Advertisement

Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 
 
 

 

 

 

 


 


 

 

 
 
 
 

Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage

Stats

Films: 524
Critiques: 2
Bandes annonce:
Commentaires: 262
Jaquettes: 0
JCC 2017 : POUR LA MÉMOIRE Version imprimable Suggérer par mail

 2017-10-27 21:10:56

 

Plus que quelques jours avant le lancement de la 28ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage, prévue du 4 au 11 novembre 2017.
Nous publions un article de Naceur Sardi à propos d’une des éditions des JCC, où il évoque des questionnements sur cette manifestation unique en Afrique et dans le monde arabe.

 

 

 

 

 

Entre résurrection et statu-quo, les JCC 2006     

 

Edition Spéciale JCC 2006

 

Malgré tous les défauts que l'on peut énumérer, malgré toutes les critiques virulentes que l'on peut émettre, on n'y change rien : les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) ont été, et restent, un moment de magie. Pendant une dizaine de jours, le temps est suspendu au seul mot «cinéma».
 
Des dizaines et des dizaines de films qu'il est rare de voir en Tunisie, même piratés. Des personnalités du septième art que l'on rencontre à chaque terrasse de café. Un centre-ville qui veille jusqu'après minuit pour parler d'œuvres filmées. Des débats à n'en plus finir et sans tabou, sur le vécu et les perspectives du cinéma. Bref, un espace spatio-temporel hors normes, où l'on laisse exploser une frustration "cinématographique" accumulée durant deux années interminables pour celui qui croit que, sans cinéma, la vie est moins expressive, moins torturée et plus «rangée», moins belle aussi.
Durant ses quarante ans d'existence (1966 – 2006), le Festival est passé par tous les états : parfois sublime, parfois laborieux, d'autres fois, dur à avaler ! Il est même arrivé, au nom d'une soit-disant modernisation, à changer totalement de cap et à renier les fondements qui ont fait sa force et sa légitimité historique.
 
Les JCC 2006, après une vingtième session (2004) qui a voulu «canniser» (en rapport avec Cannes) les Journées, ont le mérite de revenir aux principes qui ont été établis depuis 1968. C'est-à-dire, montrer les films tunisiens, arabes, africains et des pays du sud, ainsi qu'un cinéma qui sort des normes standardisées et qui raconte l'humain.

Avec ce choix, le Festival a su retrouver plusieurs aspects de ses atouts de jeunesse : une accoutumance qui fait courir un public nombreux de salle en salle et de débat en débat, et une atmosphère "bon enfant" et décontractée qui le différencie des autres festivals et charme les visiteurs étrangers. Malheureusement, il a (aussi) gardé des traces de sa juvénilité: un travail fait dans l'urgence et une organisation approximative, aggravés par une infrastructure devenue inadaptée.

1- Côté organisation : quelques éclaircies dans la grisaille



 

Loin de jeter la pierre à une personne ou à un groupe en particulier, puisque les mêmes "erreurs" se répètent de session en session et d'équipe en équipe. Il reste, néanmoins, anormal que l'on commence à préparer un Festival de l'envergure des JCC seulement quelques semaines à l'avance, que l'on édite le catalogue en plein milieu du Festival et que, jusqu'à la fin du Festival, le site internet affiche à la rubrique "Comité d'organisation" : en cours de constitution !

Ceci aurait pu paraître anecdotique si ces problèmes étaient particuliers à ces JCC 2006, ou bien conjoncturels. Pire, ils sont devenus coutumiers, non seulement des JCC, mais aussi, de la majorité des événements culturels en Tunisie.

À vrai dire, il y a une constante dans les activités artistiques locales : l'absence d'accumulation, d'une génération à une autre, du savoir et du savoir-faire. Ceci a trois incidences néfastes :


 

- L'impossibilité de voir percer un mouvement culturel harmonieux, à cause de l'absence d'une réflexion globale et prolongée dans le temps, seule capable de donner les ébauches de pistes à suivre par la production artistique. Les rares expériences, telles le «Groupe Taht Essour» et «L'Avant-garde» (Attaliâa), n'ont pas abouti. Quant aux cinéastes des années 70 (Abdellatif Ben Ammar, Le nouveau Théâtre, Naceur Ktari, Ridha Béhi, Brahim Babaï,…), en dehors d'un semblant de rapprochement idéologique, ils n'avaient pas une vision culturelle et artistique commune.
 
