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10 Questions à Sami Tlili, réalisateur de "Maudit soit le phosphate" Version imprimable Suggérer par mail

 Par El Kasbah, mercredi 19 décembre 2012.

 

Maudit soit le phosphate, film documentaire de Sami Tlili, revient 4 ans après sur la «révolte de la dignité», ce mouvement de désobéissance civile de 2008, qui a secoué le bassin minier et la ville de Redeyef, et qui a duré près de 6 mois et qui a été sauvagement réprimé par l’ancien régime de Ben Ali. Le film a obtenu de très bonnes critiques et a été primé au dernier festival d’Abou Dhabi.

A l’occasion de la sortir du film en Tunisie, à partir du 14 décembre 2012, nous avons posé quelques questions à Sami Tlili, son auteur et réalisateur.

 


Pourquoi êtes vous revenu sur ces événements 4 ans après ? Quel était l’objectif d’un tel projet ? Quelle intuition aviez-vous ?
 
C'est un projet que je porte depuis 2008, depuis les événements du bassin minier.
Ces événements ont constitué un tournant dans l'Histoire de mon pays, mais dans ma vie personnelle aussi ! L'épopée des mines m'a permis de reprendre espoir en un lendemain meilleur, je disais toujours que tant qu'il y a de la résistance, tant qu'il y a de l'espoir, et par moment cette résistance a baissé, avec les événements du bassin minier elle a repris de plus belle.
L'objectif était de faire un film à la hauteur de ces événements historiques et de rester fidèle à l'âme de cette épopée humaine.

 

Il y a déjà eu un film sur le sujet récoltant pas mal de témoignages. Qu’apporte de nouveau votre film ?
 
Vous parlez du film de Ridha Ben Halima  paru en 2009, ce film  a été fait dans le cadre des activités du Comité de Solidarité avec les Habitants du bassin minier,  au moment où les militants du bassin minier étaient en prison.
 
On peut dire que Le film de Ridha entre dans le cadre du cinéma d'intervention, l'objectif était de mettre la lumière sur cette injustice et de faire parvenir la voix des militants et de leurs familles dans cette période sombre de l'Histoire de la Tunisie vu que le black-out médiatique qu'il y avait autour de la question.
Mon approche est différente, sur tous les plans,  je voulais ce film comme une action et non  comme une réaction.
 
Votre film utilise des séquences d’archives et des témoignages que vous avez récolté d’acteurs des évènements de l’époque. Comment avez-vous fait vos choix par chaque type de séquences ?

J'avais en ma possession 30 heures d'images d'archives, dont une grande partie est inédite.
Je remercie d'ailleurs Omeya Seddik qui m'a donné les images qu'il a lui même tournées en 2008, ainsi que Adel Jayar (qui est l'un des protagonistes du film) et qui m'a permis d'avoir accès à des images inédites des événements.
Dans un premier temps, j'ai éliminé toutes les archives inutilisables et non récupérables  (à cause de la très mauvaise qualité du son ou de l'image), après j'ai regardé le reste une deuxième fois et j'ai réécris le film.
L'objectif est que le tout (images d'archives, images tournées, poésie, musique) forme un bloc homogène et non des composantes hétérogènes juxtaposées.

Quand vous les avez approché, comment a été reçu le projet par les acteurs interviewés ? par les habitants de la région ?
 
Je n'ai pas débarqué caméra à la main en disant bonjour je suis Sami je viens vous filmer !
Je connaissais personnellement une partie d'entre eux, pour les autres on est devenus très proches par la suite.
En fait, avant le tournage, nous avons eu de longues discussions,  des débats, beaucoup d’échanges. Ils ont vu que je ne voulais pas faire un film sur eux mais un FILM AVEC EUX ! Ils ont porté le projet avec moi. Par moments je sentais que ce projet était le leur autant qu'il était le mien.
Sans leurs aides, leurs hospitalités, leurs générosités (mettre le tout au singulier), je n’aurais pas pu faire le film que je voulais.
Vous savez, j'ai travaillé sans assistant-réalisateur ! Et à aucun moment je n'en ai ressenti le besoin ! Tellement quand je débarque là-bas tout  était préparé.

