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FRANCE — WALID MATTAR À L’HONNEUR À PARIS Version imprimable Suggérer par mail

 2017-12-27 12:45:53


Par Nader Samir Ayache pour cinematunisien.com


Dans le cadre des Rencontres cinématographiques organisées par le Maghreb des Films, nous avons assisté au Louxor (Paris) à l’avant-première du film «Vent du nord», de Walid Mattar.

À l’occasion de cet événement, l’équipe organisatrice a programmé ses deux premiers courts-métrages, «Condamnation», (2000,14’), et «Baba Noel», (2012, 16’), une occasion de voir en une seule séance l’évolution technique et artistique de ce jeune réalisateur tunisien.


 «Condamnation», (2000, 14’) :

Un café qui se transforme en personnage !

«Condamnation» est un film réalisé dans l’urgence et avec très peu de moyens, nous confie W.Mattar. Des conditions de tournage particulières, qui confèrent au film un style et une esthétique proche du documentaire. Tout au long de la projection, le spectateur se retrouve entre deux genres cinématographiques : nous sommes conscients que c’est une fiction, mais l’image, les mouvements de la caméra et leur succession au montage, nous ramènent toujours à penser que nous sommes face à une oeuvre de type documentaire. Cette idée accentue l’effet de vérité de ce qui se passe à l’écran.

 

Le premier plan commence par un tas de déchets débordant d’un camion-poubelle devant un café. Ce café sera le principal lieu du film, lieu où se dérouleront toutes les actions.
Le café en question est un café populaire, lieu symbolique de notre pays.
On y trouve tous types de personnages, de différents niveaux sociaux et culturels. Ils se réunissent pour regarder un match de football, jouer aux cartes… ou tout simplement passer le temps.
Dans «Condamnation», le café fonctionne comme un vecteur donnant naissance à plusieurs autres sujets. Dans ce film, W.Mattar dresse une cartographie des contradictions psychologiques des gens qui peuplent ce café. Par exemple le rapport de forces entre le propriétaire du café et le serveur, ou encore le religieux et ses adeptes qui préfèrent regarder un match de football plutôt que d’aller à la mosquée. Ce même religieux, donneur de leçons, est à son tour incapable de réciter une sourate au complet… Finalement, même le café change sans cesse de personnalité, à l’image de ses clients, et selon la tendance et la mode du moment (le Café Olympique deviendra le Café de la Résistance).

 

Le café représente apparemment un lieu important pour le réalisateur, on le retrouvera sept ans plus tard dans «Vent du Nord», avec les mêmes personnages que dans «Condamnation». Nous retrouverons aussi plusieurs clins d’oeil (références) qui se répètent dans ses films, comme le prénom Fouad du protagoniste dans «Baba Noël», qui sera repris dans «Vent du nord».

 

Enfin, j’aimerais conclure par une condamnation et un triste constat : en regardant le film de W. Mattar, je me suis rendu compte que les choses n'ont pas tellement changé depuis la réalisation de ce film. Malgré les espoirs qui nous avaient portés après 2011, le pays fait encore du sur-place et stagne dans la même situation et le même état d’esprit. Ce film peut être encore projeté dans nos salles, car il reflète toujours la réalité de ce que nous vivons, et non un passé que nous aurions surmonté.


 «Baba Noel», (2012, 16’) : un film de transition

Depuis la Tunisie, nous partons vers la France, pour vivre un instant l’histoire de Fouad, incarné par Helmi Dridi, un jeune Tunisien parti en France avec l’espoir de changer et d’améliorer ses conditions de vie et celle de sa famille. Encore une fois, Walid Mattar inscrit son oeuvre dans le temps, car le vécu du jeune Fouad est aujourd’hui encore celui de nombreux jeunes maghrébins en France.

 

Dans «Baba Noel», W. Mattar opte pour une narration un peu plus classique que dans «Condamnation». La caméra est plus calme et posée, elle prend son temps dans la succession des plans et dans ses mouvements. Cela est sûrement dû aux conditions de tournage et à l’obtention d’un budget un peu plus important que pour le film précédent.
W. Mattar est davantage dans la maîtrise de la technique cinématographique, «Baba Noël» est en quelque sorte une préparation pour le tournage du grand projet de «Vent du nord».


 «Vent du nord», (2017, 89') :

Un début de film risqué !

Le film commence par un feu d’artifice : un visage d’homme, la cinquantaine, apparaît à l’écran, éclairé par la lumière du spectacle ; on l’entend se plaindre de la qualité du «show». Nous comprenons d’emblée que nous sommes en France, un 14 juillet. C’est l’histoire d’Hervé, (interprété par Philippe Rebbot), ouvrier dans une usine, passant ses journées à couper des morceaux de cuir, dans un geste monotone et répétitif. Nous comprenons que l’usine compte se délocaliser dans un autre pays. Dès lors un groupe de résistants se met en place pour s’opposer à cette décision. Hervé, quant à lui, refuse de participer aux manifestations et accepte l’offre que lui fait la direction… Plus de dix minutes de film se sont écoulées et je commence à sentir une sorte de gêne et d’inquiétude !

Pourquoi ?

