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Sawssen Maalej : J’ai envie de passer derrière la caméra… Version imprimable Suggérer par mail

 Propos recueillis par N. Azouz in www.jetsetmagazine.net

Interviews | Publié le 28.08.2013

 

JS : Nous nous sommes rencontrés il y a 10 ans après le feuilleton Hsabat ou 3kabet, au moment où vous deviez commencer une nouvelle expérience au théâtre. Puis on vous a vu comme chroniqueuse, comédienne… vous êtes une artiste polyvalente mais est ce que vous avez un domaine de prédilection ?

S.M : c’est vrai j’ai fait de la télé, du cinéma, de la radio, j’ai touché à tout avant de pouvoir faire mon choix, maintenant je me considère plus comme actrice de cinéma.

JS : Vous êtes une des rares artistes qui a su jongler entre différents rôles sans vous cantonner dans une image précise. Est-ce voulue ?

S.M : oui j’essaie toujours de varier les genres et les personnages, car pour moi un comédien qui joue toujours le même rôle n’est pas réellement un comédien et je fais bien la distinction entre acteur et comédien.
Le métier d’acteur ne m’intéresse pas vraiment c’est plutôt celui du comédien qui me correspond car ce dernier est appelé à avoir une palette, à varier, à avoir un point de vue certes mais aussi à servir tous les personnages quelque soit leurs histoires.

 


JS : Vous êtes plus attirée vers la comédie ou les rôles dramatiques ?

SM : En fait j’ai penché vers la comédie à un moment ou on commençait à s’installer dans un climat de répression. C’était la fin du règne de Ben Ali et ce n’était plus possible de se faufiler entre les mailles du filet.
Le genre comique me permettait de toucher à des sujets, à parler et à exprimer des choses qui étaient difficiles à faire passer avec le genre dramatique ou journalistique. C’était pour moi un moyen détourné pour dire et parler de choses qui me tenaient à cœur.

JS: c'est vous qui choisissiez vos sujets et vos textes ou est ce le travail d'une équipe ?

 SM : c’était plutôt le travail d’une équipe de rédaction et à sa tête le rédacteur Nizar Marzouk  qui lui préparait «l’ours» et faisait le travail journalistique concernant l’invité. Moi je corrigeais derrière, j’y mettais mes vannes et préparait le tout à ma sauce.

JS : c’est vous qui avez créé vos personnages ?

SM : on avait commencé avec 3 personnages, les 3 facettes de la femme dans notre société, puis quand ça a commencé à marcher on a pu introduire de nouveaux personnages selon l’invité.
Comme Nessma a un public assez varié, cela m’a permis de faire des recherches afin de toucher le plus de spectateurs possible.

JS : il y a eu d’ailleurs une forte polémique concernant un sketch que l’on a qualifié de osé. Racontez nous brièvement cette mésaventure.

SM : En fait je n’avais pas fait exprès ce jour là, j’ai juste oublié un mot qui a changé tout le sens du texte. J’avais pris une vieille poésie faite sur Bourguiba et j’ai juste changé le nom de ce dernier par Faouaz sauf que j’ai fait la gaffe de ne pas prononcer ce fameux mot qui par la suite a provoqué tout ce brouhaha.

JS : pourquoi l’aventure Nessma s’est arrêté pour vous ?

SM : le lancement de l’émission s’était très bien passé en mai 2009, on a été très bien accueilli et on a eu d’excellents résultats au mois de Ramadan, et bien sur quand arrive la réussite arrivent aussi les problèmes derrière, la censure… et petit à petit ça a commencé à tourner au vinaigre, sachant que j’ai quand même essayé d’aller pus loin dans ce que je voulais exprimer, au niveau des sujets et des textes. 
C’était aussi une expérience éprouvante pour moi, car il fallait pondre des sujets tous les jours, les développer, les rédiger, travailler le personnage et surtout réussir à garder un certain niveau.
Je devais fournir de la matière tous les jours, en faisant attention aux sujets délicats qui pouvaient heurter la  susceptibilité de quelques personnes, et cela était un exercice que j’avais du mal à accepter.
En plus sur le plan personnel, je suis devenue maman de deux filles qui commençaient à grandir et à demander plus d’attention, ce qui m’a aussi encouragé à prendre un temps de réflexion concernant ma carrière.
Je n’avais jamais arrêté de travailler auparavant et j’avais vraiment besoin de ce break, j’ai attendu la fin du contrat avec Nessma, j’ai terminé le tournage de NSIBTI LA3ZIZA et je me suis retirée dans le but de prendre du recul.
Et puis avec tout ce qui se passait dans le pays, les campagnes de dénigrement et de lynchage devenaient de plus en plus nombreuses et réelles, mais derrière je n’ai pas vu une réelle cohésion de groupe, ou de solidarité.
Au départ pour le lancement et pendant le démarrage d’un projet, tout le monde est soudé, par la suite quand arrive le succès, tout s’éparpille. C’est un problème que l’on rencontre souvent en Tunisie. Les problèmes ont commencé à s’installer au sein même de l’équipe et de la chaine, ont suivi les évènements du 14 janvier et c’est là que j’ai décidé d’arrêter pendant un moment.

