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CARNET DE ROUTE par Taher Chikhaoui Version imprimable Suggérer par mail

La mer d’Ulysse, muse de notre Douagi national. La mer des mythologies homèriques reprend du service politique.

 

Problématique méditerranéenne tissée, métissée  par les pérégrinations de notre auteur, décidément inspiré.La mer d’Ulysse, muse de notre Douagi national. La mer des mythologies homèriques reprend du service politique. Problématique méditerranéenne tissée, métissée  par les pérégrinations de notre auteur, décidément inspiré.

 


La Méditerranée est, comme chacun sait, à l’ordre du jour. Désormais, elle est une question inscrite dans l’agenda des hommes politiques. Jadis, elle était un espace de pérégrination pour les écrivains, un chant d’investigation pour les savants. Homère y déploya son Ulysse, Braudel y exerça son intelligence, Douagi y noya son chagrin. Depuis la fin du siècle dernier, elle occupe les esprits des acteurs de la société civile, préoccupés par l’interminable conflit du Moyen-Orient, les drames de l’immigration et les malentendus culturels à l’ère de la mondialisation. De lieu de mémoire, elle constitue aujourd’hui un sujet de préoccupation de ses habitants ; elle risque de devenir un fonds de commerce.

 

Charme cannois

 

Lorsque le 13 mai en début d’après-midi, je prends l’avion pour Marseille, ces questions ne quittent pas mon esprit. Je pars pourtant pour Cannes. L’image de la mer n’a plus la clarté qu’elle avait, les années passées. Sans doute parce que je sais que de Cannes, et avant la fin même du festival, je dois me rendre à Barcelone et de Barcelone à Bari pour participer à deux rencontres autour de la problématique de la Méditerranée. Le passage par Marseille m’a été dicté par des considérations de budget. Je ne savais pas qu’en passant par là, je retrouverais, quelque six mois après, la ville où précisément j’ai dû prendre part, les 7, 8 et 9 décembre, à une rencontre organisée par la Fondation René Seydoux sur le thème «Pensée et pratiques des échanges dans l’espace culturel euro méditerranéen».

La gare Saint Charles était alors en pleine rénovation. Tout est presque fini maintenant. Les travaux, effectués par la société publique Euroméditerranée (tiens, tiens !) ont coûté, dit-on, six millions d’euros. L’édifice a beau changer d’allure, il n’en demeure pas moins superbement perché sur la même colline continuant à surplomber la ville depuis le milieu du XIXème siècle. La colonnade dont la gare est désormais flanquée lui donne plus de hauteur et plus de lumière et aux multiples couleurs de la population qui l’anime plus d’éclat.

En attendant le départ du train, vous ne pouvez pas vous empêcher de sortir sur la terrasse où la vue de la ville est plus accessible. Plutôt que de vous en dissuader, la fine pluie d’été qui tombe sur le béton ajoute au charme du spectacle. Je ne peux pas me retenir de chercher des yeux la rue des Dominicaines dont mon père nous avait tant parlé. Toute proche de la station, elle abritait la plupart de mes cousins immigrés. La rue de la famille, nous disait-il…

Arrive l’heure de partir. Le charme triste continue. Les splendides paysages que traverse le train, mélange de forêts, de collines et de la mer, rappellent certaines régions du Nord de la Tunisie. La forte impression que produit sur mon esprit la beauté de la nature et renforcée par le chapelet de petits patelins se mêle étrangement aux premiers plans de «la Noire de…», d’Ousmane Sembene. Curieux retour d’images. Peut-être tout cela est-il normal à l’approche de Cannes…

Les images du premier film africain noir resteront sur l’écran intérieur de ma tête sans aucun écho extérieur. L’Afrique subsaharienne est absente de Cannes. ‘‘Johnny mad dog’’ de Jean-Stéphane Sauvage produit par Mathieu Kassovitz, programmé dans Un Certain Regard, est une horreur. Du propos du film et de sa facture tout se sait, tout se comprend dès les premières scènes, d’une violence extrême et vaine, où on voit un fils tuer son père, sous la contrainte. Certes, le continent a connu pire mais l’ostentation presque jubilatoire avec laquelle les indescriptibles crimes ont été mis en scène a quelque chose de presque obscène. Dans un contexte d’abondance d’images, cela aurait été moins grave, mais la désolation dans laquelle se trouve aujourd’hui le cinéma d’Afrique sub-saharienne empêche de détourner le regard de cette chose qu’on ne peut qualifier. On est mal à l’aise devant la difficulté de l’ignorer. Et visiter le pavillon sud, installé comme tous les ans dans le village international n’enlève rien à l’amertume. La qualité des discours entendus lors des rencontres qui y ont été organisées notamment sur l’engagement au féminin souligne le douloureux paradoxe : autant de cinéastes de qualité, autant de bon sens ne peuvent rien contre la sinistrose.

