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FRANCE — PORTRAIT DU CINÉASTE FÉRID BOUGHEDIR Version imprimable Suggérer par mail

 2017-06-23 00:15:40

 

Les «Rendez-vous mensuels du cinéma tunisien à Paris», que nous avons lancés depuis bientôt un an pour contribuer à la diffusion et à la promotion du cinéma tunisien, continuent à attirer un public de plus en plus nombreux. Plusieurs films tunisiens ont déjà été présentés, souvent en présence de leurs réalisateurs.


Ces derniers temps, nous avons pu aussi apprécier le travail de nombreux jeunes réalisateurs et réalisatrices, issus pour la plupart des écoles de cinéma tunisiennes, dont nous saluons les efforts et les résultats très encourageants.

 

Pour diversifier ces rencontres, nous venons d’ajouter une nouvelle rubrique annuelle, «Portrait d’un cinéaste», inaugurée le 20 juin 2017 avec une soirée dédiée à Férid Boughedir qui nous a fait le plaisir d’être avec nous pour répondre aux questions du public après la projection.

A noter également à cette occasion, la sympathique présence parmi nous de la grande actrice Claudia Cardinale qui, rappelons-le, a joué dans le film de Férid Boughedir «Un été à la Goulette».

La séance était organisée comme suit :

Présentation de l’œuvre de Férid Boughedir par Mouldi Fehri (voir ci-dessous).
 

  • Projection du film de Férid Boughedir «Le pique-nique» - MM, fiction, 1975.
  • Projection du film de Farah Khadhar «Férid Boughedir, de l’émotion tunisienne au rêve universel» - doc, 52 mn, 2016. Ce documentaire est projeté pour la première fois à Paris en présence de la réalisatrice. Celle-ci a suivi Férid pendant 2 ans, d’abord en France pendant la prospection pour son film «Zizou», puis en Tunisie sur le plateau de tournage.


Un buffet dînatoire a suivi la projection.

 

 

PORTRAIT DU CINEASTE  FERID BOUGHEDIR

Par : Mouldi Fehri

D’une façon générale, quand on s’intéresse au cinéma tunisien, plusieurs noms peuvent nous traverser l’esprit (Omar El Khlifi, Brahim Babaï, Abdellatif Ben Ammar, Nacer El Ktari, Ridha El Behi, Nouri Bouzid et tant d’autres), mais d'emblée deux noms s’imposent à nous :

Le premier n’est pas un cinéaste, mais il est considéré par tous comme le père du cinéma tunisien et en grande partie du cinéma africain, et aussi comme celui qui a largement contribué à leur naissance et à leur développement. Il s’agit bien sûr du regretté Tahar Chariaa qui nous a quitté en 2010.

Le deuxième n’est autre que notre invité, Férid Boughedir, qui est en quelque sorte le fils spirituel de Tahar Chariaa qu’il a connu et côtoyé pendant de longues années, et qu’il a régulièrement accompagné dans l’action qu’il menait pour le développement des cinémas tunisien et africain. Il est, ne serait-ce que pour cela, l’héritier légitime et désigné du travail de ce grand homme, et celui qui peut continuer son œuvre avec efficacité et compétence.

Qui est donc Férid Boughedir ?

Férid Boughedir est incontestablement un des pionniers du cinéma tunisien. C’est un fin connaisseur du cinéma d’une façon générale, et des cinémas arabes et africains en particulier.
Connu et apprécié partout dans le monde grâce à son travail et à sa grande facilité de communication, il est sans doute l'un des meilleurs représentants du cinéma tunisien à l’étranger.
Son intérêt pour le cinéma remonte à son enfance, puisqu’il était déjà passionné de dessin, de BD et ne ratait aucune occasion de voir les films présentés dans le cadre des soirées de ramadhan dans le quartier populaire «Halfaouine» de la médina de Tunis.

Plus tard, dès l’âge de 14 -15 ans, il va renforcer son intérêt pour l’expression par l’image, d’abord par sa participation aux séances des ciné-clubs de la FTCC où il va acquérir les bases de l’écriture et de la lecture cinématographiques, puis par la fréquentation d’un des clubs de la FTCA, à savoir celui d’Hammam-Lif, où il va s’initier (à côté d’autres futurs cinéastes professionnels comme Salma Baccar) aux différents aspects de la technique cinématographique. C’est d’ailleurs dans ce club des cinéastes amateurs d’Hammam-Lif qu’il a réalisé (ou plutôt co-réalisé avec Mustapha Mourali) son premier film, intitulé «Riche pour un jour», présenté et primé (Médaille d’argent) au FIFAK de 1965.

