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«BASTARDO» de Néjib Belkadhi Version imprimable Suggérer par mail

2018-03-01 08:28:38

 

Par Mouldi FEHRI

Avec ce deuxième long métrage de fiction, après son documentaire «VHS Kahloucha», le réalisateur tunisien Nejib Belkadhi nous embarque cette fois-ci dans une histoire rocambolesque, dont les péripéties se déroulent dans un espace clos (ou presque) et peu rassurant, celui d’un quartier pauvre «imaginaire» dont on ne sort que très rarement et où ne peuvent vivre en tranquillité que ceux qui se soumettent à la loi du plus fort. Un film qui ne doit pas être lu au premier degré et où le réalisateur utilise avec beaucoup de subtilité le symbole, la métaphore et la caricature pour traiter la question du pouvoir politique dans des sociétés dominées par la violence et soumises à la dictature et aux lois du capitalisme sauvage et inhumain.


Les personnages :

Aussi étranges que le lieu où ils évoluent, les personnages du film semblent venir d’un autre monde (un monde à part) et ne vivre que par et à travers la peur, la soumission et la violence :

« Mohsen Bastardo », « Larnouba », khadhra,  « Am Salah », « Khlifa », « Marjana » forment ensemble un groupe, certes caricatural, mais très proche de ce que la nature humaine peut (dans la réalité) avoir de plus cupide et de plus servile. Seule « Bent-Essengra », semble sortir du lot et porter un regard lucide sur son environnement. Femme mystérieuse, dont la peau attire curieusement toutes sortes d’insectes et de bestioles, sans que cela ne la dérange, elle est une sorte d’ange (ou de sage), mais qui a toujours été marginalisée et rejetée par l’ensemble du quartier.

 

 

La trame du film :

Personnage principal, Mohsen alias Bastardo (le bâtard) a été recueilli dans une poubelle quand il était bébé par Am Salah, un simple cuisinier qui va alors l’adopter, s’en occuper et le protéger comme si c’était son propre fils jusqu’à l’âge adulte. Homme sans origines, ni racines, Bastardo comme le surnomment les habitants du quartier, s’est toujours senti rejeté, humilié et exclu par ces derniers. Ayant perdu en plus son emploi de gardien d’une usine de fabrication de chaussures, pour avoir refusé (par amour) de dénoncer Marjana, son ex-collègue, qu’il a vu voler le stock de l’usine pour alimenter son propre magasin, Mohsen n’a plus qu’une idée en tête : trouver un moyen pour prendre sa revanche sur la société fermée et inhumaine dans laquelle il vit. Mais, au lieu d’essayer d’y parvenir honnêtement en recherchant un autre emploi, il va progressivement utiliser les mêmes moyens et méthodes que ceux qui le répugnaient et reproduire exactement leur propre système. Suivant en cela les conseils de son ami Khlifa, un taximan corrompu, il finit par accepter d’installer sur le toit de sa maison une antenne relais GSM contre une rémunération mensuelle importante.

Cet évènement va très vite bouleverser sa vie et celle des habitants du quartier. Ces derniers vont pour la première fois et grâce à cette antenne découvrir la téléphonie mobile et profiter enfin de ce moyen de communication moderne dont ils étaient jusque-là privés. De son côté, Mohsen va voir sa situation financière et son statut social s’améliorer de plus en plus, à tel point que les gens ne l’appellent plus «Bastardo», mais «Monsieur Mohsen» ; chose qu’il n’avait jamais connue auparavant.

En fait cette antenne, dont il ne voulait pas au départ, va se transformer progressivement en un moyen de pouvoir redoutable entre ses mains et lui permettre enfin de prendre sa revanche, tant rêvée, sur cette société qui le méprisait et le faisait souffrir en silence : désormais, c’est lui qui va manipuler les gens du quartier, les exploiter et leur imposer ses propres conditions et sa propre volonté.  Ne connaissant plus aucune limite et aveuglé par le gain rapide et facile, il va même réussir, avec l’aide et la complicité de son ami Khlifa, à faire fortune dans la vente des téléphones portables, dont il prend le monopole et se convertir ainsi au capitalisme sauvage et à la corruption. Autrement dit, il va faire exactement la même chose que ce qu’il reprochait à d’autres auparavant.

Seulement, cette nouvelle notoriété, ce pouvoir grandissant et cette ascension sociale fulgurante de Mohsen vont finir par agacer son ami d’enfance, Larnouba. Ce dernier, qui était jusque-là le seul et unique chef incontesté et incontestable du quartier, est en fait un «caïd mafieux» et un personnage sans scrupules, craint partout et par tous, tout en étant lui-même aux ordres de sa mère tyrannique, possessive et manipulatrice, la sorcière Khadra, une femme atroce à la voix d’homme et qui est connue pour être l’incarnation même du mal et de la violence.

Le conflit et l’affrontement entre les deux protagonistes devient inévitable : malgré les liens d’amitié qui les unissaient depuis l’enfance, Mohsen et Larnouba vont alors se lancer dans une lutte acharnée et sans merci pour la mainmise sur le quartier, à travers la maîtrise du marché des réseaux téléphoniques, que Mohsen domine déjà en contrôlant surtout l’antenne et la connexion.

