesque émetteur d’images et de paroles. La question «arabe» et/ou «musulmane» y est fortement présente dans ses implications culturelles.


Evidemment, quand vous allez à Cannes, il serait malvenu, voire ridicule, d’y chercher la quantité souhaitée de films arabes et/ou musulmans. D’abord parce que le cinéma, le bon s’entend, n’a pas de nationalité ; ensuite le festival de Cannes est autre chose qu’une rencontre régionale.

 

Et quand bien il le serait, il ne faudrait pas l’entendre dans ce sens-là. Mais, n’empêche que l’attente est ce qu’elle est. On a beau dire, on a beau faire, on vient d’un pays, d’une région, d’une culture. Le continent cinéma est une belle métaphore mais la beauté de la métaphore ne peut rien à son caractère métaphorique.

Ensuite, le brouillage est total et les catégories nationales, identitaires sont de plus en plus floues et complexes. Alors qu’au sens étroit, la quantité de films venant de cette partie du monde, comme de l’Afrique d’ailleurs, est infinitésimale, la question «arabe» et/ou «musulmane» est fortement présente dans ses implications culturelles. Cannes est un festival de cinéma mais, il ne faut pas se leurrer, il n’est pas que cela. C’est une tribune planétaire, un gigantesque émetteur d’images et de paroles. On ne compte pas la quantité de photos, de  textes produits par jour sur ce qui se déroule dans et autour du palais du festival, on ne mesure pas la force de leur impact et l’étendue de leur diffusion. D’où la présence de certains «films» dont on ne penserait pas qu’ils puissent a priori y trouver place.

 

La France, l’islam et la laïcité


Ainsi cet objet intitulé ‘‘C’est dur d’être aimé par des cons’’. Programmé dans la sélection officielle hors compétition, il a eu droit à une séance spéciale dans la salle Bunuel, un des prestigieux espaces de projection du palais dont Thierry Frémaux, le délégué général du festival, a dit lors de la présentation du film qu’elle convenait bien à la circonstance. Peut-être entendait-il par là qu’elle porte le nom d’un cinéaste qui n’aurait pas été indifférent à la cause défendue par le film. Peut-être faisait-il allusion à la forme de la salle, semblable à un parlement, lieu de débats. Ne voulant pas courir le risque de faire insulte à l’âme du grand cinéaste espagnol et au bon sens de M. Frémaux, je préfère quant à moi cette dernière interprétation.

Il s’agit d’un documentaire sur le procès que la Mosquée de Paris a fait à ‘‘Charlie Hebdo’’ après la reproduction dans le journal satirique français des caricatures du prophète Mohamed publiées au Danemark et qui ont provoqué les controverses et les réactions que l’on sait. Le film revient sur les éléments d’un dossier, en effet particulièrement intéressant sur la place des religions, et en particulier de l’islam en France, sur le droit de la presse, sur la liberté d’expression et bien entendu sur la laïcité. Et sur un procès désormais historique où se sont confrontées deux conceptions de la liberté d’expression à la faveur de l’évolution récente de la société françaisE.

Le problème est que le film ne signifie rien cinématographiquement et, par conséquent, n’apporte aucun éclairage cinématographique au sujet. L’occasion s’y prêtait pourtant, la question étant profondément liée aux modalités d’élaboration des images. Le cinéma aurait pu apporter sa part de contribution à une réflexion sérieuse. Nous en étions loin. La platitude du traitement désole.

Certes, tous les films à Cannes ne sont pas artistiquement révolutionnaires mais ce qui a entouré celui-ci étonne. Jamais à Cannes je n’ai entendu (j’imagine que rarement tel fut le cas) autant d’applaudissements au cours d’une projection. On se croirait dans un pays où le cinéma n’existe pas ou peu. A chaque fois qu’un orateur défend ce qui est considéré comme correspondant à la vérité, le public y va de ses deux mains comme dans un stade. Comme quoi, l’art pâtit toujours et partout du déficit de débat. Eclairage intéressant au pays des Lumières sur les effets pervers du visuel…

 

Le cinéma palestinien marque son «territoire»

Le cinéma est aujourd’hui manifestement en panne de propositions. La confusion de l’actualité semble brouiller la représentation (cinématographique en tout cas) qui suppose une présence plus «tranquille» ou plus «normale» de la réalité.