Très vite, Férid Boughedir aspire à intégrer le milieu professionnel et réussit dans un premier temps à se faire connaître comme l’un des critiques les plus renommés d’Afrique  et du Monde arabe, en collaborant entre autres à des magazines comme «CinémaAction» de feu Guy Hennebel ou encore au journal «Jeune Afrique».

Ses nombreux articles et ouvrages sur l’histoire des cinémas d’Afrique Noire, du Maghreb et du Proche Orient le conduisent à réaliser deux longs-métrages documentaires : «Caméra d’Afrique» et «Caméra Arabe», tous deux présentés en sélection officielle au Festival de Cannes et qui font aujourd’hui figure de référence.

Auteur de deux thèses de doctorat sur les cinémas africains et arabes, il est actuellement Professeur de cinéma à l’Université de Tunis, et aussi historien et écrivain.

Etant l’un des membres fondateurs de la Fédération Panafricaine des Cinéastes (FEPACI), Férid Boughedir a également été le concepteur et l’organisateur de nombreux colloques sur le cinéma en Afrique et dans le monde, et l’un des principaux organisateurs du premier festival panafricain et panarabe de cinéma, les «Journées Cinématographiques de Carthage», dont il devient le directeur en 2006.

Férid Boughedir a été membre du Jury officiel de plusieurs festivals de cinéma, notamment :
Jury officiel du Festival de Cannes à 2 reprises, en 1991 et en 2009, jury de Berlin en 1997, jury de Venise en 1999. Il a été Président du jury du «Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou» (Fespaco) en 2001.

Enfin et pour contribuer à l’installation de nouvelles structures de développement du  cinéma en Tunisie et en Afrique :
Il assure bénévolement (en Tunisie) la coordination de la Commission réunissant toutes les associations professionnelles tunisiennes de cinéma, dont les travaux aboutiront,  après la Révolution tunisienne à la création du CNCI (Centre National du Cinéma et de l’Image).
Sur le plan africain, il fonde avec un groupe de pionniers africains le projet FPCA (Fonds Panafricain du Cinéma et de l’Audiovisuel) dont il devient le  Président en 2013.

En tant que cinéaste, Férid Boughedir s’est formé à la réalisation cinématographique en étant l’assistant-réalisateur de l’écrivain et cinéaste français Alain Robbe-Grillet et du dramaturge et cinéaste espagnol Arrabal.

Ses principaux films sont, dans l’ordre chronologique :
 
  • 1975 : Le Pique-Nique, CM, fiction.
  • 1983 : Caméra d’Afrique, LM, doc.
  • 1985 : Cinéma de Carthage, CM, doc.
  • 1987 : Caméra Arabe, LM, doc.
  • 1990 : Halfaouine (L’enfant des terrasses), 1er LM, fiction.
Ce film a été nominé pour le César de la meilleure Première Œuvre, a reçu le Tanit D’or des JCC (1990) et a eu un très grand succès dans le monde, couronné par de nombreuses récompenses.  
Il a par ailleurs été classé en 2013 parmi les meilleures «Premières Œuvres» de l’Histoire du Cinéma arabe.
  • 1996 : Un Été à la Goulette, LM, fiction.
Le film a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Berlin (1996) avant de remporter le Prix de la Biennale des Cinémas Arabes de Paris (1996).
  • 2008 : Villa Jasmin, LM, T.V.
  • 2016 : Zizou (vf : Parfum de Printemps), LM, fiction.

Le film remporte au Festival  International du Film du Caire en novembre 2016 le prix du "Meilleur Film Arabe" de l’année.

A noter que 2016 semble avoir été l'année de la consécration pour le cinéaste, puisque la session 2016 des JCC lui a rendu hommage et décerné son «Prix du 50ème anniversaire» du Festival, à la fois pour l’ensemble de ses films et pour sa contribution permanente à l’organisation de cette manifestation.

Au lendemain des JCC, et avant même le prix remporté au Caire, Férid Boughedir avait été placé pour l’année 2016 par l’hebdomadaire britannique «The Middle East Magazine» dans le «Top 50» des personnalités arabes les plus importantes de l’année.
Il a été la seule personnalité tunisienne choisie pour «son talent artistique, qui a réussi à travers ses films à promouvoir une image positive de son pays à l’échelle mondiale».

