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Mokhtar Ladjimi : «L’électrochoc culturel n’a pas eu lieu» Version imprimable Suggérer par mail

Entretien conduit par Salem TRABELSI — 06-07-2015

Le cinéaste Mokhtar L adjimi vient d’achever son dernier film Ksar Eddahcha  (Dictashot).


A cette occasion, l’auteur de Bab El Arch et des Cafés d’orient nous a accordé cet  entretien.

Tout d’abord, commençons par ce qui fait le buzz ces derniers jours : la production télévisée pendant Ramadan… quel est votre regard de cinéaste ?

Cette année et à titre exceptionnel il n’y a pas mal de productions et je trouve que c’est un signe positif. Cela dit, dans tout ce foisonnement de matière ramadanesque, il y a des programmes intéressants et il y a ce qu’on appelle «la télévision poubelle».

 

Je ne parle pas des feuilletons mais des autres émissions comme certaines sitcoms et les jeux que je trouve d’un goût très moyen et qui ne font même pas rire. Ce sont des programmes peu constructifs et qui n’apportent rien… Il y a bien sûr le côté «copié collé» des émissions étrangères. Cette absence de créativité est très gênante. Côté feuilletons, je ne dirais pas que c’est sensationnel mais c’est un moindre mal par rapport aux années précédentes. El Hiwar Tounsi, Watanya I et la 9e tirent leur épingle du jeu.

Pour un cinéaste, ne pensez-vous pas que les sujets des films qui sortiront bientôt sur les écrans cinéma seront  grillés par les feuilletons ramadanesques ?

Oui, c’est très possible et je sais que ce problème se pose pour beaucoup de cinéastes. Il ne faut pas oublier qu’en Tunisie un film prend entre 2 et 3 ans pour voir le jour alors que les feuilletons c’est tous les ans. Avec le bouche à oreille, les sujets des films circulent et il y a des «pickpockets» qui vont exploiter telle ou telle histoire dans un feuilleton. L’autre problème qui se pose, c’est celui des acteurs qui se trouvent rapidement formatés par la télévision et des fois on a du mal à en tirer quelque chose pour le cinéma. Personnellement, je ne suis pas consommateur de fictions télévisées, mais je constate que ces dernières années, avec les feuilletons ramadanesques, la télévision a monopolisé l’attention et les esprits.

Vous ne pensez pas qu’un jour les feuilletons épuiseront les sujets tabous ?

Certainement et c’est là où on va avoir besoin de vrais talents. Cela dit, ces feuilletons qui travaillent sur les sujets tabous et les non-dits soi-disant (car les vrais sujets tabous sont traités plutôt par le cinéma) contiennent de plus en plus de scènes de violence. Je trouve aussi qu’il y a une vraie surcharge. Regardez par exemple les feuilletons religieux, c’est un vrai bourrage de crâne et un vrai fourre-tout narratif. C’est une démarche qui est, à mon sens, peu constructive. Par contre dans certains feuilletons de Chawki Mejri par exemple, il y a l’art, la manière, la touche artistique et une vocation historique  plus intéressante.

Et les acteurs des feuilletons ramadanesques ?

Ce qui me gêne dans tout cela c’est qu’on retrouve les mêmes acteurs en zappant  d’une chaîne à l’autre. Je ne suis pas tout à fait contre car il ne faut pas oublier que le marché n’est pas énorme en Tunisie et qu’ils doivent bien travailler. Mais le problème c’est que certains comédiens qu’on retrouve dans plusieurs feuilletons ne font même pas l’effort de sortir du même jeu et de recomposer un autre personnage. Il y a même des acteurs qui gardent le même look et le même costume, c’est hilarant. Voir les mêmes acteurs sur quatre ou cinq chaînes finit par être agaçant et contre-productif.

Est-ce une question de moyens ?

