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Un colloque sur le thème : «Le cinéma et le Maghreb», organisé à Tunis par le Centre d’études maghrébines (CEMAT), a réuni des universitaires tunisiens et états-uniens. Divergences d’intérêts et… d’approches.

Il suffit de franchir les frontières du pays d’origine pour qu’un Tunisien, un Algérien ou un Marocain se trouve doté d’une identité maghrébine. Donc, vu de l’extérieur, le Maghreb est une entité intégrée et communément admise. La preuve que cette entité régionale n’est pas un simple vœu, mais plutôt un constituant homogène, façonné par la géographie, forgé par l’Histoire et consolidé par la langue. Dans ce sens, parler de l’expérience d’un cinéaste d’un de nos pays  renvoie à l’ensemble de notre région. Là, le texte filmique est rattaché non seulement à un contexte historique, mais surtout à un cadre sociogéographique transnational. C’est dans cet esprit que s’est tenu récemment à Tunis un colloque universitaire autour du thème : «Le cinéma et le Maghreb» organisé, du 30 mai au 2 juin, par le CEMAT, avec la participation de nombreux chercheurs américains et maghrébins.

Au programme de ce colloque, plusieurs axes d’intérêt dont, notamment, le cinéma comme miroir de la réalité maghrébine, le sacré et le profane dans ce cinéma, l’image de l’Autre, le cinéma maghrébin au féminin et les problèmes et les modalités de la production cinématographique au Maghreb, etc.

 

Franchir le seuil de l’interdit

Au fil des interventions, les participants ont réussi le tour de force de composer un tableau exhaustif de la réalité du cinéma maghrébin, et d’établir un état des lieux de ce cinéma. Il en ressort deux importantes constatations.

D’abord, le film maghrébin parvient, malgré tous les aléas de la production, à  refléter le réel maghrébin et à franchir le seuil de l’interdit ou de l’indicible. Miroir, tout en étant mémoire, le film maghrébin décrypte les composantes du réel ainsi que ses nuances, à travers une considération critique de l’ordre social ou de la condition de la femme et de la famille, ou encore mieux à travers un examen de l’identité culturelle.       

Ensuite, à chacun des trois pays ses années de gloire. Après l’Algérie des années 70, (‘‘Le Vent des Aurès’’ et ‘‘Chronique des Années de braise’’, Palme d’or au festival de Cannes),  c’est à la Tunisie des années 80 que revient l’honneur de briller de toutes ses lumières, grâce à des films comme ‘‘L’homme de Cendres’’ ou ‘‘Les Silences du Palais’’ ; puis récemment, c’est autour du Maroc d’occuper la première place et de se démarquer par une impulsion donnée à la production (‘‘Mille mois’’, ‘‘Mémoire en détention’’ ou ‘‘A Casablanca les anges ne volent pas’’).

Mais l’intérêt de la rencontre se situe, à notre sens, ailleurs. Elle a permis à la critique universitaire maghrébine de se situer par rapport à l’approche qui se profile chez les chercheurs américains. Dans ce sens, il nous a paru évident que le Maghreb que nous connaissons (ou que nous croyons connaître) de l’intérieur est nettement différent de celui que se représente l’universitaire américain. En effet, pour ce dernier, la grille de lecture est essentiellement anthropologique et semble focaliser son intérêt particulièrement sur un double aspect : la famille et la religiosité. En revanche, pour l’universitaire maghrébin, les modalités de lecture privilégient l’analyse formelle, donc du signifiant. Autrement dit, autant la critique américaine s’occupe du sujet, autant le critique maghrébin insiste sur les modalités rhétoriques, poétiques ou encore sémiologiques du film, comme si le Maghrébin, pour employer un langage métaphorique, s’investissait dans la recherche pure ou dans les sciences fondamentales, alors que l’Américain, soucieux de voir ses recherches aboutir à une application immédiate, s’exerçait dans les sciences expérimentales. Cette différence entre la spéculation théorique d’un côté, et les hypothèses appliquées de l’autre, fait en sorte que l’élaboration critique des uns n’a pas le même rapport avec la durée que celle des autres.

