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LA RÉALITÉ VIRTUELLE : VERS OÙ REGARDER Version imprimable Suggérer par mail

 2017-01-20 14:47:16

 

Par Nader Samir Ayache pour cinematunisien.com

Je suis tout excité en visitant le Forum des Images, pour une séance de réalité virtuelle. Ils affichent complet, je dois attendre la fin de la séance pour assister à la prochaine «projection» ; pouvons-nous encore parler de projection, comme au cinéma ? Ici, on dit plutôt «immersion» du spectateur.


Je suis tout excité, car j’ai vu dans cette expérience quelque chose qui est de l’ordre du spectaculaire. Cet événement attire les gens, comme en 1895 lors de la projection Lumière et je me demande si un certain Méliès se trouve dans le hall, avec des idées révolutionnaires en tête.
Les historiens du cinéma se sont mis d’accord pour définir la projection, qui a eu lieu dans le sous-sol d'un café, boulevard des Capucines, comme la naissance du cinéma. D'autres disent que le cinéma existait déjà, depuis bien avant, avec Étienne-Jules Marey, Édouard Muybridge et Edison…

 

Aujourd’hui, avec plus de cent ans de recul, nous pouvons dire que ces gens-là ont déclenché l'arrivée du cinématographe, que les frères Lumière ont eu le génie de l’industrie et Méliès le génie artistique.
Aujourd’hui, je ressens la même chose, la réalité virtuelle en est encore à ses premiers Muybridge, Marey. Il lui manque encore (mais ça viendra) un coup de lumière, qui fera de cette invention quelque chose de très important pour ce XXI° siècle.
À observer les spectateurs, sous leur masque ou ce qu’on appelle les oculus, on ressent qu’il y a quelque chose qui faudra étudier de près, et sérieusement. Ils regardent dans tous les sens, se retournent brusquement, vers le haut, vers le bas… ils sont constamment en mouvement, contrairement au cinéma où le spectateur garde son regard figé vers l'écran.

Au Forum des Images, une autre différence apparaît : l’immersion a lieu dans le hall du rez-de-chaussée, au milieu d’une grande pièce éclairée, mouvante et bruyante, comparée à la salle obscure où le spectateur est plongé dans le noir. La projection dans le premier lieu favorise l’immersion du spectateur et crée chez lui une impression particulière, l’incitant à se déconnecter un moment afin de visionner des images.
Cependant et pour l’instant, la réalité virtuelle doit rester dans un lieu ouvert, uniquement pour des raisons économiques et marketing (promotion), afin de se faire connaitre et attirer le spectateur dans cette nouvelle expérience.

Le premier film (peut-on encore parler de film ?), «Charlie Winston - Many Me’s», réalisé par Richard Nockles, est un clip de musique, enregistré pendant une séance de répétition. Le spectateur est plongé au centre du studio et placé comme un personnage privilégié. Nous pouvons observer ce même parti-pris dans l’expérience en VR, «Cirque du Soleil's Zarkana» où tout le spectacle est destiné à une seule personne : moi.

Le studio, comme lieu de tournage, détermine et délimite les mouvements du spectateur. Il peut en effet se retourner et orienter son regard vers toutes les directions, mais sans mouvement vers l’avant ou l’arrière comme vu dans les autres immersions.
Ce qui est intéressant dans ce clip, c’est le travail sonore, sa mise en scène dans le but d’orienter le regard du spectateur. Par exemple, notre vision est dirigée vers le guitariste, Charlie Winston, en pleine conversation avec l’ingénieur du son. Soudain, un bruit nous parvient, un son de portière qui s’ouvre et qui se referme. Automatiquement et inconsciemment, le spectateur se retourne vers la source pour voir le batteur prendre place devant son instrument. Lorsque le même son de portière se répète, le geste de se retourner vers la porte devient quelque chose de «normal» et nous orientons notre regard plus rapidement pour voir l’entrée de champ d’un autre membre du groupe. Ainsi le spectateur comprend le fonctionnement de l’espace dans lequel il se trouve, interagit avec le groupe et se prête à ce petit jeu. Un langage se crée entre l’œuvre et le spectateur, donnant naissance à une véritable «direction de spectateurs», pour reprendre une expression hitchcockienne.

La deuxième immersion qui m’a interpellé est le documentaire réalisé par Chamsy Sarkis avec les secouristes d’Alep. Nous sommes plongés dans l’atmosphère de la guerre, les bombardements des avions et la ville en ruine. La spécificité et la nouveauté de la réalité virtuelle, c’est sa capacité à placer le spectateur au sein d'un décor inaccessible en lui donnant une chance de l’atteindre, de le provoquer de l'intérieur, puisqu’il devient le centre autour duquel se produisent les choses, mais «il lui manque ce qui manque à tous les livres, à tous les films : l’odeur du champ de bataille. Tant qu’il n’y aura pas de cinéma olfactif, comme il y a un cinéma parlant, il n’y aura pas de films de guerre, ce qui est prudent, parce qu’alors, il n’y aurait plus de spectateurs» (Chris Marker, Level Five, 1996). En attendant que le cinéma et la réalité virtuelle deviennent olfactifs, contentons-nous de cette respectable tentative et voyons ce que nous pouvons construire autour.
«Prendre en compte le hasard et intégrer l’imprévu». Cette citation du réalisateur Lars Von Trier résume mes observations durant cette immersion. En effet, le hasard et l’imprévu font partie des composantes du documentaire et ils ont suscité quelque chose en moi.
Tout d’abord, l’ombre du caméraman, projeté sur le sol (il suffit de baisser la tête pour la voir), marque une présence. On le voit debout, tenant entre ses mains une longue tige sur laquelle est posée une caméra 360°. Cette ombre, ce corps figé, m’interpellent sur le rôle du réalisateur aujourd’hui. Si l’axe de la caméra, le choix de la prise de vue, le choix de ce qui est montré et de ce qui se laisse deviner, la distance, les mouvements…, ne font plus partie de ses préoccupations et que son rôle est de tenir une tige et de laisser la caméra enregistrer ce qui se passe autour, le métier de metteur en scène (même dans le documentaire) devient quelque chose de très banal. À ce moment-là, il est plus intéressant d’être spectateur car, au moins, nous pouvons choisir où regarder.
Un deuxième point, créé à partir d’un imprévu et du hasard, donne naissance à l’un des premiers mouvements de caméra 360°, qui fait basculer le film et repositionne le spectateur, en position de spectateur qui subit, et non en spectateur qui choisit où regarder.
Il s’agit ici de l’explosion provoquée par le missile qui s'est abattu sur l’immeuble pendant le tournage. Cet incident a créé un mouvement de caméra très intéressant, car instinctivement, le teneur de tige s’est retourné vers la source du bruit, son mouvement orientant le regard du spectateur, sans lui laisser d’autre issue. De la même manière, quelques secondes plus tard et encore une fois instinctivement, l’homme à la tige se met à courir pour se mettre à l’abri, entrainant de force le spectateur dans sa fuite.

 

Ce mouvement du corps, cette mobilité constante du spectateur, est né (dans les deux exemples que nous avons choisis) d’un imprévu de tournage, ou créé à partir d’une source sonore (ouverture et fermeture de la porte), ouvrant plusieurs chemins et pistes de réflexion ; s'il existe un ou des moyens de suggérer au spectateur vers où regarder, comment peut-on arriver à un juste équilibre entre cette liberté qui lui est donnée et les choix qui peuvent lui être imposés.

NSA, pour cinematunisien.com

18 janvier 2016

 

 

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