Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 
 
 

 

 

 

 


 


 

 

 
 
 
 

Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage

Stats

Films: 508
Critiques: 2
Bandes annonce:
Commentaires: 56
Jaquettes: 0
FADHEL JAZIRI : EXPLORER LE CINÉMA DE GENRE Version imprimable Suggérer par mail

 LA PRESSE DE TUNISIE : L’ENTRETIEN DU LUNDI

Entretien conduit par Salem Trabelsi - le : 11-04-2016

 

Fadhel Jaziri fait l’actualité avec son film «Khoussouf». Dans cette interview, il nous parle de ses choix esthétiques, de son prochain film et de son rapport avec le cinéma.

 

Vous revenez au cinéma avec «Khoussouf»... un polar tunisien.



Généralement il n’est pas dans les habitudes de la production locale dans le cinéma de genre. Nous avons tenté d’explorer cette tendance en prenant pour modèle le film noir, le polar et l’enquête policière.

Mais le polar a des règles que nous n’avons pas pour obligation de respecter. C’est-à-dire que tout en empruntant au genre un certain nombre de ses règles et de ses lois, on s’est permis de faire des écarts pour faire un film qui ressemble beaucoup plus à ici qu’à un ailleurs. Sincèrement on s’est beaucoup amusés à le faire en essayant de prendre un archétype de policier, de journaliste et de voyou qu’on a adaptés à l’écran et avec lesquels on a essayé de développer une trame très proche de notre réalité au lendemain du 14 janvier 2011.

Le thème central est l’histoire d’un gang chargé de transporter des jeunes gens en Syrie ou en Irak. Ce projet porte donc sur cette «main-d’œuvre» particulière, celle qui va s’immoler sur des champs de bataille lointains.


 

Pourquoi avez-vous choisi de revisiter ce genre particulier ?

De toutes façons, dans le cinéma, qu’est-ce qui nous appartient? Nous sommes en train d’essayer de créer des personnages qui ressemblent le plus possible à ce que nous sommes. Créer des archétypes est très compliqué, cela demande du temps. Nous sommes au début de cette aventure… Maintenant, pourquoi le polar ? Parce que c’est un genre populaire qui nous permet de nous adresser directement au spectateur et de l’interpeller. J’espère que ça va plaire…

Un cinéma populaire parce que le cinéma d’auteur n’interpelle plus le spectateur tunisien ? 



On peut aussi faire un cinéma d’auteur auquel le spectateur adhère. Personnellement, je garde un souvenir émerveillé de la qualité de travail de certains films noirs tel que "Le Faucon Maltais" de John Huston ou "Le Parrain" de Francis Ford Coppola. Ce sont des chefs- d’œuvre mais aussi des films populaires. On peut réaliser un film d’auteur qui soit en même temps populaire à mini-sens. En tout cas dans "Khoussouf", j’essaie d’aller dans cette direction.

Dans le film, vous avez opté pour un choix esthétique particulier...



On peut dire que j’ai opté pour un rythme un peu plus soutenu dans la narration et une manière particulière de regarder la cité, de l’aborder comme une cité contemporaine, voire moderne. Nous avons volontairement décidé de ne filmer que les constructions nées avec la République et qui ont à peu près cinquante ans d’âge. Même dans le mobilier urbain, nous avons essayé de dire que nous sommes dans une modernité qui ne s’exprime pas seulement par le discours, mais aussi par la manière d’articuler les éléments les uns à travers les autres. Nous avons voulu être le témoin d’une cité dans sa logique, dans sa cohérence mais aussi dans son incohérence.

Vous avez voulu faire de la ville de Tunis un personnage dans votre film...

Effectivement, Tunis est un personnage central dans le film. La cité nous raconte profondément et décrit ce qui nous traverse. Et probablement j’ai un rapport singulier à la cité, puisque je suis un citadin sédentaire qui ne voyage que très peu. Je n’aime pas voyager. Je n’ai aucune curiosité pour l’ailleurs. Donc, j’ai tenu à raconter cette ville d’une manière tout à fait personnelle. J’ai voulu aussi découvrir dans cette ville ses principaux aspects qui m’ont toujours interpellé et ému et j’ai essayé de faire en sorte que ce soit la trame réelle sur laquelle on construit les différentes sonorités du film.

Le profil de vos personnages est aussi particulier 


 

Ce sont des personnages modernes et donc avec tous les conflits qui sont liés à la modernité : conflits internes, convictions idéologiques et politiques, c’est une cité en plein mouvement. La question de la loi est là. Elle est posée comme une règle centrale avec les dépassements et les coups de canif dont elle fait l’objet. Et ces personnages ne sont pas seulement dans le cadre mais aussi à l’extérieur. Je parle du rapport de ces personnages aux choses. Par exemple : boire une bouteille d’eau est une manière de dire quelque chose, c’est un comportement qui définit un historique. L’ensemble de petits gestes apparemment inconscients sont très signifiants. Ce gestus social fait partie de l’acteur, mais aussi du personnage puisque nous faisons un travail qui fait du comédien un acteur et de l’acteur un personnage. C’est l’acteur qui attire à lui le personnage. Ici la notion de jeu est en réalité une succession d’actions. Un personnage qui marche est un acteur qui joue à marcher. Il est dans l’action. Personnellement je crois que la notion de jeu se limite à l’action.

