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THE LAST OF US, UN FILM BAVARD ! Version imprimable Suggérer par mail

 2016-11-17 14:54:55

 

Par : Nader Samir Ayache pour cinematunisien.com

 

Le film «The last of us», (2016, 94') de Alaeddine Slim, raconte l'histoire d’un jeune subsaharien, «the young man», incarné par Jawhar Soudani, qui tente de fuir son destin en partant à la recherche de ses origines.

 

Durant cette traversée, «N» rencontrera plusieurs visages, plusieurs décors, jusqu'au jour où son regard croisera celui de «M».

 

Dès les premières minutes, le film plonge le spectateur dans une image fixe et un rythme lent.

Ce parti pris dès le départ par Alaeddine Slim, nous pousse à observer l'écran, comme on le ferait pour un tableau ou une photographie. L'absence de dialogue installe quelque chose de mystérieux entre le film et son spectateur.

 

Le film se base sur la contemplation : un retour à la source et à la nature, pour le personnage tout comme pour le spectateur. C'est ce que Fathi Akkari, l'un des deux personnages du film, considère comme «l’écriture du silence».
«The young man» et son compagnon arrivent, après une longue attente, à monter à bord d'un camion qui les mènera vers un endroit isolé et sombre. Soudain, le camion s’arrête et la caméra s'agite, des voix et des cris se font entendre. «N» et son compagnon se font braquer et attaquer par des inconnus. «The young man» arrive à prendre la fuite, suivi par une caméra aussi tremblante et affolée que lui.

On pourrait penser que l'esthétique du film va prendre une autre tournure, mais, rapidement, le rythme calme du début revient sur le visage du jeune subsaharien, qui se réveille terrifié par ce qu'il vient de vivre.


«The Last of us» de Alaeddine Slim est un film qui aborde des questionnements universels.


Sa nationalité, ou celle de son réalisateur, n'a finalement pas d'importance. Le thème de l'immigration dépasse les nations et les frontières pour parler de l'humain dans ses tourmentes et ses mutations. Le thème de l'immigration dépasse aussi les genres cinématographiques ; en effet le film bascule de la fiction au documentaire, avec une subtilité et une finesse très travaillées. Dans la séquence filmée à Tunis, «N» devient un personnage «réel», perdu entre tous ces visages inconnus ; les passants ne cessent de regarder la caméra qui capte finalement la vie telle qu'elle était le jour du tournage. Ces regards nous ramènent à notre propre réalité : spectateurs dans une salle de cinéma, on se croirait de nouveau plongés dans l'univers du film documentaire «Babylon», (2014, 100’), réalisé par le trio Smaël, Youssef Chebbi et Alaeddine Slim.

«The Young Man» arrive enfin à prendre la mer. La traversée représente en soi la métaphore du départ, du voyage, un moment où le personnage quitte une terre pour en rejoindre une autre. Il arrive quelque part loin du vacarme de la ville. D'ailleurs aucun indice n'est donné au spectateur sur ce mystérieux lieu où il est plongé.
«N» se dirige aussitôt vers la forêt, il marche pendant quelques instants, s'arrête et regarde sa boussole, décide de l'abandonner en la jetant par terre. Ce geste est porteur de sens : en effet «The Young Man» décide de suivre son instinct, de laisser ses intuitions le guider. Un choix et un acte judicieux de la part du jeune homme, car peu de temps après, il se retrouve piégé dans un trou, avec une blessure à la jambe. Ce moment du film est l'un des plus importants, car pour la première fois, nous entendons la voix de «N». Elle nous parvient d'ailleurs d'une manière très spéciale : un cri !

Un cri de souffrance, un cri de douleur causée par  la blessure, mais aussi de tout ce qu'il a enduré au cours de sa traversée. Mais ce cri dépasse l'idée de la souffrance : en effet, c'est le premier son que le personnage émet, il est le signe d'une renaissance, un moment où le personnage s'apprête à vivre autre chose, à se surpasser, sortir du trou vers la lumière, avant de se faire dévorer par les loups. Cette séquence «n'est pas un événement, c'est un avènement », disait Fathi Akkari, juste après la projection du film.
«L'avènement» est aussi abordé d'une autre manière, plus poétique et plus abstraite que l'idée première que nous avons évoquée plus haut. C'est à travers l'association, la combinaison et le fusionnement d'un texte écrit par Fathi Akkari et sa traduction, ou plutôt son interprétation par Haythem Zakari. En effet chaque lettre est traduite en un langage visuel en forme de trait ou de cercle. H. Zakari avait déjà expérimenté ce langage à travers une installation intitulée «La poétique de l’éther» composée de quatre-vingt-dix-neuf compteurs (les noms de Dieu en islam - Asma' Allah al Husnâ) présentée au Salon de Dessin à Paris en 2016, chaque dessin étant construit autour d'un verset coranique. «La poétique de l’éther est une étape, une station qui élargit son expérience intérieure ; une pratique d'abord plastique à laquelle chacun a accès et qui ouvre un espace inconnu» (1).

Le texte illustré de dessins s’affiche à l’écran, résonnant comme une voix intérieure, créant une interactivité mentale et interne. Le réalisateur, Alaeddine Slim, dit que ce moment est l’instant où le sort du personnage prend une toute autre tournure dans le film. C’est pour cela que nous parlons d'avènement et non d'événement : la rencontre de «N» avec «M».
Fathi Akkari, dans le rôle de «The Old Man», fait sa première apparition dans le film en assommant «N» d'un coup sur la tête. On pourrait penser qu’il représente une menace, un danger, mais peu à peu on se rend compte, tout comme «N», qu'il ne lui veut aucun mal.


«The Old Man» représente à lui seul la sagesse, la force et le courage, mais il est surtout la représentation de la forêt sous forme humaine. À un moment du film, il part à la chasse au loup, puis revient essoufflé, fatigué et épuisé. L’échange de regards qui s’établit entre nos deux protagonistes exprime la nécessité de transmettre un certain savoir, acquis par «M» durant toutes ces années. Il lui apprend à chasser, à s’habiller, mais surtout à se fondre dans la nature, comme un caméléon. Savait-il, ou ressentait-il, déjà que son heure approchait ?


À la mort de «M», le jeune homme se retrouve à nouveau seul. Arrivera-t-il à mettre en pratique tout ce qu'il a appris ?
Un soir, une boule blanche apparaît au-dessus de sa tête. Elle l'effraye au début, mais, peu à peu, il s’habitue à sa présence et à sa douce lumière.
La boule blanche est une première réponse, elle représente l’esprit de la forêt, un nouvel ami, ou peut-être même l'esprit de «M» devenu lumière. «The Young Man» a bel et bien réussi son examen, il a été accepté par la forêt. Dès lors, il arrive à se fondre dans la nature, à faire corps avec elle. La séquence finale souligne cette idée de fusion entre la nature et le jeune homme, elle est réalisée au moyen d’un fondu enchaîné, où l'on voit «N», nu, se fondre dans le paysage.


On a beau aimer la nature, c’est un exploit de tourner dans ce genre de décors, où l'imprévu vous traque comme des loups, où l'obscurité est plus sombre que le noir, où le temps n'a plus aucune valeur, où l'orientation perd tout son sens. Ce film a non seulement permis au spectateur de vivre une aventure, mais il a surtout donné l'occasion à l’équipe de se surpasser et finalement de se retrouver. «The Last of us» dépasse l’idée du film, c’est une aventure.

1-http://www.haythemzakaria.com/project/la-poetique-de-lether/. consulter le 07/11/2016.

 

Nader Samir Ayache

 

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