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Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura au ciné-club des Anciennes du Lycée de la Rue du Pacha Version imprimable Suggérer par mail

 Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura au ciné-club de l’Association des Anciennes du Lycée de la Rue du Pacha

 
Par Ilhem Abdelkèfi — Responsable du ciné-club et critique cinématographique pour cinematunisien.com

Après la pause estivale, les activités du ciné-club ont repris au local d’El Bachia et comme à l’accoutumée, il a entamé sa saison 2015-2016 au mois d’octobre avec la programmation du film d’animation japonais Lettre à Momo en voulant ainsi s’ouvrir à ce genre qui s’est imposé et qui connait un succès retentissant auprès des jeunes et des moins jeunes.


Pour sa séance du mois d’octobre 2015, projection du film japonais, Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura  le vendredi 30 octobre 2015 à 15h, au local El Bachia, 29, Rue El Koutbia (Rue des Libraires près la Mosquée Ezzitouna) à la médina de Tunis.

Comme à l’accoutumée, un débat suivra la projection.

Fiche technique

 Titre français : Lettre à Momo
Réalisateur : Hiroyuki Okiura
Scénario : Hiroyuki Okiura
Directeur : Masashi Andō
Animateurs clés : Hiroyuki Aoyama, Takeshi Honda, Ei Inoue, Toshiyuki Inoue, Tetsuya Nishio

Genre : film d’animation
Pays : Japon
Durée : 2h
Dates de sortie : Japon : 21 avril 2012

Distribution : Acteurs de doublage (Voix originales et Voix françaises) :

Karen Miyam (Ariana Dubois) = Momo Miyaura

yuka (Maia Baran) = Ikuko Miyaura
Toshivuki Nishida (Jean- Michel Vovk) = Iwa
Koichi Yamadera (Pepino Capotondi) = Kawa

 


Critique du film :

Momo ou le récit initiatique

 Hiroyuki Okiura a été découvert voila bientôt 15 ans, et  déclaré jeune espoir du film d’animation japonais avec le merveilleux film Jin Roh sorti en 1999, fable violente et passionnante, sur le totalitarisme. Mais après ce succès, et pendant que devenaient célèbres en occident des cinéastes comme Miyazaki, Takahata, ou Satoshi Kon, Okiura, lui, se fait discret côté réalisation, et opte pour le travail et la participation  aux génériques  de films marquants tels que Metropolis, Ghost in the Shell 2 ou encore Paprika. Il revient avec Lettre à Momo, un film dont le travail est très minutieux,  dessiné presque entièrement à la main. Il y a travaillé pendant 7 ans «à l’artisanale» comme il le déclare lui-même. C’est un conte doux, une fiction sensible, simple, paisible et légère, visuellement étonnante. L’histoire intimiste d'une fillette et de son travail de deuil qui reconstruit sa vie. Ecrit par lui-même ce qui en fait un film très personnel, Okiura a pris son temps, a construit très minutieusement son scénario, a crée ce splendide décor paisible de l’île de Shio où le temps semble suspendu avec ses plus beaux crayons pastel pour en faire un havre de paix qui ressemble à toutes les îles de la Mer intérieure de Seto, et pour au final, nous donner à voir un film empreint de sensibilité, ancré dans la vie quotidienne et les traditions mystiques japonaises.
Momo, l’héroïne de cette anime  a 11 ans et elle vient de perdre son père, un océanographe disparu en mer. Ce sont ses aventures tragi-comiques accompagnées d’un trio d’esprits gardiens que nous allons vivre.

 

Contrainte de suivre sa mère sur l’île où cette dernière a grandi, Momo quitte Tokyo à contrecœur  pour emménager dans la maison familiale sur l’île de Shio près des grands- parents. Ce déménagement n'enchante guère la fillette, tourmentée par une missive inachevée laissée par son père avant de disparaître en mer. Momo s’adapte mal à cette nouvelle vie et sa tête est ailleurs à cause de la lettre : Que voulait-il lui dire ? D’un naturel timide et réservée, Momo est également triste ce qui ne facilite pas son intégration sur l’île, malgré la bonne volonté des enfants du coin.

 

 Tout change au moment où dans le grenier, la grand-mère de Momo lui montre un livre ancien d'où s'échappent bientôt trois «Yokai» (esprits en japonais), nées de trois gouttes de pluie. Ce sont des petits monstres étranges, mi-hommes, mi animaux. Car pour parler du deuil, Okiura  a choisi le fantastique. Il ne pouvait pas ne pas faire apparaitre ces figures surnaturelles, omniprésentes dans les religions extrême-orientales et dans la culture animiste du Japon.