 JS : Vous avez arrêté pendant combien de temps ?

SM : Presque une année, ne comptons pas l’année 2011 qu’on peut considérer comme sabbatique pour la scène culturelle tunisienne. On n’a fait que des manifs, des pétitions, des marches… 
D’ailleurs à l’époque, j’ai ramé pour pouvoir monter une action, réunir les artistes, les intellectuelles sous un projet qui pourrait raisonner, mais malheureusement je me suis confrontée aux limites du pays, de l’intellectuel tunisien qui vivait sous la dictature de Ben  Ali, la précarité du corps de métier, et je me suis rendue compte que je menais seule ma bataille.
Il est vrai qu’il y avait des bloggeurs, des avocats, des gens de l’opposition, mais des indépendants et des artistes, je n’en ai pas vu. Et c’est là que je me suis rendue compte qu’on ne peut pas mener une bataille tout seul.

JS : Comment était la reprise ?

SM : Je pense que toute la scène culturelle en a pris un coup, ça n’a pas été une réelle révolution culturelle, il n’y avait pas de leader, les intellectuels ont été pris d’assaut par la rue, par les chômeurs, les jeunes, et tout le monde a été dépassé par la situation. C’est d’ailleurs après quelques mois de la révolution qu’on commencé à revoir les artistes et les intellectuelles sur les écrans.

JS : Il y a quand même eu des réunions entre intellectuels afin de régler la situation des artistes en tunisie ?

SM : Pour moi, il était trop tard. Si on n’a pas pu résister à la dictature, on ne peut pas prétendre pouvoir changer les choses en 6 mois. J’avais compris qu’on était très loin de la réalité. Les artistes étaient totalement mis à l’écart, d’ailleurs c’est pour cela qu’il a fallu 3 ans pour reprendre une activité culturelle «normale».

JS : Qu’est ce que vous pensez de la nouvelle scène artistique tunisienne, avec tous ses nouveaux talents, entre rappeurs, chanteurs, acteurs… ?

SM : La plupart des artistes qui ont émergé pendant l’année 2011 vivaient tous ou presque à l’étranger, tel que Bendirman, Si lemhaf, Amal Mathlouthi… les seuls qui arrivaient encore à proposer quelque chose, c’était les jeunes. Les moins jeunes se sont retrouvés avec un cumul et beaucoup de travail à fournir afin de faire la paix avec cette période difficile, mais aussi pour digérer ce qui s’est passé.
Le mouvement populaire qu’il y a eu entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011 a été essentiellement mené par les jeunes et les villes intérieurs, ce qui fait que les artistes se sont retrouvés totalement à l’écart.

JS : Vous pensez que les moins jeunes étaient hors-sujet ?

SM : Il y a de ça, mais il y a aussi un vide qui s’est créé car il n’ya avait plus de création, j’avais l’impression que tout le monde avait démissionné en attendant ce qui allait se passer, du coup c’est normal qu’ils n’arrivent plus à suivre le mouvement à partir du moment où ils ne sont plus dedans.
En tant qu’artiste, il faut aller dans la rue, se faire une  idée, une opinion, un point de vue, mais tout ça n’a pas eu lieu car l’éponge a été jetée trop vite.

JS : Vous écrivez les textes de vos happenings. Est-ce que vous écrivez ou participez aussi à l’écriture de scénario de film ou autre ?

SM : J’ai fait des ateliers, j’ai des projets de scénario qui sont en cours mais vous savez l’écriture est un exercice qui nécessite une prise en charge totale, mentale et physique et puis avec ce qu’on a vécu ces dernières années, il faut un minimum de temps de recul.
Il est vrai que mon expérience dans l’écriture se limitait à 10 min de happening, ce qui est différent d’un scénario avec un synopsis, une histoire… à l’époque on était tous absorbés  par la scène politique et tout ce qui nous arrivait, du coup j’ai voulu attendre encore un peu, temporiser jusqu’à ce que je reprenne ma place.

JS : comment était le retour au travail ?