La preuve qu’en matière de critique cinématographique académique, autant les Etats-Unis demeurent jalousement attachés à un pragmatisme actif cherchant toujours un impact immédiat et un champ d’investissement rentable ; autant les pays de l’Afrique du Nord sont attentifs aux théories critiques que développe  avec engouement l’intelligentsia européenne et particulièrement française.

 

Métissage entre deux cultures

En suivant les interventions des chercheurs maghrébins, on est amené à l’évidence (sans cette vérité, on n’aurait pas saisi une des composantes fondamentales de l’identité de la région) que le Maghreb est le lieu d’un métissage entre deux cultures (arabo-africaine et occidentale), qui s’attirent et se repoussent en même temps. Dans ce sens, à la proximité géographique de l’Europe s’ajoute le poids de l’Histoire. Meilleure preuve : ce que nous appelons au Maghreb l’indépendance est désigné de l’autre côté de la Méditerranée par l’expression, toujours en vigueur, l’ère post-coloniale.  

Les critiques maghrébins restent certes particulièrement attentifs aux problématiques posées dans les cinématographies nationales et leurs implications historiques et sociales locales. Mais, leur approche puise sa grille et ses outils dans la pensée européenne. Et c’est précisément cette même configuration hybride du discours critique qui préside, elle aussi, à la conception et à la genèse du film maghrébin. En effet, les films maghrébins de l’actuelle décennie par exemple abordent avec courage les sujets liés aux mutations auxquelles fait face notre région, tels que le terrorisme, l’émigration clandestine, l’injustice sociale, l’évolution des mœurs, les effets de la mondialisation ou encore le rapport avec les racines culturelles. Mais dans tous ces films, les modalités narratives ou l’approche esthétique tissent des liens de parenté avec le cinéma d’auteur européen.

Au gré d’une filiation avec des courants européens comme le néo-réalisme, la Nouvelle vague ou un certain cinéma politique, les cinéastes maghrébins composent des opus d’où sont exclus le «star système», le film d’action ou d’aventure ou encore la comédie musicale, etc.

Nous, les Maghrébins, nous habitons une région frontalière. Nous avons nos racines dans l’identité arabo-africaine, mais en même temps, nous sommes en commerce ininterrompu avec nos voisins de la rive nord de la Méditerranée. Aussi est-ce pour cette raison que chaque fois que nous voulons appréhender la signification d’un aspect social, historique ou culturel de notre réalité, nous avons besoin d’un ensemble de références, d’une kyrielle d’outils théoriques et d’une armada de formules, en vue de dénouer la complexité de ce que nous faisons ou d’élucider les ressorts de nos désirs et de nos appréhensions.

 

Dépoussiérer la mémoire

Pour l’Américain, en revanche, les choses sont simples et limpides. On catalogue tout, comme des stèles solitaires dans le désert du Nevada. Ce qui explique, dans une certaine mesure, les raisons pour lesquelles le cinéma américain sait raconter des histoires d’une manière transparente, parce que ce cinéma épouse facilement les structures du mythe de l’antiquité, alors que le cinéaste maghrébin (et a fortiori européen) peine à dépoussiérer sa mémoire et à écarter les strates au-dessous desquelles se repose le noyau névralgique de tout l’imaginaire collectif.

Pour tout artiste de la frontière (donc du Maghrébin), la création est un acte archéologique. Pour l’artiste des régions intérieures ou du centre (donc de l’Américain), la création est un acte nostalgique d’un mythe fondateur.

À la faveur de cette rencontre académique, le face-à-face entre «Nous» et «les Autres» nous a permis non seulement de définir nos approches respectives de la chose cinématographique, mais surtout de nous situer, intellectuellement et subjectivement à la fois, par rapport à notre environnement immédiat. Énoncer un avis sur un film, c’est prononcer un avis sur soi-même.

 

 

Kamel Ben Ouanès
 
Source : L'expression
 

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