Le 22 au matin, soit trois jours avant la fin du festival, je m’apprête à quitter Cannes, je ne suis pas particulièrement triste. L’émotion et la beauté laissées par des films comme ceux de Skolimowski, des frères Dardenne, de Ceylan, de Straub ou de Jia Zhanke sont réelles mais l’extraordinaire absence d’images du «Sud» comme on aime à dire ne laisse pas indifférent. On n’y peut rien…

Je descends à pied du haut de l’avenue du Grand Pin, traverse les rues désertes de Cannes à sept heures du matin, et traîne ma valise et quelque regret. Cannes est méconnaissable à cette heure de la journée. Arrivé au bout de la rue d’Antibes, j’assiste à une altercation entre deux jeunes garçons, manifestement encore sous l’effet de quelque boisson spiritueuse ou de quelque substance hallucinogène. Une fille cherche désespérément à les séparer. Serait-elle l’enjeu de la dispute ? L’affaire dégénère. Le spectacle a quelque chose de pathétique mais lorsque les deux énergumènes en viennent aux mains, ma tristesse croît. Ils s’enroulent par terre, se mettent à hurler déchirant le calme à peine retrouvé du matin. Les cris augmentent de plus belle quand l’un des deux ne trouve rien de mieux à faire que de mordre son adversaire. Ils sont là tous les trois, par terre, écrasant la fille qui ne désespère pas de les démêler. Quelques personnes cherchent à s’interposer entre eux mais rien n’y fait. Jusqu’à l’arrivée subite de la police… Le spectacle me navre. Retour brutal au réel. Cela se passe à quelques mètres de la Croisette. Que peut le cinéma au monde ?

 

Palabres et petite musique en Catalogne

 

La perspective de me retrouver à Barcelone dont j’ai entendu tant de bien relativise ma tristesse : mais quitter Cannes sur ces images-là me désole. Je me remplis alors avidement les yeux de l’extraordinaire beauté des paysages sur la route de Nice. Et de l’avion décollant, je continue de trouver quelque consolation dans le bleu de cette Méditerranée. Cela ne dure pas longtemps. L’avion fait vite de surpasser les nuages; je ferme les yeux.

À Barcelone, on m’installe en plein centre ville juste en face de la cathédrale gothique que je n’ai pas le loisir de visiter pour cause de travaux. Accueil élégant pour cette rencontre d’intellectuels invités à préparer des propositions à l’adresse des ministres de la culture du bassin méditerranéen; mais on ne dispose pas de beaucoup de temps pour découvrir le charme de la capitale catalane. Quelque trente minutes me séparent de l’heure du dîner au cours desquelles je m’offre une promenade autour de l’hôtel.

Devant le parvis de la cathédrale trois couples de vieux dansent sur les airs d’une musique locale, entourés d’une foule de plus en plus nombreuse, curieuse et solidaire. L’atmosphère est gaie sur la place mais le temps ne permet pas de visiter le musée Picasso situé juste derrière l’hôtel ni de suivre la Las Rambas jusqu’à la Marine. Retour au lieu du rendez-vous. On nous fait cependant visiter le fameux Palau de la Mùsica Catalana, grande fierté régionale, œuvre de l’architecte Lluis Donènech i Montaner et siège de la prestigieuse Orfeo Català. Un bijou, exemple de monument entretenu et exploité pour la culture locale. On peut rêver de voir nos monuments bénéficier du même soin. Une charmante guide nous expose en français et en anglais l’histoire et l’architecture du lieu. C’est là qu’on dîne, dans une salle avoisinante. Par je ne sais quel hasard, je m’assois à côté de Paul Balta qui passe une bonne partie du dîner à me raconter ses souvenirs en Algérie et en Iran.