Non, mais de temps ! Il y a une révolution technologique et avec  les nouvelles caméras on peut faire d’excellentes séries de télévision, du «haut de gamme» et rentable sans que ça soit particulièrement coûteux. Mais si on veut faire du haut de gamme il faut se préparer une année à l’avance et ne pas s’y prendre à la dernière minute. Le côté «à la va-vite» se voit à l’écran, qu’on le veuille ou pas. Travailler de cette manière ne peut pas donner une qualité exceptionnelle et la forme artistique finit par en souffrir. La télévision est en train de passer à côté de choses très importantes en travaillant de la sorte et ça se terminera un jour ou l’autre en queue de poisson…

Quelles sont ces choses importantes pour une télévision ?

C’est important d’avoir un bon audimat, mais il ne faut pas tomber dans l’hystérie de l’audimat. Dans cette hémorragie d’émissions, en majorité nulles, il y a un manque terrible d’émissions culturelles comme les documentaires ou les documentaires-fiction et de création. Les jeunes ont aujourd’hui en face d’eux des télévisons avec des émissions creuses ou des productions étrangères. C’est pour cela que nos jeunes n’ont plus de repères culturels à cause des chaînes de télévision qui ne font plus leur devoir  en tant que point de repère identitaire. Aujourd’hui la bête noire c’est le terrorisme. Mais ce phénomène, on ne peut le vaincre que par la culture. Le ministère de la Culture doit donner le maximum de chances  aux films culturels et de patrimoine pour que la nouvelle génération ne soit pas bâtarde.
D’autre part, il y a trop d’argent investi dans  le divertissement stérile  et le football. On a créé une nouvelle culture : celle des cafés où on suit les matchs de foot toute la journée. Ceci fera de notre future génération des zombies incontrôlables.

Où en sont les choses avec votre film  Dictashot  (Ksar Eddahcha) ?

On a raté de peu «Un certain regard» à Cannes. Le sous-titrage anglais était bouclé début mai. Mais que ce soit Cannes ou Berlin, ce n’est pas la  qualité du film qui importe car c’est devenu un vrai lobbiying de distributeurs qui veulent imposer telle ou telle cinématographie. Les enjeux de distribution dépassent les enjeux de production et de création. La preuve : la sélection de cette année au festival de Cannes était médiocre. D’un autre côté, on a un certain nombre de producteurs et de cinéastes tunisiens qui se tirent dans les pattes par jalousie ou par jeux de positionnement. Il y a plein de petites guerres intestines. Ceux qui ont pignon sur rue auprès des grands festivals continuent à magouiller et doivent être dénoncés en public. Cela empêche notre cinéma de voyager comme il faut et de conquérir d’autres espaces pour le bien de notre pays.

Pourquoi votre film a-t-il pris un tel retard ?

Malgré l’effort de mes coproducteurs (A. Ben Mlouka et R. Turki), le film a pris du retard et le financement était limité. Les privés (hommes d’affaires) et les banques ne font aucun effort pour la culture et particulièrement les banques d’Etat. On est toujours dans le cas de figure de pays sous-développé et le système de relation avec la banque n’a pas évolué d’un poil. C’est pour cela que  le mot industrie culturelle est resté vague et en dessous de la vague.
L’électrochoc cinématographique et culturel n’a pas eu lieu. Il faut lancer un cri d’alarme, la réforme du métier est toujours en veilleuse et les artistes et producteurs de spectacles sont encore traités comme des «guignols» et leurs initiatives hors ministère de tutelle sont rarement soutenues par le privé est le secteur bancaire.
La solution d’avenir à mes yeux et de coproduire maghrébin et repenser un vrai partenariat est un réel marché avec l’Algérie et le Maroc. Quant à mon film Ksar Eddahcha, il est prêt depuis deux mois et sortira en octobre ou novembre 2015.

 

Entretien conduit par Salem TRABELSI
Ajouté le : 06-07-2015

Source : http://www.lapresse.tn/

 

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