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Entretien avec Mahrez Karoui : «La cinéphilie m’a tout donné» Version imprimable Suggérer par mail

 L’entretien du lundi : Mahrez Karoui (directeur du Festival du cinéma russe en Tunisie)

«La cinéphilie m’a tout donné»

 

Propos recueillis par Samira DAMI - in La Presse de Tunisie du 23-04-2012.
 

Comme tous les amoureux du cinéma, il a fréquenté «les bancs des ciné-clubs» dès sa prime jeunesse. Atteint du «virus de la cinéphilie», hélas devenu rare de nos jours, Mahrez Karoui, nourri des chefs-d’œuvre du cinéma mondial d’Occident et d’Orient, est ce qu’on peut appeler «un agitateur cinéphilique».


 

Secrétaire général-adjoint de la Ftcc, puis secrétaire général et président de l’Atpcc, il a participé, il y a deux ans, au lancement et à l’ancrage du Festival du cinéma russe en Tunisie.

 

Cette manifestation, que ses protagonistes ont voulu décentralisée, s’est déroulée du 31 mars au 7 avril à Tunis et du 15 au 23 avril à Sousse, et se tiendra du 28 avril au 5 mai 2013 à Hammamet.
Mahrez Karoui nous parle, ici, de son parcours et évoque les enjeux, les objectifs et les perspectives du Festival du cinéma russe dont il est le directeur. Entretien.

Commençons d’abord par votre parcours, qu’est-ce qui vous a amené à la cinéphilie?

- Tout d’abord, durant ma jeunesse, j’étais membre du ciné-club de l’Ariana, qui était présidé par le regretté Mondher Gargouri, qui était également sous-directeur de la direction du cinéma au ministère de la Culture. Je lui dois tout ce que j’ai appris, c’est-à-dire l’amour du cinéma et notamment l’animation cinéphilique. J’ai participé aux «Week-ends techniques» et aux stages de la Fédération tunisienne des ciné-clubs (Ftcc) où j’ai découvert les chefs-d’œuvre du cinéma mondial occidentaux et arabes. J’ai également appris comment décortiquer et analyser un film, et comment en débattre avec d’autres cinéphiles.

 

Parmi nos formateurs, je cite : Taher Chikhaoui, Taher Ben Ghédifa et Hédi Khelil qui nous ont inculqué les outils fondamentaux de l’analyse filmique. La cinéphilie m’a tout donné : j’ai été successivement responsable du Centre de documentation cinématographique et de secrétaire général-adjoint de la Ftcc. J’ai, également, présenté des émissions culturelles à la radio régionale du Kef avant de rejoindre l’équipe rédactionnelle de la revue spécialisée 7e art, sous la direction de Mustapha Nagbou.

 

En 2000, j’ai adhéré à l’Atpcc (Association tunisienne de promotion de la critique cinématographique), où j’ai occupé le poste de secrétaire général jusqu’à 2004 et président du comité directeur de l’Atpcc de 2010 à 2011. J’ai collaboré en tant que critique de cinéma au journal El Qods El Arabi et au quotidien La Presse dans la page Cinéma. J’ai, également, participé à des jurys de la critique dans plusieurs festivals internationaux, dont Le Caire, Moscou et Torino.


En 2011, j’ai fondé avec des amis un magazine bimensuel d’actualité nationale et internationale intitulé El Kandil, dont nous préparons le lancement dans tout le pays après la parution de deux premiers numéros uniquement dans la capitale.

Vous avez participé, il y a deux ans, à la création du festival du cinéma russe en Tunisie. Quels sont les objectifs et enjeux de cette manifestation cinématographique et pourquoi le choix du cinéma russe ?

- En 2010, je n’ai pas vraiment pris part à l’organisation du festival qui était, en fait, une initiative du jeune réalisateur tuniso-russe, Skander Naâs, mais étant donné que j’ai eu la chance auparavant, en 2008, de participer, en tant que membre du jury, au festival international de Moscou, où j’ai découvert la richesse du nouveau cinéma russe, héritier du prestigieux cinéma soviétique, j’ai rejoint l’équipe du festival et nous avons décidé de créer l’Atec (Association tunisienne d’échanges culturels) en février 2011. Le but étant de montrer et de faire découvrir au grand public tunisien un cinéma et une culture à la fois si lointains et si proches, mais aussi de développer et de stimuler les échanges entre professionnels tunisiens et russes.
Maintenant, le choix du cinéma russe s’explique essentiellement par deux raisons : d’une part, parce que la majorité des cinéastes tunisiens ont été nourris, dans leur jeunesse, des chefs-d’œuvre du cinéma russe réalisés par ses grosses pointures, tels Eisenstein, Tarkovsky, Vertov, Podovkine.


