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«LA NOIRE DE…» A PARIS : UN HOMMAGE AUX JCC ET A L’AFRIQUE Version imprimable Suggérer par mail

2017-10-09 20:53:30

 

Par Mouldi FEHRI pour cinematunisien

La projection du film «La Noire de…» au Cinéma «La Cléf» par «les RDV du Cinéma Tunisien à Paris» jeudi 5 octobre 2017, nous donne l’occasion de rendre hommage à ce grand réalisateur africain «Ousmane Sembène» qui nous a quitté le 9 Juin 2007.


Comme son ami et «complice» feu Tahar Chériâa (disparu lui aussi en 2010), Ousmane Sembène était un amoureux du cinéma.

Il était même convaincu que cet art lui offrait le meilleur moyen pour toucher le maximum de gens en Afrique et surtout ceux d’entre eux qui n’ont pas eu l’occasion et la chance d’aller à l’école (les analphabètes) et ceux qui n’ont eu que quelques années d’études (les illettrés).


Le parcours personnel de Ousmane Sembène est assez typique et ne pouvait être pour lui qu’une source d’inspiration inépuisable : né en 1923 au Sénégal, sa langue maternelle est le Wolof, mais dès l’âge de 7 ans il apprend aussi bien l’arabe (dans une école coranique) que le français (dans une école française). En 1942, il est mobilisé par l’armée française pour intégrer les fameux tirailleurs sénégalais et fera ainsi la guerre au sein des forces françaises libres. Ensuite et après avoir essayé plusieurs petits métiers en Afrique (pêcheur, plombier, maçon,…), il décide de s’installer en France à partir de 1946, où il finit par exercer pendant une dizaine d’années le métier de docker au port de Marseille. Très dynamique, il profite de cette période pour adhérer à la CGT et au Parti communiste français et se distingue par son engagement contre la guerre d’Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie. 
Mais, son travail et son militantisme ne l’empêchaient pas de continuer à se former (en autodidacte) et à publier un premier roman en 1956, intitulé «Le Docker noir» qui s’inspire de sa propre expérience de docker. Depuis, il continue à écrire et réussit à publier neuf autres romans, le dernier en 1987.

 Ousmane Sembène qui était donc un écrivain et romancier, avant d’être cinéaste, a très vite compris qu’avec la littérature, à laquelle il était pourtant trop attaché, il ne pouvait atteindre qu’une infime minorité de gens, une élite en somme. Par contre, le son et l’image (à travers un film) pouvaient lui donner la clé et la solution pour communiquer avec ce public africain qui l’intéresse au premier degré, et lui permettre ainsi de le divertir, tout en l’aidant à prendre conscience des problèmes de sa vie quotidienne et de leurs origines. Et il savait très bien de quoi il parlait.


Conscient donc du rôle que peut jouer le septième art dans le domaine de l’information et de la conscientisation des masses et après un retour en Afrique en 1960 suite au mouvement des indépendances et un voyage à travers plusieurs pays (Mali, Guinée, Congo…), il décide alors d’intégrer en 1961 une école de cinéma à Moscou.
Très vite, cette formation va lui donner la possibilité de passer à l’action avec un premier court métrage en 1962 intitulé «Borom Saret» (Le charretier), suivi en 1964 par «Niaye».

 

En artiste engagé et attaché à la mémoire de ses ancêtres qui ont su résister avec courage et persévérance à l’esclavage, Ousmane Sembène était lassé de voir l’Afrique et les africains à travers ce regard unique, exclusif et souvent réducteur qu’est le regard occidental, représenté essentiellement par les films ethnographiques de Jean Rouch. Il voulait un regard différent, plus objectif qui montre ces peuples dans une perspective d’évolution et non comme un élément ou un objet statique qu’on offre en spectacle à des yeux curieux. Il voulait que les africains se prennent en charge et filment eux aussi, même avec des moyens limités, leur propre réalité telle qu’elle est et telle qu’ils veulent qu’elle soit. Toute son œuvre aussi bien en littérature qu’en cinéma ira dans ce sens et il consacrera beaucoup d’efforts pour l’atteinte de cet objectif.

«La Noire de…» :

 

Avec son premier long métrage «La Noire de…», sorti en 1966, Ousmane Sembène confirme la tendance constatée dans ses courts métrages de début de carrière, à savoir le choix d’un cinéma militant, engagé et ancré dans la réalité sociale et politique des peuples africains.
Tiré d'une nouvelle de son recueil «Voltaïque», l’histoire de ce film (qui est aussi le premier long métrage d’Afrique noire) s'inspire d'un fait divers, qui s'est déroulé à Antibes en 1958.

 

Les faits sont à la fois simples et dramatiques : une jeune nourrice sénégalaise rejoint ses patrons français retournés définitivement dans leur pays, à Antibes. Ayant toujours souhaité aller en France pour découvrir ce «paradis rêvé», sortir de la misère où elle vit en Afrique, connaitre enfin la liberté et l’ascension sociale, elle se rend compte, une fois sur place, que la patronne ne l’a fait venir en réalité que pour être « une bonne à tout faire ». Le rêve se transforme donc très vite en un vrai cauchemar et la découverte de la France se limite à celle de l’appartement de ses patrons. Au bout d’un moment, déçue d’être tombée dans un piège et ne supportant plus l’isolement, le mépris des patrons, le racisme latent, en plus des tâches ménagères quotidiennes et incessantes, la jeune femme totalement déprimée et sans aucune défense décide de mettre fin à ses jours.