Pour répondre à cette question, je dois me mettre à la place d’un citoyen tunisien, parti au cinéma pour voir un film réalisé par un Tunisien. Un Français, dans la salle, ne sentirait jamais cette gêne, au contraire, le film parle d’une chose très proche de lui.
La première réflexion qui me traversa l’esprit fut de me demander : mais où est la Tunisie là-dedans ?. Je suis très impatient de voir quelque chose qui traite de la Tunisie. Walid Mattar a pris un risque en commençant le film de cette manière, un choix audacieux et courageux ; car si un film a tout d’abord pour vocation de s’adresser à un vaste public, de toutes nationalités et cultures, mon sentiment est peut-être de l’ordre de l’absurde, nous (Tunisiens) ayant toujours tendance à attendre quelque chose qui parle de nous avant tout. Cela est sans doute dû à la maigre production et sorties en salles ! D’ailleurs le réalisateur témoigne que, pendant la projection, aux Journées Cinématographiques de Carthage (2017), il avait ressenti une certaine agitation dans la salle au début du film et que certains ont commencé à déserter la salle (public très sévère), mais dès que les CRS ont commencé à taper et à matraquer les ouvriers de l’usine, tout le monde s’est intéressé au film. Enfin, au bout de quelques minutes, les cargos nous font traverser la Méditerranée, filmés de haut, en contre-plongée, un plan qui repose l’esprit, mais surtout nous ramène en Tunisie, là où nous voulions être !

 

Dans «Vent du nord», W. Mattar s’attaque au système politique avec la problématique de l’usine : il place le spectateur tunisien devant les conséquences de la délocalisation pour certaines familles en France. Il ne s’agit plus de voir la venue et l’implantation d’usines comme une chose bénéfique et une opportunité de travail, mais comme un acte qui peut être terrible pour d'autres personnes. Il dit : «Je fais avant tout des films sociaux et politiques, avec toujours une touche d’humour».


 

Le scénario : deux histoires parallèles.

«Vent du nord» est une histoire imaginée à trois, Leyla Bouzid, Claude Le Pape et Walid Mattar, trois cerveaux pensant dans la même direction, ce qui nous donne comme résultat de cette première collaboration un scénario riche et très bien construit.
Cette méthode collaborative est très intéressante car elle nous détache d’une mauvaise manie dans la démarche de certains réalisateurs. Ces derniers ont tendance à être les hommes à tout faire dans un même film : l’idée, le scénario, la réalisation, le rôle principal, et même parfois le montage … Bref, cette idée de tout faire pour être considéré comme l’auteur, ou encore pour toucher un plus gros cachet, est en train de disparaitre avec la nouvelle génération, laissant place à un cinéma construit autour de la collaboration.
La structure du scénario est basé sur un mode d’alternance. Deux histoires qui se passent en parallèle, dans deux pays (la France et la Tunisie) et qui se relient à travers les événements et leurs conséquences. Par exemple, la délocalisation de l’usine crée ce rapport indirect, sans que les personnages des deux pays soient en contact direct l’un avec l’autre. C’est un rapport psychique plutôt que physique.

 

La narration en parallèle réside aussi dans l’évolution des deux personnages. Ils nous apparaissent au début du film comme des personnes lâches, fatiguées de la vie et sans espoir. Ensuite ils trouvent leur raison d’être, un objectif à atteindre, ce qui les pousse à être meilleurs. Ils essaient, ils y arrivent, ils dépassent les obstacles jusqu’à atteindre ce que l’on appelle, dans le jargon du cinéma, le climax (le défit ultime) ; mais se retrouvent finalement à la case départ, ou même dans une situation pire que la situation initiale. La seule différence, si nous comparons le scénario de « Vent du nord » à celui d’un film hollywoodien, c’est que dans un film américain, le climax sert à rendre le personnage plus fort, à se surpasser et à aller plus loin, alors que dans « Vent du nord », les personnages du film abandonnent leur quête et s’abandonnent à leur sort comme Hervé, ou décident de fuir le pays comme c’est le cas de Fouad. Notre cinéma ne connait pas le happy end.
Pour résumer, le scénario de « Vent du nord » suit en quelque sorte les codes de narration «classiques», dans l’évolution des personnages et la construction des actions, et son originalité réside dans ce parallélisme entre les deux histoires.

Celui que tout le monde attendait !

Mohamed Amine Hamzaoui s’est fait connaître du grand public au début de la révolution tunisienne, à travers un rap engagé. Il est devenu rapidement l’idole de beaucoup de jeunes. Hamzaoui prend ensuite un chemin différent, en jouant pour la première fois dans un feuilleton télévisé diffusé pendant le mois de Ramadan.
Son image a attiré beaucoup de téléspectateurs, espérons qu’il en sera ainsi pour le film «Vent du nord».

 

Pour ma part, je ne peux que saluer sa performance, car il a su incarner le rôle de ce personnage en quête d’espoir. Le réalisateur dit à son propos : «M. A. Hamzaoui joue comme un enfant de quatre ans, il se donne à fond et ressent le personnage de l’intérieur».
Aujourd’hui, il y a de l’espoir dans notre cinéma. Nous avons longtemps critiqué le jeu d’acteurs dans nos films. Des «comédiens» issus du théâtre et qui surjouent devant la caméra, comme s’ils étaient sur scène, ce qui rend la chose fabriquée et artificielle. Avec cette nouvelle vague de jeunes acteurs (Majd Mastoura, Baya Medhaffar, Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli… et sans oublier M. A. Hamzaoui), nous pouvons espérer voir une nouvelle manière de s’accaparer le dialecte tunisien à l’écran, ce qui donnera à nos fictions un peu plus de crédibilité.
À la fin de la projection, la salle a acclamé le film par des youyous : un public heureux et satisfait pour cette avant-première. Espérons pour «Vent du nord» et pour Walid Mattar beaucoup de succès à chaque projection.

 

Pour terminer, nous pouvons déjà annoncer la date de sortie du film en salle parisienne, prévue pour le mois de mars ! Soyez nombreux.

 

Nader Samir Ayache

 

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