- Tout nouvel artiste, parce qu'il ne trouve pas un historique sur lequel s'appuyer, doit refaire le chemin depuis le début: refaire les mêmes erreurs et perdre du temps à redéboiser à nouveau la route.
 
- Le secteur «Organisation culturelle» n'échappe pas à la règle, (contrairement au sport et aux loisirs), puisque chaque nouveau Comité d'organisation est obligé de créer sa propre logistique : d'où l'absence de certitudes et un tâtonnement perpétuel.
C'est pour ces raisons que les insuffisances de l'organisation, malgré tous les efforts que peuvent fournir les responsables désignés, donnent l'impression de déjà-vu. C'est aussi pour ces raisons qu'il faut commencer à penser à des alternatives viables. Pourquoi ne pas – vu l'importance vitale de cet événement pour les films nationaux, arabes et africains – ériger les JCC en une institution autonome et impliquer de nouveau les associations cinématographiques (déjà présentes officiellement par le biais de la FTCC qui présente les films et organise les débats, ou en marge du Festival, avec les activités qu'organisent l'ATPCC et la FTCA) !
 
Un point positif à porter au crédit des responsables de cette session : le bon fonctionnement et la disponibilité du bureau de presse. Il a organisé des projections spéciales pour la presse ; ce qui a permis aux journalistes et aux critiques de pouvoir revoir les films, et ainsi bien préparer leurs articles à l'avance, sans oublier la mise en place d'une salle de presse équipée et fonctionnelle.



 

2- Côté cinéma : retour aux sources et absence de découvertes



 

Peut-on vraiment parler de cinéma en Tunisie sans lancer ce cri d'alarme : où sont les salles ?
Une quinzaine seulement persistent de la centaine qui existaient dans les années soixante-dix. Plus de la moitié dans la seule ville de Tunis. Fauteuils inconfortables, dialogues inaudibles et images déformées : c'est le lot de pratiquement toutes les salles de projection du Festival. La dégradation en est arrivée à un tel point que celui qui ne peut lire le français (sous-titrage) risque de ne rien comprendre au film, même parlant en arabe ! C'était tellement mauvais que le Président du Jury, monsieur Elyas Khoury, s'est senti obligé d'en parler dans son allocution de clôture: ça résume tout !

Il faut l'admettre une fois pour toute : sans salles, il n'y a ni films, ni cinéma, ni…JCC.
C'est d'autant plus regrettable que le «cru 2006» était, globalement, bien fourni en quantité et en qualité.
On peut juste regretter un peu l'alourdissement du programme par des films projetés lors de sessions précédentes («Historias Minimas», de Carlos Sorin, …), la rareté de nouvelles découvertes et d'œuvres encore méconnues, et l'absence d'un cinéma qui prend de plus en plus de place, à savoir le cinéma iranien. Mais ne faisons pas la fine bouche car on a pu voir, entre autres, onze films longs et vingt-cinq courts tunisiens (35 mm et vidéo), vingt-cinq courts, les rétrospectives de deux cinémas en plein boom, l'argentin et le sud-coréen, les plus intéressants des films sub-sahariens, la rétrospective des œuvres de Yousri Nasrallah, et quelques films arabes intéressants.

 

- Les films tunisiens de la compétition :

 
Après presque dix ans de disette qualitative et douze ans d'absence sur la plus haute marche des JCC, l'attente des films tunisiens était teintée d'un mélange d'espoir et de scepticisme. 
Serait-ce l'occasion d'assister au renouveau de ce cinéma qui a été, longtemps, à l'avant-garde du cinéma continental ? 
Les films sortis avant le Festival («Khochkhach», «La télé arrive», «Bin el widyane») n'ont pas réussi à clarifier les choses, puisque les avis étaient partagés. Mais la présence de neuf films, dont des «grosses pointures», aux JCC augurait des lendemains meilleurs. L'attente ne fut pas vaine !

