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«LOLA» de Brillante Ma. Mendoza au ciné-club d’El Bachia Version imprimable Suggérer par mail

 Par Ilhem Abdelkèfi - Responsable du ciné-club et critique cinématographique pour cinematunisien.com

«LOLA» de Brillante Ma. Mendoza au ciné-club de l’Association des Anciennes Elèves du Lycée de la Rue du Pacha.


Le ciné-club d’El Bachia, pour sa séance du mois de février 2015, projette le film Philippin «Lola» de Brillante Ma. Mendoza.

 

Le vendredi 13 février 2015 à 15h, à son local El Bachia,

 

29, rue El Koutbia (rue des Libraires près de la Mosquée Ez-Zitouna) à la médina de Tunis.

Comme à l’accoutumée, un débat suivra la projection.

 

Fiche technique

Titre : Lola

 

Réalisation : Brillante Mendoza
Scénario : Linda Casimiro
Pays d'origine : Philippines
Genre : Drame
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 2009 à la Mostra de Venise

Distribution :

 

Anita Linda : Lola Sepa
Rustica Carpio : Lola Carpin
Tanya Gomez : Ditas
Jhong Hilario : Bebong
Ketchup Eusebio : Mateo
Camille Solari : Lola

 

 

Critique : Lola ou le chemin de croix de deux grands-mères courage

 

Le cinéma philippin a connu un certain déclin depuis l’âge d’or des années 80 mais nous assistons actuellement à une pleine évolution, favorisant l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes cinéastes en marge du cinéma commercial. Faisant partie de la nouvelle vague de ce cinéma philippin, qui compte parmi ses plus brillants exemples Loy Arcenas, Eduardo Royir, Raya Martin ou Milo Sogueco, Brillante Ma. Mendoza, réalisateur de Lola, est parmi les plus prolifiques et les plus passionnants apparus ces dernières années. En une dizaine de longs métrages, Brillante Mendoza a bâti une œuvre visuellement puissante, aux récits aussi obsédants qu'émouvants. La famille est au cœur de la plupart de ses films, les portraits crus de la société philippine, et notamment de la vie à Manille, ainsi que l’importance de l’argent et sa circulation qui devient l’enjeu comme dans Lola. Ce film, objet de notre papier, tourné dans un quartier de Manille inondé toute l'année, est un film sur la circulation de l’argent, mais aussi sur la survie, problème de 90% de la population aux Philippines. Entre fiction et documentaire, Brillante Mendoza  déploie un art magnifique pour peindre deux grands-mères (‘Lola’ voulant dire grand-mère en langue philippine) dans l’adversité, usées par le poids du temps  et la vie, qui se rencontrent  car un évènement les lie, et vont tout faire pour venir au secours de leurs petits-fils respectifs. Tout en tentant de rester digne dans cette adversité, sans misérabilisme ni angélisme, les deux lolas sont montrées aussi dans leurs travers, avec leurs combines plus ou moins honnêtes pour parvenir à leurs fins, légitimes. Brillante Mendoza, nous donne à  voir avec cette chronique sociale, un film humain, bouleversant et moralement retentissant.


A Manille, Lola Sepa, grand-mère de 84 ans - frêle silhouette courbée sous un parapluie déchiré par la pluie battante- allume une bougie sur les lieux où vient d'être assassiné un de ses petits-fils d'un coup de couteau, fait la quête pour payer l'enterrement de son petit-fils et trouve encore la force de porter plainte au commissariat pour l'assassinat de celui-ci. Lola Puring 79 ans, surgit elle, au détour d'un commissariat, entreprend tout ce qui est en son pouvoir pour faire sortir de prison son petit-fils, l'auteur présumé du vol avec homicide du petit fils de la première et réunir une somme conséquente pour convaincre Lola Sepa d'abandonner les poursuites. Mendoza rend compte ici des difficultés que rencontrent chacune des deux grands-mères dans la poursuite de leur but : les obstacles concrets qui viennent mettre en évidence le fonctionnement de la justice aux Philippines - dépôt de plainte, caution, arrangement à l’amiable- mais aussi le cheminement individuel de chacune - tractations et échanges officieux qui gangrènent la société philippine et où le marchandage s’avère être un moyen: il offre la possibilité de tout  négocier et aussi de commercer un possible abandon des poursuites contre un criminel.