 

Avec ce film sorti seulement quelques années après les mouvements d’indépendance en Afrique, O. Sembène s’attaque directement à des problèmes cruciaux et sensibles, tels que l’immigration, le racisme ou encore les nouvelles formes d’esclavage.  
Avant de voir ce film, le spectateur est d’emblée interpelé par le caractère énigmatique du titre et des trois points de suspension. Quelle signification peut-on lui donner ? Car, le film aurait pu s’appeler « la grande désillusion» ou «la grande déconvenue», par exemple. Mais O. Sembène a préféré «La noire de…» pour insister sur les seuls éléments à travers lesquels cette jeune femme est perçue, identifiée et désignée par les européens, à savoir d’un côté sa race et sa couleur de peau et de l’autre son appartenance (supposée) à ses patrons blancs ; comme si elle était un simple «objet utilitaire» leur appartenant. D’ailleurs personne ne l’appelle par son prénom, Diouana, à part sa patronne et encore seulement en sa présence ; sinon c’est «la bonne».
En fait son identité et son prénom ne semblent pas avoir beaucoup d’importance en France. Il n’y a qu’en Afrique que les gens l’appellent par son prénom et la considèrent dans sa dignité d’être humain. Mais elle n’est plus en Afrique et personne ne peut lui venir en aide. Elle est seule, isolée, sans aucune relation, éloignée des siens et ne sachant ni lire ni écrire, elle était sans aucun moyen de les contacter ou d’avoir de leurs nouvelles.

 

Pour nous décrire l’état psychologique désespérant dans lequel se trouvait Diouana, Ousmane Sembène choisit de la montrer dans cet espace réduit que représente l’appartement de ses patrons, devenu pour elle comme une sorte de prison. D’ailleurs les seuls moments où la caméra quitte ce lieu unique et fermé, c’est quand elle nous permet, par des flashs back, de revoir avec la jeune femme et à travers son imagination quelques souvenirs de sa vie en Afrique, dans son village, avec sa famille et au milieu de ses proches. C’est dans ces moments qu’on se rend compte, avec elle, que la liberté qu’elle était venue chercher en France était finalement derrière elle, dans cette brousse qu’elle a choisi, par erreur, d’abandonner.

 

L’autre point fort du film réside dans l’utilisation du silence, ou cette pratique parcimonieuse des dialogues, puisque Diouana, qui se sent dépourvue de tout moyen de défense, refuse le plus souvent de parler et de communiquer avec cet environnement qui l’ignore et la méprise. Elle se contente désormais de répondre par oui ou non, chaque fois qu’elle ne peut faire autrement. Par ce refus de dialogue et ce renfermement sur soi, la jeune femme tente de faire le vide autour d’elle et choisit cette façon tout-à-fait singulière pour exprimer sa colère, sa déception et sa grande solitude. En rejetant ainsi cet entourage hostile, elle essaye aussi, même de façon fictive et à travers son imagination, de renouer le contact avec les membres de sa famille et cet amoureux qu’elle a laissé en Afrique.

 

Enfin, si Diouana connait une fin tragique, par le suicide, Férid Boughdir, le réalisateur et critique cinéma tunisien n’y voit que du positif et nous dit : «Et la décision de son suicide marquait la mort  volontaire de l’image de l’Africaine servile  et  esclave, en même temps que la naissance de l’image nouvelle de l’Africain producteur et non plus consommateur, d’une image qu’il proposera désormais en miroirs multiples à ses concitoyens».

 

De son côté et malgré le suicide de Diouana, Ousmane Sembène choisit de rester sur une note plutôt optimiste, en utilisant un simple masque africain, qu’on pourrait considérer comme un symbole de l’art et de la culture africaine, voire de l’Afrique tout court. Ce masque, présent tout au long du film, traverse lui aussi différentes phases : de simple jouet aux mains d’un enfant, il se transforme en un cadeau offert par Diouana à sa patronne. Il quittera, lui aussi, l’Afrique pour se retrouver en France, avant de devenir un sujet de discorde et de rupture entre la jeune femme qui veut le récupérer et sa patronne qui s’y attache pour en faire un objet décoratif. Vers la fin du film, son parcours se termine de nouveau en Afrique entre les mains et sur le visage de cet enfant qui représente l’avenir et qui semble faire peur à ce patron européen, en le poursuivant dans les rues de Dakar.

 

«La Noire de…» qui a obtenu le Premier «Tanit d’or» de la Première session des JCC en 1966, est en quelque sorte un questionnement sur les relations Nord-Sud après (ou malgré) les indépendances des années 1960. En le revoyant plusieurs années après sa sortie, on constate qu’il reste toujours d’actualité, même si les faits peuvent se présenter aujourd’hui de façon différente : l’histoire dramatique de cette jeune fille sénégalaise n’est pas loin de nous rappeler le sort des jeunes «Harragas» qui ne cessent d’affluer en Europe, ces dernières années, à la recherche d’un paradis rêvé et qui découvrent le plus souvent (quand ils y parviennent) une réalité pour le moins décevante et déconcertante.

 

M.F.

Paris, le : 09.10.2017

 

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