SM : J’ai repris le cinéma, car à l’époque j’avais décidé d’arrêter la télé pour un moment, vu que je faisais une quotidienne pendant un an et demi, je voulais laisser le public respirer.
Et je me suis retrouvée sur des projets d’amis, comme Brahim Letaief «Hez Ya Wez», Mohamed Dammak «Jeudi Après Midi», et Tarak Khalladi et Sawsen Saya «9 avril» qui a été primé lors des dernières JCC , chose que j’ai adoré faire.
J’ai continué à défendre ce que j’ai toujours défendu, je continue mon petit bout de chemin, après on ne peut plaire à tout le monde.

JS : Choisissez-vous vos rôles, et participez-vous à l’écriture de ces derniers ?

SM : Je participe essentiellement à l’écriture des textes, chose qui n’était pas évidente à l’époque ou les scénarios étaient fermés, ou on ne pouvait pas toucher à une virgule. 
Je crois que j’appartiens à une génération qui a bataillé pour faire changer ce schéma classique. Les mentalités ont beaucoup changé, la scène culturelle commence à prendre conscience des limites du modèle dans lequel on était.
On a arrêté d’avoir cette vision primitive ce qui a engendré une autre dynamique de travail, d’échange, des réflexions…
Pour répondre à la question, oui il m’est arrivé de refuser des rôles qui ne me convenaient pas.
C’est l’univers tout entier du réalisateur ou du scénariste qui me séduit, après ce sont l’histoire et les idées véhiculées, si je trouve que ça me ressemble et que je peux apporter un plus, si l’histoire colle plus ou moins avec la comédienne que je suis, et ma vision de ce que je fais, là je fonce.
J’ai du évidemment mettre de l’eau dans mon vin ces dernières années, car on est encore dans une période de construction, on doit toujours batailler et défendre nos idées. Il y a comme un remise en question totale, mais je me prête à ce jeu là, j’essaie de me renouveler même au niveau de mon état d’esprit et de mon approche par rapport à ce que je fais et aux sujets traités grâce à cette liberté d’expression qu’on a décroché.
Je suis quelqu’un qui se remet en question tout le temps, je ne veux pas me retrouver dans un moule fermé, basculer dans le rôle du comédien à un seul personnage, mais tout en prenant en considération tous les aléas de ce métier qui est encore précaire et qui n’a malheureusement pas de structuration.

JS : Parlez nous de l’année 2013. Comment se déroule-t-elle professionnellement parlant ?

SM : après avoir temporisé et vu la redistribution des cartes arrivent les projets de 2013 avec la télé, que j’avais désertée quelque temps. Il est bien entendu que les idées et les projets devaient avant tout préserver mon intégrité, mon indépendance et mon droit de regard en tant que comédienne et artiste.
Concernant les fictions ou « soap », j’avais arrêté car j’avais fait de rôles qui ont été très bien accueillis, j’avais avancé dans un certain genre que j’estime avoir bien servi, par la suite je me suis consacrée à un autre style qui était le genre comique, du coup plus on avance plus c’est difficile de maintenir le cap. Et je ne voulais pas revenir avec un travail qui ne serait pas à la hauteur.
Au début je ne pensais pas reprendre la télé avant la proposition de Mourad Bechikh, et je dois avouer que c’était une proposition qui ne se refusait pas, d’abord parce que Mourad est un ami qui de surcroit est un cinéaste reconnu. L’idée générale du scénario m’avait plu même s’il y avait quelques lacunes. Et puis le casting a joué un rôle important puisqu’il y avait des monstres sacrés de la fiction tunisienne comme Fethi El Haddaoui, Wajiha El Jandoubi, Hichem Rostom… par la suite ma réponse positive est venue naturellement, car je me sentais en famille et avec des professionnels du métier.

JS : Vous avez trouvé vos marques assez vite ?

SM : En fait ma seule angoisse était que je me sente blasée, je me dis toujours que si j’atteins ce stade j’arrête le métier. Mais une fois dans le bain j’ai tout de suite retrouvé la flemme et j’avoue qu’on était dans une dynamique que je n’ai jamais ressenti à la télé, c’est ce qui m’a encouragée et boostée. Le casting était bon, l’équipe technique aussi et surtout les moyens étaient là. Je me suis vite retrouvée comme un poisson dans l’eau.

JS : Parlez nous de Happy Ness.

SM : J’avais vu le long métrage de Majdi Semiri «Fausse Note» que j’ai aimé, j’ai trouvé ça audacieux et courageux de sa part vu son âge, même si lui n’a pas très bien vécu l’expérience suite à des critiques difficiles à encaisser.
Et petit à petit une amitié et une complicité s’est installée entre nous, je l’ai encouragé à aller de l’avant et par la suite est venue l’idée de Happy Ness. Majdi contacte Lotfi El Abdelli qui est aussi un ami et un collègue de longue date, il lui propose un brouillon de projet, Lotfi a proposé l’idée du couple et m’a proposé à son tour, c’est venu naturellement…

JS : comment vous travaillez sur ce genre de projet ?