Le lendemain matin commencent les travaux dans la Chapelle royale de Santa Agata, placée à l'intérieur du Palais Royal Mayor. Plusieurs responsables politiques prennent la parole pour souligner l’importance du dialogue des cultures. Discours bien intentionnés mais convenus. Ensuite, les invités réagissent, en commissions successives, aux propositions de recommandations, apportant leur contribution chacun selon ses  préoccupations. Le rêve d’une  Méditerranée plurielle, pacifique et cordiale, se déroule sur tous les modes. Discours lassants dont l’efficacité est douteuse dans un contexte marqué par les tensions, l’inégalité, la guerre. Nous sommes trois tunisiens dans la salle, Zeineb Farhat, Hélé Béji et moi-même. L’intervention de Hélé Béji est brillante, poétique et politique. Nos paroles concordantes relativisent l’angélisme d’un discours qui ne tient pas toujours compte des réalités, un discours parfois même utilisé, nous ne manquons pas de le faire remarquer, comme l’envers idéologique de la haine et de la guerre. Plus  remarquable encore est la dernière intervention, celle de Rachid Mendjeli, conteur et anthropologue qui gratifie l’assistance, à la surprise générale, d’un spectacle improvisé, un conte aux milles enseignements sur l’altérité. Comme ils cherchent la petite bête ces Maghrébins, a-t-on dû se dire. Et Zeineb Farhat  d’y aller de sa verve. A la fin, tout le monde est remercié. S’ensuit une sympathique réception organisée par la mairie de la ville.

 

Images de Bari

 

Le lendemain tôt, très tôt, un taxi nous dépose, Zeineb Farhat, Nathalie Galesne, rédactrice en chef de ‘‘Babelmed.net’’ et moi-même à l’aéroport. Destination Bari où se tient une rencontre organisée par le Femec, le Forum euro méditerranéen des cultures. Nouvelle traversée de la Méditerranée, dans l’autre sens cette fois, une Méditerranée au bleu de plus en plus impassible et narquois. À peine arrivés, nous sommes transportés sur les lieux de la rencontre  dans la fameuse Fiera del levante où se tient la 13ème édition de la Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe et de la Méditerranée. Là aussi, les invités sont appelés à rédiger des résolutions à l’adresse des mêmes ministres de la culture des pays du bassin méditerranéen, mais la rencontre est moins solennelle et plus conviviale. Les intervenants sont plus lucides, les interventions plus précises et plus ciblées. Et pour cause, le Femec est une organisation non gouvernementale, alors que l’IEMed est un établissement public. Il serait absurde d’établir une échelle de «méditerranéité», mais l’éclat de sa lumière et les allures orientales de sa ville ancienne font de Bari un lieu plus proche de ce qui me semble être la Méditerranée. Sans doute ne s’agit-il que d’une impression subjective. Les ruelles étroites, les habitants réunis devant chez eux et discutant à voix haute, les voisins conversant de leurs fenêtres par-dessus les passants, tout cela me rappelle la médina, ses odeurs, ses rumeurs, ses clameurs, etc., une atmosphère qui tranche avec la brutalité de la ville moderne. Il fait bon se promener dans la barivecchia, se perdre dans ses ruelles, s’arrêter dans un bistrot, reprendre sa promenade pour enfin déboucher sur le vieux port…

Retour à l’air et à la lumière de la mer. On a presque la justification de cette identité, la Méditerranée ne serait pas qu’un fantasme de politiciens en  mal d’idées. Une réalité, somme toute, un pays… Ces vieilles femmes et moins vieilles recueillies dans la crypte de la basilique devant la tombe de saint Nicolas (on dit que les ossements du saint ont été ramenés par des marins de Myre en Asie mineure) ont malgré les différences des rites un air de femmes de chez nous. On s’approche, enfin, du sud. Mais quel rapport tout cela a-t-il avec le cinéma ? Eh bien, visitez la cathédrale de San Sabino, appelée également  Duomo et vous le saurez. Vous y découvrirez ce manuscrit de l’Exultet, la prière pascale, composé dans une écriture médiévale dite «bénéventine»; il est garni d’enluminures étrangement disposées à l’envers. Pas si étrange que ça : à la lecture du manuscrit, celui-ci s’enroule et les fidèles placés de l’autre côté du parchemin peuvent ainsi voir défiler les images dans l’ordre. A la fin de la journée, après avoir visité ces lieux et bien d’autres tout aussi splendides, nous sommes invités à dîner piazza mercantile; nous dégustons toutes sortes de spécialités apuliennes dans une ambiance de fête.