‘‘Le sel de la mer’’, un des rares films arabes me semble profondément travaillé par cette question. Il s’agit bien d’une fiction mais Annemarie Jacir, cinéaste palestinienne, a choisi de porter à l’écran cela même qui est en souffrance de représentation dans la communauté internationale, un pays dont l’existence est encore nié. Soraya américaine d’origine palestinienne, munie d’un visa de quinze jours décide de s’installer en Palestine, le pays de ses ancêtres. Son grand-père y est né et s’en est exilé avec sa famille en 1948. Dès son arrivée, elle est confrontée à toute une série de tracas qui illustrent l’absurdité de la question. Malgré son visa, elle est l’objet de toutes sortes de vexations de la part des militaires israéliens qui se doutent de ses origines. La situation empire lorsque, son visa ayant expiré, elle décide de rester. Sa trajectoire rejoint celle d’un palestinien qui lui, en revanche, cherche à partir. Cette rencontre place sa quête de réinsertion dans une perspective critique, distanciée. Mais le film montre bien la difficulté que les images ont avec une réalité peu définie, lieux de mémoire dont la légitimité est établie mais non reconnue, lieux démolis, ensevelis ou dénaturés. Au cours de la fabrication de l’?uvre et dans son élaboration même. D’une part on ne compte pas les difficultés que la réalisatrice a rencontrées au cours du tournage, notamment pour les autorisations de passage des «frontières». D’autre part, la formulation «esthétique» n’est pas sans poser des problèmes, le film versant parfois dans un discours direct ou un symbolisme naïf. Mais le voyage de Soraya (une belle Suheir Hammad, poète de son état et très bonne dans le rôle) est d’autant plus émouvant qu’il ne manque pas de désinvolture et de fantaisie. Le cinéma palestinien trace un territoire de plus en plus reconnu, inscrit pourtant dans une réalité locale de plus en plus incertaine.

En montant sur la scène pour présenter l’équipe du film, Thierry Frémaux portait sur les épaules le keffieh palestinien. Il a éprouvé le besoin de s’en expliquer («On me l’a offert, je l’ai porté», disait-il presque en s’excusant). Il avait plus de difficultés, lui qui connaît pourtant très bien l’anglais, à traduire le mot «nakba» employé par Annemarie Jacir dans sa présentation du film. Il n’avait pas besoin de le traduire d’ailleurs, le mot existant tel quel en français. Il s’est contenté de n’en rien dire tronquant allègrement la présentation de la réalisatrice. Mais, diriez-vous, ce ne sont que des détails, le film ayant quand même été sélectionné dans un Un Certain regard. Oui…

Catherine Deneuve au milieu des ruines du Liban


Autre film arabe, ‘‘Je veux voir’’ de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, également dans Un certain regard. Mais les auteurs semblent plus nettement conscients de l’enjeu puisque la problématique même de la difficulté du cinéma est inscrite au centre de la démarche du film. L’idée ne semble pas avoir été bien comprise ici, notamment de la part des sympathisants de la cause libanaise. Elle consistait à placer Catherine Deneuve au milieu de la désolation de l’après-guerre. La grande comédienne française a accepté le jeu : aller au Liban, sur les régions bombardées par l’armée israélienne. Idée a priori saugrenue, en réalité d’une grande subtilité. Ne s’agissant pas d’un simple documentaire, quoique la part de la fiction soit indécidable, déplacer l’icône sur les lieux de la destruction est d’une certaine manière mettre le cinéma à l’épreuve de cette réalité. Ce qui a irrité, c’est le silence de Catherine Deneuve. Or, c’est précisément l’état de consternation, d’hébétude et de peur dans lequel s’est trouvée plusieurs fois la grande actrice qui est intéressant.