D’autre part, parce que cela coïncide avec la volonté de mon ami Skander Naâs, président de l’Atec, et qui jouit d’une double culture tuniso-russe.

Le festival du cinéma russe en Tunisie a ciblé le public de la capitale, mais aussi de Sousse et d’Hammamet, pourquoi cette décentralisation?



- Dès le début, notre objectif était d’élargir le rayonnement du festival à d’autres villes du pays, et déjà, en 2010, le festival a englobé Sousse et Sfax.
Outre le programme destiné au public de la capitale, nous avons inclus deux autres villes en attendant d’en inclure au moins huit autres pour l’édition 2013, surtout que le public n’a pas souvent l’occasion de voir des films russes.

Mais nous avons remarqué que dans la capitale le public n’était pas toujours au rendez-vous pour suivre la manifestation, comment l’expliquez-vous ?



- Cette désaffection du public est due, à mes yeux, à deux raisons : d’abord le mauvais choix de la date du festival qui s’est déroulé du 31 mars au 7 avril 2012, soit juste après les vacances scolaires, d’où l’insuffisance de la promotion du festival auprès du public estudiantin, les portes de l’université étant fermées.
La deuxième raison est due à la multiplication, dans la même période, de manifestations cinématographiques, telles que Le cinéma de la paix, le Fifej et News of America, en plus de notre festival…


Ce qui dénote un manque considérable de coordination entre les organisateurs de ces festivals. Toutefois, et à notre grande surprise, le programme de la section «Rétrospective de Mosfilms» a drainé un public assez important.

Quels ont été les moments forts de cette manifestation?



- L’édition de 2012 se distingue par la présence d’une délégation importante de professionnels russes, entre réalisateurs, acteurs et producteurs-distributeurs, dont notamment le cinéaste Karen Chakhnazarov et le producteur-distributeur Yuri Obukhov, directeur-général de «Karo-films» qui ont marqué le cinéma russe.
Le premier étant un grand cinéaste, réalisateur, entre autres, de  L’Assassin du Tsar, et L’Empire disparu, deux films importants illustrant le nouveau cinéma russe et ses nouvelles tendances. Le deuxième est à la tête d’un grand groupe de production et de distribution qui produit une moyenne de 20 longs-métrages par an et possède 900 salles de cinéma sur un total de 2.500 écrans dans toute la Russie. Ils sont venus à Tunis pour de réels échanges, à preuve, un festival du cinéma tunisien en Russie est prévu durant l’automne 2012.
Lors de la rencontre du 8 avril entre les professionnels tunisiens et russes,  des accords de principe ont été évoqués dans le domaine de la coproduction, des tournages de films en Tunisie et notamment dans la distribution, puisque nos partenaires russes comptent créer des multiplex dans certaines villes tunisiennes et dont le principal promoteur sera le même Yuri Obukhov.
D’autre part, lors de la rencontre animée par le producteur de télévision et universitaire, Vladimir  Gabyshev, d’autres créneaux de coopération ont été évoqués concernant les films documentaires et la coopération entre les écoles de cinéma et les festivals tunisiens et russes, notamment le festival de Moscou et les Journées cinématographiques de Carthage (JCC). Les Russes comptent aussi mettre à la disposition de la Ftcc un lot de films entre courts et longs-métrages.
Au final, nous souhaitons que le festival du cinéma russe soit consolidé et devienne un rendez-vous régulier et annuel, afin d’approfondir les échanges professionnels et s’ouvrir sur un cinéma artistique et de haute qualité, rarement programmé sur les écrans commerciaux.

Qu’est-ce qui vous a marqué dans le cru de cette deuxième session du festival?

- Que ce soit au niveau des films documentaires ou de fiction, j’ai été frappé par la représentation cinématographique de la société russe que j’ai trouvé à la fois euphorique en raison du nouveau climat de liberté qui règne en Russie et victime de la perte de certaines valeurs traditionnelles. La société russe ressemble énormément à la nôtre, surtout en ce qui concerne les difficultés de la période de transition que les Russes vivent depuis l’effondrement du régime soviétique à l’orée des années quatre-vingt-dix.

Propos recueillis par Samira DAMI
Publié in La Presse de Tunisie le : 23-04-2012

Source : http://mahrezkaroui.wordpress.com/

 

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