Le retour au pays est moins brutal que d’habitude. De Bari je retrouve la lumière et de Cannes le ciné-club du mercredi. Débat du public avec Jilani Saadi autour de « Khorma » qui entame sa deuxième sortie commerciale. La discussion dure jusqu’aux alentours de dix heures du soir. Discussion intelligente sur un film injustement traité lors de première sortie, avec un réalisateur dont on est fier, prometteur, aux mots justes et à la sensibilité naturelle.

 

De Tunis à Bejaia

 

Le lendemain, le 29, départ à Bejaia pour participer aux sixièmes rencontres cinématographiques organisées par la dynamique organisation Project-Heurs. Je suis invité à animer un atelier de scénario préparé depuis des semaines avec la complicité de Jean-Pierre Morillon, grand «réparateur» de scripts, mon compagnon de Namur. Descente à l’aéroport d’Alger en compagnie de Sonia Chamkhi et Sarra Laabidi. Leurs courts métrages, ‘‘Wara el-blaik’’ et ‘‘Rendez-vous’’ sont programmés dans la soirée tunisienne en avant programme de ‘‘Bedouine Hacker’’ de Nadia El Fani. De nouveau la Méditerranée mais vue des montagnes du littoral.

L’aéroport d’Alger est égal à lui-même, moyennement animé, un peu désolé mais non dépourvu de chaleur. Le groupe de pèlerins (rentrés du petit pèlerinage) arrivés dans le même avion que nous sont bruyamment accueillis par des parents munis d’appareils photos et de mini caméras. En une fraction de seconde, me vient à l’esprit l’image des équipes artistiques happées par des dizaines de paparazzis photos en main, au moment de leur entrée dans la salle de presse. Chacun ses stars… Malgré la solennité du phénomène, les jeunes venus à la rencontre des pèlerins mettent quelque ambiance dans les lieux.

Le jeune Ahmed, que j’ai déjà connu l’année dernier, est là à nous attendre, toujours affable et plein de vie. On entreprend d’abord un tour à Alger à la recherche d’un distributeur, l’occasion de se laisser enivrer par le charme agité de la ville. Ensuite, on prend la direction de Bejaia. Bien que la route soit fatigante, les paysages sont éblouissants. Ils le deviennent encore plus à partir de Tizi Ouzou. Les images de la côte d’Azur me reviennent presque naturellement en mémoire. Le décalage évidemment flagrant entre les niveaux de développement des deux littoraux n’empêche pas de mesurer l’égale beauté de l’un et de l’autre. Sans doute y a-t-il quelque subjectivité (chauvine ?) dans mon appréciation mais je trouve l’effet de la splendeur de ces paysages kabyles supérieur à celui, pourtant extraordinaire, exercé sur moi par la côte d’Azur. La différence est cependant grande entre le confort du train pris pour Cannes et les cahots incessants de la voiture de Ahmed. Peut-être aussi, me suis-je rappelé le même voyage fait l’année passée à la même époque pour la même circonstance.

On prit, sur la proposition de notre jeune conducteur, le chemin le plus proche de la mer. C’est, nous dit-on alors, plus dangereux mais ce fut extraordinaire. Je m’étonne encore qu’aucune forme sérieuse de tourisme ne soit envisagée dans ces lieux. Le côtoiement de la plage, de la montagne et de la forêt rappelle, mais dans une beauté plus intensément sauvage, celui qu’on trouve aux environs de Tabarka. Mais évidemment, nous sommes du côté «sud» de la Méditerranée. Les difficultés matérielles sont visibles. Les routes, le transport, l’urbanisation laborieuse, le commerce, etc., tout montre que le chemin à faire en termes de développement est encore long.

Ce mélange de sentiments (l’éblouissante beauté de la nature et le triste constat du sous-développement) se confirme durant les journées auxquelles nous sommes invités. Le terme de mon périple rejoint paradoxalement son début. Je suis parti de Cannes, me voilà à Bejaia. Deux rencontres cinématographiques situées presque sur le même méridien de part et d’autre du bassin. Deux villes balnéaires, l’une et l’autre prises dans l’étreinte de la mer et la montagne, même lumière, même air. Toutes les deux choisies pour montrer des films, réunir des artistes, organiser des rencontres autour du septième art. Avec cependant des moyens, des soutiens et une histoire sans commune mesure les uns avec les autres. La difficulté est d’assurer dans sa tête une continuité. Notre biculturalisme est fait de cette difficulté. Le «dialogue culturel» auquel nous sommes conviés doit souffrir la récurrence de cette épreuve.

