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Le Havre d’Aki Kaurismaki au ciné-club de l’Association des Anciennes Elèves de la Rue du Pacha Version imprimable Suggérer par mail

 «Le Havre» d’Aki Kaurismaki au ciné-club de l’Association des Anciennes Elèves du Lycée de la Rue du Pacha

 

Par Ilhem Abdelkèfi- Responsable du ciné-club et critique cinématographique pour cinematunisien.com

 

Le ciné-club d’El Bachia, pour sa séance du mois d’avril 2014, projette le film Franco-Finlandais «Le Havre» d’Aki Kaurismaki.


Le vendredi 18 avril 2014 à 15h, à son local El Bachia,

 

29, rue El Koutbia (rue des Libraires près de la Mosquée Ez-Zitouna) à la médina de Tunis.


Comme à l’accoutumée, un débat suivra la projection.

 

Fiche technique

 

Titre original : Le Havre
Réalisation : Aki Kaurismäki
Scénario : Aki Kaurismäki
Montage : Timo Linnasalo
Musique : The Renegades
Genre : Comédie dramatique
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 17 mai 2011 (Festival de Cannes 2011)

 

Distribution
André Wilms : Marcel Marx
Kati Outinen : Arletty Marx, la femme de Marcel
Jean-Pierre Darroussin : le commissaire Monet
Blondin Miguel : Idrissa, le jeune clandestin
Quoc Dung Nguyen : Cheng, le collègue cireur de Marcel
Roberto Piazza : Little Bob, le chanteur de rock
Pierre Étaix : le docteur Becker
Jean-Pierre Léaud : le dénonciateur
Pierre Étaix : collaborateur de Jacques Tati, joue le rôle du docteur Becker.

 

Critique du film : Qu’il fait bon rêver !

 

Par Ilhem Abdelkèfi

 

Aki Kaurismaki, le réalisateur de « Le Havre », n’a pas dédaigné exercer les métiers d’ouvrier du bâtiment, plongeur de restaurant, ou de facteur, avant de devenir scénariste, producteur, acteur,  critique de film et enfin réalisateur cinématographique. Il a mis en  scène plus d'une vingtaine de films en imposant sa particularité : comédie déjantée et drame désespéré en les mélangeant au rêve américain et à la noirceur. Il suit une voie tout à fait personnelle avec une  vision du monde où les êtres humains cherchent à recoller les morceaux et faire face à la nouvelle ère de la globalisation. Il décrit le monde tel qu’il ne va pas  avec des personnages qui luttent contre l’adversité et le fatalisme ambiant. Quand ces personnages se rencontrent, pas de différence : les langues se mélangent, les cultures et les expressions artistiques aussi, mais le mal est fait. Pour lui, « Le sens de la vie est de se forger une morale personnelle qui respecte la nature et l’homme, puis de s’y tenir». 

Avec «Le Havre», Aki Kaurismaki nous gratifie d’un conte humain, un conte social et solidaire plein de tendresse et de sensibilité. Il y aborde des valeurs telles que  l’enrichissement par l'ouverture aux autres, l'acceptation de l’autre dans sa différence culturelle et sociale, la valeur du partage, avec beaucoup de dignité et de retenue. Il nous parle du drame sensible des demandeurs d'asile sur un ton burlesque et nostalgique. Il a voulu nous offrir une ode à la liberté et à la solidarité, à l’espérance et à la fraternité. Tendre et drôle, nostalgique et optimiste avec des images et une interprétation maîtrisées et superbes, « Le Havre » traite  d’un sujet d’actualité brûlant et controversé  comme un conte de fées, sans méchants, avec ses bons génies et ses personnages improbables, une fable utopique et irréaliste.

 

«Le Havre» traite d’un sujet pas vraiment comique, un film noir où la bonté joue un grand rôle. Marcel Marx, autrefois écrivain et bohémien à Paris, choisit d’aller vivre au Havre et devenir cireur de chaussures dans les rues : «Il y a des meilleurs métiers, mais celui là est plus près du peuple.». Il a choisi d'être pauvre et anonyme. Il a pour copain Chang, un sans-papiers chinois qui ne l’est pas, puisqu’il est Vietnamien. Il vit avec Arletty  et a une chienne qui prédit l’avenir en remuant les oreilles ou la queue et qui tient un rôle essentiel. Le soir, après sa journée de cireur de chaussures, il boit l’apéro sur le zinc du « Moderne » chez madame Claire et ramène une baguette de pain en rentrant chez lui. Nous devinons très vite qu’il manque de moyens puisqu’il ne boit jamais  plus de deux verres- sauf quand Claire paye sa tournée alors Marcel dit que ce n’est pas de refus- et se fait rabrouer par l’épicier du coin pour dettes accumulées. Et voila que sa vie va être chamboulée par l’irruption d’un jeune africain, Idrissa, débarqué d'un bateau d'immigrés clandestins et par le fait que sa femme tombe soudainement malade. Tout en la soignant, Marcel héberge et cache Idrissa en attendant de trouver le moyen de le faire partir pour Londres  où sa mère a clandestinement refait sa vie surveillé en cela par un policier ambigu (Darroussin) dont on ne sait s'il le traque ou le protège et par un délateur (J.P. Léaud) qui rapporte ses faits et gestes à la police. Pour se faire, il doit rassembler une forte somme pour assurer le passage d’Idrissa de l’autre côte de la Manche et où trouver l’argent pour cela ? C’est là qu’intervient le geste du bon peuple de l’autre fois et des valeurs d’antan, des actions qui ne sont pas égoïstes mais altruistes pour aider son semblable et où la première question posée à l’autre est : « As-tu faim ? ». Marcel ne va pas être seul, ses amis vont l’aider comme ils peuvent, car ils sont tous pauvres, mais ils vont remuer ciel et terre pour conduire Idrissa vers sa destination finale et la manière dont tout le monde et chacun va sa mobiliser pour cet adolescent qu’ils viennent de rencontrer est une vraie leçon d’accueil et de générosité.

 

«Le Havre» est un drôle de film, à la fois lucide et désuet, plein de solidarité de classe, où un sujet grave, lourd et à l’actualité brûlante est traité d’une manière légère et juste. Nous voyons le respect de l’être humain, sans jamais de violence physique ou verbale, un cheminement calme sans une parole plus haute que l’autre, sans une agression, sans haine. Un grand bol de tolérance, de respect et d’humilité qui pourrait paraître naïf au premier abord, mais qui fait du bien.

 

«Le Havre» sur le plan technique est filmé avec sobriété usant de dialogues ciselés comme au théâtre. Les personnages parlent tous un français châtié, ainsi entre la diction très théâtrale d'André Wilms, l'accent de Kati Outinen ou le parler droit et enfantin d'Idrissa, la langue française comme un objet sonore ment malléable se doit de toujours respecter une justesse et une précision grammaticale. Quant à la musique, c’est une musique du monde sur laquelle le Havre est ouverte comme elle est ouverte sur la mer : choisie avec un très bon goût, elle n’est pas plaquée mais fait partie intégrante de l’action s’échappant des transistors ou des tourne-disques dans un métissage créatif qui rend ridicule toute notion de nationalité.

 

Nouvelle fable édifiante, «Le Havre» est un film où le bien et le mal se battent comme dans un western surréaliste. Il y est question d’humanisme, de quotidien, le portrait de petites gens qui, confrontées au cynisme du monde moderne, trouvent leur salut dans la solidarité́. Du très grand cinéma, filmé par un cinéaste sensible et engagé. Kaurismaki signe là un long-métrage très touchant qui redonne du courage. Une grande leçon d'humanisme par l'absurde.

 

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