Vous êtes sur le point de tourner votre prochain film "Saheb el himar".

Au fait, c’est un projet qui parle encore une fois de la violence, mais cette fois de la violence comme une menace. Je suis de ceux qui considèrent que le cinéma peut constituer une manière d’échapper à son propre destin comme l’a si bien formulé Rossellini. Il s’agit de montrer par la fiction ce qui peut advenir lorsqu’un groupe terroriste s’implante dans une région et essaie d’étendre son pouvoir sur tout un territoire. On est donc parti d’une histoire tout à fait locale qui est la révolution de "Saheb el himar" contre le pouvoir central et, en développant cette histoire on est arrivé à quelque chose qui n’a plus rien à voir avec la révolution de "Saheb el himar". Par conséquent notre intérêt nous a porté vers la région du Kef et Jendouba, Siliana et Kairouan où nous ramassons les éléments d’un puzzle qui se résume à cela : comment une dictature peut s’installer dans une région, mettre cette région à feu et à sang et, comme toute dictature, elle connaît une fin puisqu’on considère qu’il est absolument nécessaire de donner un peu d’espoir au spectateur. La première inspiration était la pièce de théâtre qu’on a montée il y a cinq ans et qui a été très mal accueillie, j’ai tenu à en faire un film parce qu’il me semble extrêmement important de faire ce témoignage.

Une idée sur le casting ?

En dehors de Ahmed Maâoui et Mohamed Kouka, ce ne sont pas des acteurs très connus.



 

Une date prévue pour la sortie ?

Pour les prochaines JCC, j’espère !

Comptez-vous poursuivre ce rythme rapide dans la production cinématographique ?

Je l’espère. Je pense que nous sommes face à une urgence et qu’il est absolument nécessaire de produire. Je suis certain que la moyenne de production en Tunisie va se développer. Et que le marché du film lui-même va se développer par la création de nouvelles salles.



Vous faites partie de la chambre syndicale des producteurs de longs-métrages, quels sont les objectifs que vous mettez en avant ? 


 

Structurer au maximum la production, pratiquer la vérité des prix, convaincre la partie publique de consacrer un peu plus de moyens pour la production, la distribution et l’exploitation. Réussir à créer deux collèges pour l’aide à la production, entre autres objectifs bien sûr.



Qu’est-ce que vous entendez par la vérité des prix ?

Entre les moyens dont dispose le cinéma, son marché très limité et les prix pratiqués par les techniciens et les comédiens, il y a une grande distance. Les gens prennent le cinéma pour de la télévision, ce qui n’est pas vrai. La rentabilité n’est pas la même, on ne peut donc pas pratiquer les mêmes prix.



À un certain moment, vous avez divorcé avec le nouveau théâtre. Après tant d’années et de recul, comment voyez-vous cette séparation aujourd’hui ?



En réalité, je me suis rendu compte qu’il n’était plus possible d’avancer ensemble. C’était à la fois professionnel et personnel…  La création à l’intérieur d’un groupe, c’est quelque chose d’extrêmement fragile et malgré cela on a tenu 20 ans presque. Cela reste une expérience essentielle pour nous. Mais il a fallu du temps pour qu’on puisse dépasser tous les heurts qu’on a eus. Personnellement, je trouve que Fadhel Jaibi fait du très beau travail au Théâtre National. Jalila Baccar aussi. Je suis sûr qu’il va très probablement donner un élan réel au théâtre.



Les spectacles que vous avez réalisés ne vous ont pas éloigné du cinéma en quelque sorte ?



C’est vrai que je me suis laissé un petit peu enfermer dans les spectacles. Mais faire du cinéma a toujours été une passion pour moi. J’ai fait du théâtre par manque de moyens. J’ai voulu aussi écrire des romans mais mon père m’avait dit qu’il y avait très peu de lecteurs.



Et le cinéma fait-il de vous un homme heureux aujourd’hui ?

C’est une question terrible ! Je n’ai jamais été aussi malheureux en faisant du cinéma et particulièrement dans le film "Khoussouf".


Vos avez réussi à dépasser ce drame ?

Très sincèrement, j’ai pu aller jusqu’au bout par le travail, par sens du devoir, par le sentiment que je suis redevable... Par le souci d’être utile à quelqu’un. Maintenant, un film c’est une bouteille à la mer. Mais honnêtement ce qui s’est passé est indépassable…

Auteur : Entretien conduit par Salem Trabelsi
Ajouté le : 11-04-2016

Source : http://www.lapresse.tn/

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


CINE CLAP

Tournage Chronique d’une agonie, un nouveau film de Ayda Ben Aleya

Mahrez KAROUI - (La Presse).
 Rêves et désenchantement

On n’a pas encore eu…     Lire la suite...

ECOUTEZ FRANCE MAGHREB 2

Powered by  MyPagerank.Net