Il faut avoir admiré, il faut s’être donné le temps d’admirer les montagnes environnantes, se laisser promener, comme les organisateurs des rencontres nous ont permis de le faire, sur la route tortueuse de la montagne surplombant la ville et la mer, laisser, du haut de ces lieux, se perdre le regard dans l’étendue du bleu, il faut tous les matins, tous les après-midi, regarder Yemma Gouraya, la mère protectrice de Bejaia, paisiblement couchée sur les hauteurs, veillant encore sur les habitants de la petite Kabylie pour comprendre pourquoi Ibn Batouta, Ibn Khaldoun, Ibn Arabi et bien d’autres écrivains et penseurs sont passés par là.

Cette année, un seul lieu de projection abrite les films. La cinémathèque est fermée. Dommage, car elle est située dans la très agréable vieille ville sur l’esplanade qui, dominant le port, offre ainsi au spectateur une vue magnifique. La salle est, nous dit-on, en travaux de rénovation. Qu’importe, tout se passe cette année à la Maison de la culture, là où se trouve le siège de l’association organisatrice de la manifestation, Project-Heurts, dirigée par l’infatigable Noredine Hochiche.

Malgré les difficultés des projections, des progrès immenses sont accomplis cette année. Plus de films, plus de films importants, plus d’ateliers, plus d’invités, plus de rencontres… Merzak Alouache a donné une leçon de cinéma ; ‘‘La maison jaune’’, le très beau film de Omar Hakkar, a été montré au public en présence du réalisateur, manifestement enchanté d’être là. Nadia El Fani, Sarra Laabidi et Sonia Chamekh de Tunisie ont eu un débat avec le public dans une soirée consacrée au cinéma tunisien et animé par l’auteur de ces lignes. Les festivaliers ont eu aussi droit à une soirée marocaine. Autant les difficultés matérielles, notamment en matière d’équipement, sont visibles et pénibles à voir, autant la bonne volonté des organisateurs est remarquable. Plus étonnant encore est l’extraordinaire désir de cinéma des jeunes, élèves et étudiants qui sont venus très nombreux, curieux et réceptifs. Ils sont certes un peu bruyants parce que, nous a dit Noredine Hochiche, ils ont l’habitude des spectacles de musique dans cet espace. C’est seulement depuis peu que la Maison de la culture a commencé à projeter des films. Mais quelle fraîcheur ! Ce désir de découvrir, cet engouement pour le cinéma vous font presque oublier, non, vous font sentir moins péniblement le décalage avec Cannes où l’empressement des journalistes, des gens du cinéma et autres festivaliers traduit bien autre chose qu’un réel désir d’images. Nécessité professionnelle de «couvrir» l’événement, peur de rater la projection ou la star, affairisme, quand il ne s’agit pas tout simplement d’une vaine mise en scène de faux cinéphiles en mal de m’as-tu vu.

Certes, ne crachons pas sur la soupe, c’est là, à Cannes, qu’on voit des films récents et dans de bonnes conditions. Mais tous ces artifices font écran devant la beauté des lieux pourtant magnifiques de cette partie de la côte d’Azur. Sinon qu’est-ce qui explique qu’à Bejaia on ne peut s’empêcher, quand on a des yeux pour regarder, de lever la tête et saluer du regard Yamma Gouraya couchée pour l’éternité au-dessus de la montagne, majestueuse. Elle aurait, dit la légende, pris la place de Sidi Abdelkader Al Jilani qui, préoccupé par les poussées de plus en plus néfastes des vagues, la lui céda. Depuis, il occupe l’ancien promontoire de la sainte pour faire face aux menaces d’invasion de la mer. Sauf que le péril ne vint ni de l’eau vers laquelle s’est tourné Sidi Abdelkader ni du ciel sur lequel Yamma Gouraya a fixé pour l’éternité son regard. Les invasions vinrent d’ailleurs. Les Saints nous protégeront-ils de nous, les hommes ?... et le cinéma nous épargnera-t-il la laideur ?...

Quant aux ministres de la culture du bassin méditerranéen, ils se sont réunis les 29 et 30 mai à Athènes et réaffirmé leur attachement au dialogue des cultures…

 

Tahar Chikhaoui
 
 

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