On n’a pas l’intention, à travers cette présentation, de parler de façon détaillée de l’ensemble de ses films. Ce n’est pas le but recherché. Mais, d’une façon générale, ses films s’apparentent à une étude sociologique très raffinée de la société tunisienne, qui reste sa principale source d’inspiration et où il va puiser ses thèmes et ses personnages.

Férid est de toute évidence un amoureux de la Tunisie, de ses traditions et surtout de sa culture populaire dont il aime s’inspirer et que l’on retrouve d’ailleurs dans l’ambiance générale de ses films
Son cinéma se veut ancré dans la réalité quotidienne de la Tunisie et essaie d’en faire une transposition fidèle à l’écran, avec comme objectif de mettre en évidence les traits caractéristiques de cette société.
Il s’agit d’un cinéma que l’on pourrait qualifier de social et réaliste, à travers lequel le réalisateur essaie de traiter des sujets parfois très graves (la Révolution tunisienne de 2011), avec un style qui peut ne pas plaire à tout le monde puisqu’il est basé sur la légèreté, la gaieté, l’humour, la satire et parfois même la caricature.
Ce style, qui lui est particulier, s’appuie souvent sur des dialogues traduisant bien la légèreté et l’humour recherchés et permettent ainsi au réalisateur d’éviter les discours et les réflexions orientés. Ce qui donne à l’univers de Férid Boughedir et à son cinéma un caractère populaire apprécié par beaucoup, et accessible à un large public.
C’est aussi un cinéma où l'on trouve une certaine nostalgie de la Tunisie des années 1960, avec les souvenirs que le réalisateur semble avoir gardés de cette époque et qu’il remet en scène avec beaucoup de tendresse. C’est, du moins, ce qui ressort de sa «trilogie cinématographique», qui commence avec «Halfaouine» et les souvenirs d’enfance, suivi par «Un été à la Goulette» et les souvenirs de l’adolescence, pour finir avec «Zizou» qui marque l’entrée à l’âge adulte du personnage principal, même si ce dernier film raconte les mésaventures récentes d’un jeune diplômé-chômeur dans la capitale, quelques mois avant l’éclatement de la Révolution tunisienne de 2011.

Par ailleurs, on peut souligner qu’en suivant les traces de ses personnages, la caméra de Férid Boughedir semble nous inviter à une promenade dans les ruelles de la médina de Tunis et nous donne l’occasion d’accéder à l’intérieur des maisons des quartiers populaires pour découvrir la beauté et l’originalité de l’architecture arabo-musulmane.
Les personnages de «Halfaouine» et de «Zizou» n’hésitent pas à arpenter les terrasses et les toits, comme pour nous permettre aussi d’avoir une vue d’ensemble de ces maisons et de leur agencement les unes par rapport aux autres.

Ceci étant, et malgré toutes les qualités qu’on peut lui trouver, Férid Boughedir, comme tout artiste et créateur, n’a pas que des admirateurs; il a aussi quelques détracteurs qui ne ratent aucune occasion pour le lui faire savoir.

A titre d’exemple et au sujet de son dernier film «Zizou», on peut lire dans des journaux tunisiens ce qui suit, je cite : «Comédie politique qui ne l’est point, «Zizou» est aussi insipide qu’incolore. Effarant de lourdeur, ce film est nettement plus ridicule que comique : c’est un fiasco».
Ou encore, je cite : «Si les acteurs sauvent le film de l’agacement, le thème de la révolution superficiellement traité, les clichés et l’amourette que le cinéaste semble avoir tirée d’un roman poussiéreux, n’ont néanmoins pas joué en faveur de ce film».
C’est là un point de vue tout à fait recevable et respectable.

Mais, n’en déplaise aux auteurs de ces lignes, le film qu’ils qualifient de «fiasco» ou «d’agaçant» (et c’est leur droit) continue à être sollicité par un grand nombre de spectateurs, à susciter beaucoup d’intérêt partout où il est présenté et à récolter (comme on l’a vu) des prix dans les compétitions internationales.

Pour terminer, on peut se demander : si, en s’adressant à un public large et diversifié, un cinéaste est forcément dans l’obligation de prendre position sur tout ?
Ne peut-il pas se contenter de relater des faits, selon son propre style, et laisser la porte ouverte à des lectures et interprétations diverses ?
Les avis peuvent évidemment être partagés et le débat reste (et restera) ouvert.

Par Mouldi FEHRI
Paris, le : 20.06.2017

 

Source photos : ©Sayah Msadek et ©Sabrina Khiri

 

 

 

 

 

 

 

 

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