SM : sur ce genre de projet, l’apport du comédien est indispensable, si le comédien ne s’amuse pas, le spectateur non plus n’aimera pas, d’ailleurs c’est pour cela qu’on travaille beaucoup avec des ateliers d’écriture en binôme avec les comédiens.  Et puis vous connaissez tous Lotfi pour pouvoir imaginer l’ambiance du travail, ça rigole tout le temps, c’est des vannes à ne plus en finir… parfois on se lance même des défis «cap ou pas cap» pour dire telle ou telle chose...
La sauce a vite pris avec une équipe jeune, fraiche et pleine d’ambitions et d’enthousiasme, et je pense que c’est cet environnement là que le spectateur a ressenti à l’écran.

JS : que pensez-vous du fait de passer dans deux feuilletons en même temps avec des rôles aussi différents l’un de l’autre ?

SM : pour vous dire la vérité, je n’aurais pas aimé que ça passe en même temps, mais malheureusement, on n’a pas de droit de regard sur les diffuseurs et sur les grilles. 
On pourra le faire le jour ou on aura installé un vrai star system, une machine bien huilée de production avec une législation et un professionnalisme à la hauteur de cet art. 
En Tunisie on a adopté le modèle financier égyptien et syrien qui nous a sorti du style vieillot dans le quel était confiné le cinéma et la télé, sauf que sur le plan artistique on est encore à la traine, on manque de scénaristes, d’idées, de comédiens, de réalisateurs…
  

 

JS : Avez-vous eu des propositions pour travailler à l’étranger, en Egypte par exemple ? Est-ce une idée qui vous attire ?

SM : J’ai beaucoup de respect pour ce qui se fait en Egypte ou en Syrie mais j’ai toujours eu une sorte de blocage. Pour moi jouer l’égyptienne ou la syrienne ne me permettrait pas d’exprimer ce qui me tient à cœur. Il est évident que si j’avais eu une proposition de Chahine ou d’un autre grand réalisateur je n’aurais pas hésité. J’ai été approchée par Khairi Bichara réalisateur et ancien monteur de Ahmed Zaki et de Faten Hamama qui m’a proposé un rôle, j’ai commencé à étudier l’idée mais ça n’a pas encore abouti.
C’est une expérience et un exercice enrichissant mais j’ai aussi pas mal de projets et de propositions ici en Tunisie ou je me sens très bien.

JS : La plupart des tunisiens regardent la télé tunisienne uniquement pendant le mois de Ramadan, pourquoi à votre avis ?

SM : Parce qu’on ne lui propose rien en dehors du mois de ramadan. La demande existe c’est l’offre qui fait défaut.
Il suffit de faire son travail, de créer et de changer les reflexes archaïques de la télé publique.

JS : Quels sont vos projets futurs ?

SM : Il y a des projets de cinéma mais là j’ai vraiment envie de changer de cap, j’ai envie de passer derrière la caméra, de voir les choses d’un regard nouveau tout en gardant la même dynamique.
Je ne suis pas une comédienne carriériste, je n’ai pas d’agent ni de plan de carrière bien établi, je garde toujours cet esprit amateur qui m’a emmenée vers ce que je fais. Je suis quelqu’un de passionné qui vit mal le fait d’être enfermé et je ne cours pas derrière les cachets, j’aime ce que je fais et ça me suffit largement.

JS : Quand allons-nous vous revoir sur nos écrans de cinéma ou télé ?

Pour la rentrée je vais plutôt me consacrer à l’écriture.

JS : Ça sera des projets de comédies ?

SM : J’ai toujours jonglé entre les deux et ça sera le cas pour l’écriture aussi.

JS : Si une de vos filles vous annonce qu’elle veut faire le même métier que vous, comment réagiriez-vous ?

SM : Si elle a un vrai talent ça me ferait plaisir, c’est toujours flatteur d’avoir un enfant passionné par quelque chose. Dans ce cas j’essaierai de l’encadrer et de lui donner les moyens pour bien mener sa quête, je ferai de mon mieux pour lui éviter quelques chemins détournés et lui faire profiter de mon expérience tout en lui laissant son indépendance pour qu’elle sache choisir et assumer derrière.
Il faut surtout insister sur la formation car c’est là la clé de la réussite.

Propos recueillis par N. Azouz

Source : http://www.jetsetmagazine.net

 

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