A Beyrouth ouest, l’équipe a été brutalement empêchée de filmer, la caméra baissant objectif. Sur la route du sud, le chauffeur chargé d’accompagner l’actrice (le fameux Rabih Mroué, splendide) se trompe de chemin. Affolement général, il s’engage dans une piste minée. On sort de la voiture, dans la panique. Plus tard, on entend un grand bruit de bombardement. Catherine Deneuve est jaune de peur. «Que se passe-t-il ?», le maigrichon chauffeur barbu aux cheveux hirsutes essaie dans un français approximatif de lui expliquer qu’elle n’avait pas à avoir peur. Il s’agit d’un raid fictif pour faire peur. Le déplacement de l’actrice est ainsi ponctué de plusieurs incidents du genre.

Belle idée de cinéma que le transport de ce corps de cinéma dans les ruines provoquées par l’armée israélienne ; corps fragilisé, poussé dans ses derniers retranchements, migration de cinéma dans le pays méconnaissable. La greffe de corps hyper construit par le cinéma dans un territoire détruit par la guerre est le condensé (le film dure à peine une 1h15mn) de la souffrance de l’image dans cette région du monde.


Ces «autres» que nous sommes


Inutile de chercher d’autres films arabes à moins évidemment d’aller au marché (on parle d’un film égyptien qui aurait fait beaucoup parler). Mais, la culture, la religion musulmane ne sont pas absentes. Dans ‘‘Dernier maquis’’, troisième film de Rabah Ameur Zaimech, sélectionné dans la Quinzaine des réalisateurs, le sujet est la religion même de l’islam. Dans une sinistre zone industrielle (on  ne se croirait pas en France), Mao dirige une entreprise de réparation de palettes. Ses ouvriers sont tous des immigrés arabes et africains noirs. Autre lieu désolé, autres déplacés. Il décide d’ouvrir une mosquée pour son personnel sur les lieux du travail. Il désigne un imam. Les ouvriers sont contents mais certains ne voient pas d’un bon œil le fait de ne pas choisir eux-mêmes celui qui dirigera leurs prières, le patron n’étant pas au-dessus de soupçon. Là, commence un conflit sans grand rebondissement dramatique autour duquel le réalisateur brodera une série de petits faits avec la subtilité qu’on lui connaît depuis ‘‘Wesh Wesh’’.

Le film n’a pas la force des deux précédents mais il ne manque ni de subtilité ni de profondeur. Le pari, encore une fois, est difficile. Le sujet est malmené par les médias. Ameur Zaimeche cherchera à se frayer un chemin au milieu des sentiers mille fois battus. Le point de vue à la fois proche et éloigné, tendre et ironique, engagé et désinvolte crée une tonalité grave et amusante et permet l’approche inédite de la question. Une scène inoubliable : un ouvrier d’une naïveté démesurée se convertit à l’islam dans une grande béatitude. Ni une ni deux, sur un conseil malicieux de ses collègues, il se coupe le prépuce, comme ça, debout devant son lavabo comme quand on se taille la moustache, sans anesthésie ni autre précaution médicale, faisant acte de circoncision. Vous devinez les conséquences, il ne tardera pas à tomber dans les pommes. Transporté à l’hôpital, il sera soigné et remis en état de travailler. Seul moment de «grosse» émotion, quoique paradoxale, le public hurlant et riant à la fois. Sinon, tout le long du film, cette humanité est regardée d’un œil attentif, amusé, critique et sympathique conférant à ces «autres» que nous sommes ou qu’on veut que nous soyons, une épaisseur humaine rare au cinéma.

Ce film est, bien que quelque peu inabouti, une belle réplique au documentaire de Daniel Leconte, une réponse cinématographique élégante au discours massif du documentaire. Entre ces deux extrêmes, la figure de «l’autre» musulman, arabe, de ci ou de là, il faudra manifestement beaucoup de temps pour qu’une image en soit possible.

En attendant, le cinéma arabe conjuguera l’absence à tous les modes et la question de «la culture arabo-islamo-orientalo…») hantera encore longtemps l’imaginaire de la Méditerranée que surplombe aujourd’hui superbement Cannes.

 

 

Source : L'expression
 

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