Seule Bent Essengra, cette femme mystérieuse, qui mène une vie de «fille indépendante», va réussir à profiter de la relation intime qu’elle entretenait (par nécessité) avec Larnouba, pour commettre l’irréparable et faire triompher Mohsen dont elle était discrètement amoureuse, lui permettant ainsi de devenir l’homme le plus puissant du quartier et le plus respecté de tous.

Débarrassé de son rival et emporté par sa folie des grandeurs sans limites, Mohsen se montre toutefois incapable d’ouvrir son cœur et d’accueillir l’amour pourtant sincère de Bent Essengra (qui pourrait être la Tunisie), préférant continuer à rêver de l’inaccessible et ingrate Marjana qu’il ne voit que sur les affiches publicitaires de son commerce. Il finira d’ailleurs par être rejeté par Bent  Essengra, quand pour sortir de sa solitude, il voudra la posséder comme n’importe quel bien qu’il peut maintenant s’approprier.

Quant aux habitants du quartier, ils semblent complétement soumis, manipulables à merci et prêts à tout faire pour acquérir ce nouveau moyen de communication moderne, qu’est le téléphone portable, nouvellement introduit chez eux par la société de consommation : toujours aux ordres du plus fort, ils se montrent prêts à passer d’une soumission à une autre et d’un chef à un autre. Face à la réussite de Mohsen, ils finissent par se plier à ses conditions et à son pouvoir. «Le roi est mort, vive le roi», pourrait-on dire à leur place.
 

 

«Bastardo» est une nouveauté dans le cinéma tunisien :

Le film (qui ne doit donc pas être lu au premier degré) est à priori une sorte de réflexion générale sur la notion du pouvoir dans une société où l’état démissionnaire, cède sa place aux forces du mal, de la convoitise et de la violence ou se confond avec elles. C’est aussi une présentation juste et lucide, même si elle est caricaturale, de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus cupide et de plus servile.

En voyant «Bastardo», sans connaitre la nationalité du réalisateur, on peut y voir une dénonciation subtile et intelligente de toute forme de dictature quel que soit le pays où elle s’exerce. Mais, quand on sait que ce film a été conçu et écrit par un tunisien entre 2007 et 2009, donc sous l’ère de la dictature de Ben Ali, on ne peut s’empêcher de le placer dans ce contexte tragique de l’histoire récente de la Tunisie et d’y voir une évocation directe de cette époque : celle où les membres de la famille Trabelsi (Belle-famille de Ben Ali) ont pu réussir, en quelques années, à mettre la main sur l’ensemble de l’économie du pays et à faire régner la peur et la soumission partout où ils sont passés.

En tout cas, ce premier long métrage de fiction de Néjib Belkadhi semble être une réelle nouveauté dans le cinéma tunisien, en ce sens qu’il est différent des autres, voire unique dans son genre, à la fois par le thème abordé, l’audace du réalisateur et son style d’écriture, qui n’est pas sans nous rappeler un courant important du cinéma mondial, à savoir le «Néoréalisme italien».

Parmi les points forts du film, signalons aussi que :

- Le fait de présenter et traiter la dure réalité quotidienne de cette communauté défavorisée avec beaucoup de subtilité, en utilisant l’humour, la caricature et la métaphore, évitant ainsi de tomber dans la dramatisation, donne au style de Néjib Belkadhi un caractère original, léger et attrayant.

- L’ambiance générale, le choix des personnages (y compris sur le plan physique), leur maquillage et leurs costumes donnent au film un aspect burlesque, tout en rappelant aux spectateurs des personnages et des situations qu’ils ont connu ou qu’ils connaissent encore dans leur vie de tous les jours.

-  Evoluant dans un espace clos, «affreux, sales et méchants», les personnages de « Bastardo » ont une apparence physique et vestimentaire et surtout un comportement (dominé par la violence et la cupidité) qui les placent dans une position facilement assimilable à celle des animaux dans un parc zoologique. L’être humain est ainsi ramené par ou à cause de sa méchanceté à sa dimension primitive d’animal social («Haycha » comme on dit en Tunisie). Cette présentation critique et acerbe de l’être humain par le réalisateur ne concerne pas que les chefs et caïds de ce quartier, mais aussi les gens du «bas-peuple» qui sont d’une part attirés et aveuglés par les produits de la société de consommation et de l’autre prêts, en toute servilité, à suivre et applaudir celui qui détient la force et le pouvoir.    

-   Enfin, l’idée de ressusciter les morts à travers des «fantômes manipulateurs» (cas de Khlifa dont le fantôme revient souvent pour veiller sur Bastardo et le conseiller) constitue à elle seule une nouveauté dans le cinéma tunisien qui mérite d’être saluée.

Pour finir, seul reproche qu’on pourrait faire à «Bastardo», c’est peut-être sa longueur (106 mn), comme l’a souligné une spectatrice dans un débat autour du film. Certaines scènes auraient pu être écourtées au montage, sans entrainer la moindre gêne pour la trame générale. Mais, le fait que le projet initial devait être «une série pour la Télévision» a peut-être laissé des traces et influencé la conception finale du film.

 

Par Mouldi FEHRI
Paris, le 27.02.2018

 

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