Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 
 
 

 

 

 

 


 


 

 

 
 
 
 

Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage

Stats

Films: 524
Critiques: 2
Bandes annonce:
Commentaires: 139
Jaquettes: 0
«The Visitor» de Thomas McCarthy au ciné-club de l’Association des Anciennes de la Rue du Pacha Version imprimable Suggérer par mail

 Par Ilhem Abdelkèfi - Responsable du ciné-club et critique cinématographique pour cinématunisien.com

Le ciné-club d’El Bachia, pour sa séance du mois de févier 2014, projette le film américain «The Visitor» de Thomas McCarthy.

 

Le vendredi 28 février 2014 à 15h, à son local El Bachia,

 

29, rue El Koutbia (rue des Libraires près de la Mosquée Ez-Zitouna) à la médina de Tunis.

Comme à l’accoutumée, un débat suivra la projection.

 

 

 

 

 

Fiche technique :

 

Réalisation : Thomas McCarthy
Scénario : Thomas McCarthy
Bande originale : Jan A.P. Kaczmarek
Pays : États-Unis
Genre : Comédie dramatique
Dates de sortie : 29 octobre 2008

Distribution :


Richard Jenkins : Walter Vale, veuf sexagénaire
Hiam Abbass : Mouna Khalil, la mère de Tarek, syrienne
Haaz Sleiman : Tarek Khalil, jeune syrien talentueux joueur de djembé
Danai Gurira : Zainab, la petite amie sénégalaise de Tarek
Michael Cumpsty : Charles, le collègue de Walter
Marian Seldes : Barbara, la prof de piano
Amir Arison : maitre Shah, l'avocat
Maggie Moore : Karen
Bill McHenry : Darin
Richard Kind : Jacob

 Critique du film : Il n’est jamais trop tard !
Par Ilhem Abdelkèfi

Thomas McCarthy,  le réalisateur de The Visitor  est plus connu comme acteur que comme réalisateur et pourtant avec seulement  trois films, son essai s’est transformé en confirmation et il s’est imposé en se faisant un nom au sein du cinéma  indépendant américain. A travers ses trois films dont il est à la fois scénariste et réalisateur, il s’est bâti une réputation de maître du personnage masculin plein d’émotion, d’humour et d’héroïsme tranquille. Avec ses films à faible budget, il met en scène des contes poétiques, éclairés par une tendresse immense où des gens diverses et différents réussissent à former une famille de substitution.

Avec The Visitor, Thomas McCarthy nous gratifie d’un conte humain, plein de tendresse et de sensibilité. Il y aborde des valeurs telles que la tolérance, l’enrichissement par l'ouverture aux autres, l'acceptation de l’autre dans sa différence culturelle, sociale, sexuelle ou autre, la valeur du partage, avec beaucoup de dignité et de retenue mais il nous parle également du drame sensible de l'immigration en dénonçant  le système d'accueil en Amérique depuis  le 11 septembre et en  dressant  un constat terrible de la situation des immigrés clandestins aux Etats-Unis.