 

La confrontation de deux grand-mères justifiée par le rôle primordial qu'occupent les femmes dans la société philippine. Les deux lolas s'activent en permanence bravant le vent, battant la ville et la campagne pour le salut de leurs familles respectives. Pas le temps de réfléchir : Sepa va de quartier en quartier pour acheter un cercueil, recueillir l'argent que lui doit le patron de son petit-fils. Puring, elle, travaille, doit s'occuper d'un enfant handicapé, porte une télé pour la mettre en gage, apporte à manger à son petit-fils en prison. Ces deux lolas sont déterminées et malgré l'arthrose, vont de l’avant avec quelque chose d'héroïque. Mendoza magnifie leur histoire nous donnant à voir un résultat débordant de vie et d’humanité. Ainsi, les deux courages sont mis en parallèle avec cette focalisation alternée sur leur parcours montrant que tout est question de survie et pour exemple, la très belle scène du restaurant où les deux lolas se retrouveront autour d'une table pour un accord à l'amiable. La nourriture est la condition première de la survie et envoyant au diable les morts, la vengeance, ou la rétribution, elles discutent de leur arthrite et de leurs maris décédés.


Mendoza fait de ces deux femmes des combattantes du quotidien, en mettant le troisième âge à l’honneur et en opposant les deux personnages, il montrera que malgré leur courage, l’une se laissera aller vers l’assistanat et la mendicité, tandis que l’autre poursuivra l’ascension vers un but moins noble, sortir son petit-fils criminel de prison. Mais il ne juge pas ses personnages. Il pose une question : si la possibilité de sauver nos proches de la pauvreté s'offrait à nous, resterions-nous les bras croisés ? Les deux lolas ne cherchent pas la justice mais comment trouver l’argent pour enterrer le petit-fils mort et libérer l’autre de prison. Elles sont fragiles, pauvres mais déterminées et en cela, révèlent chacune à leur façon une profonde immoralité.

 

Lola  plonge dans la violence de la société philippine même si nous ne voyons pas le sang versé. Quand le film débute, le crime a déjà eu lieu. On ne saura jamais véritablement la nature exacte ni les circonstances de cet homicide. C’est un constat glaçant sur la société philippine où l’argent peut tout acheter  et la vérité des personnages parait  d’autant plus poignante qu’ils sont sublimés par une mise en scène qui réinvente le néoréalisme.
Le film est  beau  quand il suit  le quotidien de ces deux lolas. Deux femmes incarnant  la résistance du peuple philippin. Le réalisateur  les filme seules, combatives et perdues dans Manille sous des pluies diluviennes et un vent de typhon tropical et cela impressionne avec  ce mélange de fiction, de morceaux  de documentaire et d’images réelles prise sur le vif. Mendoza nous donne à voir la société et les êtres qui font les Philippines qu’il aime et filme avec amour. Il dépeint  l’extrême précarité  de la grande majorité de ce peuple, de ces petites gens  que tout accable mais qui  déploie  une inlassable énergie pour résister aux maux dont il est victime. Le film émeut car il dépeint une humanité misérable mais fière.


Mendoza reste au plus près de ses personnages et trouve en ses comédiennes deux interprètes extraordinaires qui sont des professionnelles. L’une est actrice depuis les années 50. L’autre est une brillante professeure de littérature qui a étudié à New York et joue la comédie depuis les années 70. Il maitrise l'art de faire fusionner la réalité documentaire et la fiction narrative. Il nous montre sans fard les ravages du temps qui passe sans manichéisme ni pitié douteuse, au sein de cette extrême pauvreté. Pas de place pour la tristesse car ce serait regarder en arrière, ce serait regretter. Mendoza s'y refuse. Il mise sur la force et le présent. La mise en scène est fluide, et  presque en temps réel. Elle  immerge le spectateur dans une réalité où les personnages affrontent une précarité ordinaire avec dignité. Un film bouleversant d’humanité. Du cinéma direct et dépouillé qui touche droit au cœur et qui se concentre sur l’humain, et la façon dont il va affronter des obstacles du quotidien. La vie au milieu du chaos. Un film juste et sensible, impressionnant de dignité. Mendoza, ou un premier pas vers le troisième âge, celui de la sagesse.

 

Par Ilhem Abdelkèfi - Responsable du ciné-club et critique cinématographique pour cinematunisien.com

 

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