La construction minutieuse de Lettre à Momo force le respect. Il y a cette lettre, message inachevé du père à sa fille. Elle est la dernière chose qu’il ait écrite avant son accident  et malheureusement après une dispute avec Momo. À la fois romanesque  et pathétique, cette lettre est le clou du film, permettant une progression lente et tranquille sur le chemin de l’acceptation de soi par la fillette. Il est à noter que  la disparition d’un parent proche est souvent évoquée dans le cinéma d’animation japonais. Mais tisser des liens, en renouer, réparer, ce sont les sujets de cette fable ainsi que l’opposition tradition vs modernité, fille de la ville vs gens de la campagne, incursions du fantastique. La culpabilité est présente dans ce parcours psychologique de Momo qui se sent responsable de la mort de son père. Il y a aussi le deuil  qui la pousse à chercher à dépasser cette disparition à travers cette lettre inachevée adressée au défunt et qu'elle n'arrive pas à écrire.  Et là intervient  le fantastique et les trois esprits.

 

Ces yokai n'ont rien d’apaisants de prime abord. Effrayants, ils sont en fait terriblement humains et drôles, païens, sans-gêne, voleurs et gloutons. Ils imitent les travers des humains. Ces êtres surnaturels, que seuls les jeunes enfants peuvent voir, sont de véritables pitres, maladroits et menteurs. Mais ils sont  attachants car  ils soutiennent Momo dans son difficile travail de deuil. D'abord effrayée par eux, ils lui deviennent attachants en l'aidant à braver les tempêtes, au sens propre comme au sens figuré et pour preuve, la belle scène d'orage où, comme souvent dans le cinéma japonais, l'eau devient une épreuve qui régénère. Ces créatures étranges vont l’aider à répondre à la question qui la tourmente et lui permettre d’apprivoiser sa peur, cette peur qu’il lui faudra surmonter pour s’intégrer au groupe d’enfants de l’île. Et pour finalement faire le deuil de son père. Le pur réalisme du quotidien de Momo côtoie les apparitions de ces yokai qui sont ici utilisés comme des figures comiques plutôt que comme des créatures fantastiques.

Lettre à Momo est un beau film, drôle et touchant. Le réalisateur va lentement, regarde son décor paisible, se penche sur son héroïne sans pathos. Il met l’accent sur la psychologie de la fillette mais aussi sur les paysages sublimes de la mer intérieure de Seto et nous offre des moments de sourire grâce à la présence des yokai.
Le film nous donne une vision détaillée et très réaliste du quotidien nippon, des plaisirs qui jalonnent les journées d'enfants en vacances. Avec une minutie, il capte les gestes, les visages, les gênes et les angoisses de l'enfance. Il réussit à recréer la sensualité naturelle des mouvements d'une femme. Quant aux plaisanteries des yokai, leur côté  fantastique se fond avec humour dans le propos réaliste.  Son scénario «joue en permanence entre le fantastique tendre et la drôlerie ; tout en mélancolie, il laisse  place à l'humour, et apporte beaucoup de chaleur aux personnages très attachants peuplant ce joli conte». Il approche le mélodrame et touche à la profondeur des sentiments. Il maîtrise sa direction artistique et ses personnages et réussit à transmettre les émotions humaines tout en apportant un grand soin à son univers visuel, ses dialogues et ses enchaînements.

Okiura est connu pour sa «méticulosité stylistique légendaire», en d’autres termes, «faire en sorte que le festin visuel naturaliste soit au diapason». Son Lettre à Momo est le signe d’un cinéaste qui sait qu’il n’a pas besoin d’artifices pour toucher au but. C’est une œuvre maîtrisée mêlant les genres et les émotions pour nous enchanter. Un long métrage attachant, simple, émouvant  et lumineux dans la pure «tradition artisanale» dont il se réclame. C’est un véritable petit trésor et une nouvelle belle réussite de l'animation japonaise tous public.


Toutefois et s’il faut y trouver un défaut, ce serait le rythme un peu long surtout au milieu du film qui nous laisse l’impression d’un remplissage que le réalisateur  aurait pu aisément éviter car sans nul besoin.

 

Par Ilhem Abdelkèfi — Responsable du ciné-club et critique cinématographique pour cinematunisien.com

 

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