The Visitor est un film à lire sur trois niveaux. Il y a d’abord le personnel. C’est l’histoire de Walter Vale, professeur d’économie qui a une situation stable, vit au Connecticut  et essaye de terminer l’écriture d’un livre. Il a une vie monotone, seul et fermé aux autres, sa vie est sans goût ni relief, il est déconnecté de la réalité. Cette vie s’anime et se colore quand Walter rencontre deux immigrés clandestins, Tarek et Zainab. Cette « rencontre inattendue entre une stabilité morose et une précarité pleine de vie» va tout chambouler. Le choc va le  révéler à lui-même et le transformer. Sa vie va prendre une nouvelle dimension. Il va redécouvrir la musique, le jazz et le djembé et sa conception de la vie va s’en trouver bouleversée. Sa solitude prend fin et c’est sa résurrection, son passage à l’âge adulte. Après une mort psychologique et spirituelle, il émerge de son cocon.
Il y a ensuite l’humain. Trois cultures vont se rencontrer. C’est l’histoire d’un cheminement culturel, la découverte de l’autre avec sa culture différente et de là son acceptation. Walter va rencontrer Tarek, Syrien, clandestin et Mouna sa mère, Zainab, Sénégalaise, vendeuse de rue et clandestine. Walter accepte de laisser les deux jeunes gens habiter avec lui. Touché par ce geste inattendu, Tarek, musicien doué, insiste pour  apprendre à Walter à jouer du djembé ce qui lui permet de découvrir le milieu des clubs de jazz et des passionnés de percussions. Les deux hommes deviennent amis, et ainsi les différences d’âge, de culture et de caractère s’estompent. Walter va aussi découvrir Mouna, la mère de Tarek, femme volontaire mais fragile et il va s’ouvrir à l’amour. Deux âmes esseulées vont se rencontrer et malgré la différence de culture, vont se réunir autour d’un but mais aussi par amour. Un amour plein de douceur et de bons sentiments, de pudeur et de dignité et qui permet à Walter de se révèle à lui-même par le biais d’une culture étrangère. La troisième lecture est politique. Nous sommes dans un film politique qui nous montre les conditions de détention des étrangers en situation irrégulière. Il dénonce sans jugement l’inhumanité des services états-uniens de l’immigration malgré  la Statue de la Liberté. Il pose les bonnes  questions et dresse un constat terrible de la situation des immigrés clandestins. Lorsque Tarek est arrêté par la police dans le métro puis menacé d’expulsion, Walter est confronté à une réalité qu’il ignorait ou feignait d’ignorer et n’a d’autre choix que d’essayer de sortir son ami de ce piège.  Le rêve américain et la Statue de la Liberté en prennent un coup. Thomas McCarthy nous montre les lourdeurs et incohérences de l’administration et évoque sans détour les limites de «l’American dream».  Il pose la question essentielle : comment se décide une nationalité, quels sont les critères de sélection, qui a le droit d’avoir un morceau du rêve américain ?
Une autre lecture possible du film est la musique car c’est aussi une découverte de l’autre à travers la musique, ce langage universelle qui efface les différences et tisse les liens les plus insoupçonnés. Quand Walter commence à apprendre à jouer du djembé, c’est en fait un désapprentissage de tout ce qui fait son quotidien, c’est l’ouverture vers l’autre, la libération. La musique n’est jamais d’accompagnement, elle se joue, s’écoute et le son des percussions fait revenir Walter à la vie et pour preuve le dernier plan du film qui est d’une puissance rageuse remarquable.
En sortant du film, nous nous demanderons surement qui est finalement The Visitor ? Est-ce Walter, perdu dans son propre pays, qui visite un centre de détention ou qui entre dans un univers qu’il ne connaît pas et qui découvre peu à peu, avec sa rencontre avec Tarek et Zainab, qu’il peut et qu’il doit s’investir ? Où est-ce Tarek, ou Zainab, immigrés clandestins en «visite» aux Etats-Unis ou dans un appartement qui ne leur appartient pas ?

The Visitor est un film qui porte l’art dramatique à son plus haut point, un mélange de sentimentalisme et de lucidité. Il délivre des messages d’espoir avec délicatesse, humanité et conviction avec une mise en scène sobre qui se concentre sur la psychologie et la complexité des personnages car c’est une étude de caractères d’une profonde justesse. Remarquablement interprété par des acteurs bien dirigés et plus que convaincants et en premier lieu Richard Jenkins qui a trouvé là un rôle à sa mesure, le film fait un constat : il n’est jamais trop tard pour s’ouvrir aux autres, retrouver l’amour, reprendre goût à la vie. Un film profondément attachant avec une histoire simple, bien racontée, tout à la fois comédie, drame, leçon et déclaration sociale. Un très bon moment de cinéma.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


ECOUTEZ FRANCE MAGHREB 2

Powered by  MyPagerank.Net