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«LA NOIRE DE…» OU LE NEO-ESCLAVAGE Version imprimable Suggérer par mail

 2017-10-05 22:26:29

 

Marie de Peyster pour cinematunisien.com

 

«Les rendez-vous du cinéma tunisien à Paris» ont repris leur cycle de projections mensuelles au cinéma «La Clef» ce soir, jeudi 5 octobre, avec le très beau film de Ousmane Sembène, «La noire de…», premier long-métrage africain primé à la première édition des Journées cinématographiques de Carthage en 1966.

 

Pour commencer la soirée, une petite surprise : un court-métrage du même réalisateur, «Borom Sarret».

 Le contexte : Ce premier long-métrage d’Ousmane Sembène se situe au moment de l’Indépendance de l’Afrique, alors que les Européens rentrent chez eux …
Diouana cherche du travail et finit par être embauchée par un couple de Blancs pour garder les enfants.
Au moment du retour en France, elle suit la famille pour le même travail, mais, une fois arrivée, elle est cantonnée exclusivement à des tâches domestiques, ce qui n’était pas du tout prévu au départ … Elle n’est pas payée, à peine nourrie, humiliée, maltraitée… jusqu’au jour où elle se suicide, préférant la mort à l’esclavage.

 

Son «maître» retourne alors en Afrique remettre les effets de Diouana à sa mère, ainsi qu’une somme d’argent qu’elle refuse. Il quitte alors la maison, poursuivi par un gamin et son masque.

 

 

Le style d’écriture :

L’action se déroule dans deux lieux, Dakar pour l’Afrique et Antibes pour la France.
La force des images est sublimée par le noir et blanc, qui donne au film une grande intensité dramatique.
Autant les cadres sont vastes et ouverts en Afrique - caméra très mobile, plans larges -, autant le cadre utilisé pour la France est le huis-clos - plans serrés et rapprochés -, puisque tout se passe dans l’appartement HLM des Blancs.
L’exil, l’emprisonnement, l’étouffement, la séquestration sont les thèmes forts qui reviennent sans cesse, lancinants.
Diouana connaît  un emprisonnement matériel - elle ne connaît rien de la ville et du paradis promis -, un isolement insupportable qui lui fera jusqu’à perdre son identité.
Ses maîtres sont, eux aussi, emprisonnés… dans leurs idées.

Le malaise psychologique est apparent de part et d’autre : Diouana l’exprime par son mutisme et par des flash-backs sur sa vie en Afrique, le couple par l’étroitesse de ses échanges, son agressivité et ses idées reçues. Un malaise et un drame psychologique soutenus par une musique magistrale, qui illustre avec force la tragédie, changeant de rythme au gré des scènes, musique envoûtante,  lancinante, parfois même inquiétante.

Les personnages, principaux et secondaires.

La maîtresse : elle est rigide, agressive, creuse et sans aucune empathie ; sa pauvreté intellectuelle et morale se traduit par le type de rapports qu’elle a avec ses enfants et son mari, celui-ci trouvant refuge dans l’alcool.

Diouana : elle symbolise l’Afrique par sa dignité, sa classe, sa beauté, son élégance, cette dernière lui attirant les foudres de sa patronne !
Elle refuse le dialogue, face à la tromperie et au mensonge, et refuse de recevoir son dû.
Son suicide est un acte de courage et de dignité, un acte de non-soumission.

Trois autres personnages méritent d’être cités :
Le jeune intellectuel, ami de Diouana, fataliste face à la jeune fille qu’il trouve normal de conforter dans son rôle de domestique,
Le jeune garçon et le masque, tour à tour personnages et symboles,
Et, enfin, la mère de Diouana,  touchante dans son calme et dans sa dignité.
 
Le message du réalisateur :

Ousmane Sembène se livre à une série de critiques sévères, tant vis-à-vis des colons que vis-à-vis du nouveau pouvoir  à Dakar.
Il vise ce pouvoir à travers de forts symboles :
La place de l’Indépendance, dont il a maintes fois filmé la plaque : l’Indépendance ne serait-elle qu’un mot pour les Africains ?
Le bâtiment de l’Assemblée Nationale, institution dénuée de toute utilité et de toute vie.
L’Ecole Populaire, qui devrait jouer un rôle important dans la prise de conscience et le progrès de la nation. Or, ici, elle n’est représentée que par une plaque de façade sur un bâtiment très modeste, comme si, d’emblée, il fallait occulter ou barrer la route à l’école du peuple pour être un élément émancipateur.

Les critiques sont aussi pointées vers les nouveaux dirigeants, à travers un plan presque à la Buster Keaton, lorsque trois hommes élégants croisent la jeune fille sans aucun ménagement ni respect. Ce plan résume en quelque sorte l’insouciance de la nouvelle classe vis-à-vis du peuple, des gens ordinaires.

Heureusement, le petit garçon, symbole de l’avenir en Afrique, est là pour repousser tout danger, en utilisant le masque, comme le faisaient ses ancêtres qui, eux, repoussaient tout mal venant de l’extérieur.
Le masque, personnage à part entière, lourd de symboles : objet culturel, marchandise, cadeau, œuvre d’art, et finalement objet porteur de conscience, conjurant le mauvais sort, lorsqu’il colle aux pas du blanc qui repart chez lui …
Ainsi le film se termine sur une note d’optimisme, l’avenir du continent africain : l’enfant, espoir et renouveau, malgré le drame concrétisé par le suicide de Diouana.

 

Marie de Peyster

Pour cinematunisien.com

 

 

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