«Making of» de Nouri Bouzid créa l'événement, d'abord en tant que film sélectionné dans la compétition officielle (des échos le plaçaient en dehors pour des raisons autres que cinématographiques), puis en gagnant la Palme d'or face à une concurrence rude. C'est un film entièrement dans l'univers de Nouri Bouzid, parlant de la déchirure de l'homme tunisien qui doit choisir entre deux philosophies de vie, à l'opposé l'une de l'autre. Avec une liberté de ton qui lui est coutumière, le réalisateur se pose des questions des plus actuelles, en faisant des allers-retours entre la fiction et le documentaire.

«Tendresse du loup» de Jilani Saâdi, autre film abordant l'errance et le mal de vivre d'une certaine jeunesse locale, confirme les espoirs déjà décelés dans la première œuvre de l'auteur, «Khorma».

«Bab'Aziz» de Nacer Khemir, reprend le thème cher à son auteur, la quête spirituelle, avec la même virtuosité formelle et esthétique. Dans le film, le réalisateur donne à cette quête une résonance pas entièrement métaphysique mais presque terrestre.

«J'en ai vu des étoiles» de Hichem Ben Ammar est totalement dans la lignée de son précédent documentaire, «Raïs Lebhar». L'auteur passe des pêcheurs aux boxeurs, en gardant toujours cette émotion qui accompagne la disparition d'un univers particulier et la fin d'une époque. Avec un amour teinté de nostalgie, H. Ben Ammar est arrivé à capter de purs moments de cinéma, à travers les regards et les gestes de ces durs à cuire confrontés à l'échec.

Le seul bémol est la section «courts-métrages», où quantité n'a pas rimé avec qualité. Sur les vingt-cinq présentés lors du Festival, aucun n'est arrivé à se détacher du lot. Tous oscillaient entre l'acceptable et le moins bon.

 



- Les films marquants :



 

Deux films, en dehors des films tunisiens, ont marqué ces journées 2006. D'abord «Bamako» du Mauritanien Abderrahmane Sissako. Un discours contre les effets de la mondialisation et du nouvel ordre mondial, sur l'Afrique. En choisissant ces paroles directes, le réalisateur n'a pas oublié d'étaler son savoir-faire cinématographique, déjà prouvé dans ses précédents opus, dont «Heremakono». Ensuite, il y avait «Daratt, saison sèche» du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun. En partant de la guerre civile au Tchad, l'auteur nous livre, à travers une œuvre toute en retenue et en épuration formelle, un message universel de tolérance et d'option pour la vie: un pur régal.

 

Il y avait aussi «L'attente» du Palestinien Masharawi. Encore un film sur l'errance, où le réalisateur n'a pas cherché à compliquer sa réalisation. Il confirme, s'il en est encore besoin, que le cinéma palestinien est largement en avance sur ceux du reste du monde arabe.



 

3- La clôture :



 

Après la pagaille de l'ouverture, l'organisation de la clôture a été plus sobre et mieux maîtrisée. Les allocutions étaient courtes et pertinentes. Le palmarès a confirmé les informations concernant l'entière indépendance du Jury et de la Commission de la sélection des films tunisiens. Comme d'habitude, on peut toujours débattre de prix alloués suivant les penchants et les préférences de chacun, reste que le palmarès de cette session a honoré les films les plus méritants et les plus audacieux dans leur propos. Cela dénote, au moins, un changement salutaire par rapport aux calculs politico-protocolaires des sessions précédentes.
Et s'il faut ne retenir qu'une chose de ces Journées, rien ne vaut cette définition du cinéma donnée par le Président du Jury, le Libanais Elyas Khoury, à travers son allocution finale : «Le cinéma c'est : une bonne infrastructure, de la créativité, de l'audace et une liberté expression».



 

Par Naceur SARDI
 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


ECOUTEZ FRANCE MAGHREB 2

Powered by  MyPagerank.Net