On sent un fort souci d’esthétique… la photographie, la lumière, la musique, l’affiche, beaucoup de soin apporté tout en restant dans la sobriété… dans une sorte de minimalisme. Etait ce un parti pris artistique dès le début ?

Absolument ! C'est un choix sur lequel s'est basé l'écriture du film. Un film est une œuvre d'art avant tout, la noblesse du sujet, la pertinence et la force du scénario ne peuvent être mis en valeur que lorsque esthétiquement parlant le film est à la hauteur.
Bien évidemment, il n’est pas question pour moi que le film se transforme en  exercice de style et une démonstration de prouesses techniques, mais il  n'est pas question  non plus  qu'il prenne la forme d'un document  historique sec et plat et  qui ne dégage aucune émotion.
En fait, pour moi l'esthétique n'est pas un élément de décor mais  un élément de narration !
L'esthétique est une partie intégrante de l'écriture et de la construction dramatique du film, l'emploi des éléments que vous avez cités dans votre question (la photographie, la lumière, la musique) n'est ni aléatoire ni décoratif. Ces éléments lient  relient  et racontent,  ils assurent la fluidité de la narration et accentuent la tonalité du film.

On a l’impression de temps à autre que le film est une sorte de récit intime… par votre proximité avec votre sujet… or vous n’y étiez pas… vous n’avez pas vécu ces évènements… et, si j’ai bien compris, vous n’êtes pas de la région… comment avez-vous pu faire dégager cette impression ? Vous y avez travaillé comment ?

Je suis originaire de la région, mon arrière grand père était mineur et ses récits ont marqué mon enfance, mon oncle l'était aussi ainsi que des cousins, un d'entre eux est décédé dans un accident de travail dans les mines de Mdhilla.
Les récits des mineurs font partie de la mémoire collective de la région et de ma famille, ils n'ont  pas cessé d’enrichir mon imaginaire.
Je vais vous raconter une histoire à ce propos, j'avais 6 ans et ma famille venait de déménager, dans la nouvelle maison. Les trois premiers jours, il n’y avait  pas d'électricité à cause d'une panne électrique, et ben ce fut les trois nuits les plus inoubliables de ma vie ! Papa nous a raconté tous les récits et les histoires des mineurs, patrimoine orale que son grand-père lui a transmis !
J'ai un rapport viscéral avec cette région, avec cette cause, avec ces gens !

Pourrait-on résumer le film en citant une des personnes que vous avez fait témoigner : «nous avons commencé une révolution, et nous ne le savions pas encore» ?

C'est Béchir Laabidi qui le dit, un grand militant du bassin minier, un grand-homme !
Les événements du bassin minier comme prémices de «La Révolution  du 17 décembre» est un aspect du film, mais ce n'est pas tout le film.
D'ailleurs je trouve réducteur le fait de ramener l'épopée des mines à ces seuls événements ! C'est un tournant dans l'Histoire de la Tunisie non pas parce qu’il y a eu le 17 décembre après 3 ans mais parce que c'est le premier soulèvement populaire depuis l'indépendance. Bien sûr, il  y a eu le 26 Janvier 1978 ou encore les émeutes du pain en 84 mais ces événements n'avaient pas l'ampleur de l'épopée des mines qui était, rappelons-le, un mouvement de désobéissance civile et qui a duré 6 mois !
Le film parle aussi d'une injustice qui dure depuis plus d'un siècle, des malheurs d'une région dont le seul tort est que son sol regorge de richesses, il parle aussi des oubliés de la nation, de ces citoyens marginalisés par les pouvoirs en place depuis l'indépendance et considérés comme des citoyens de seconde zone.

Vous êtes encore jeune et c’est votre premier long métrage. Pour un premier essai, c’est plutôt bien parti (en tout cas, au niveau de la critique). Vous vous attendiez à ça ?
 
Oui j'ai 27 ans. J'ai commencé à faire des films à l'âge de 20 ans, ma devise était toujours la même :  le cinéma est un jeu qu'on doit prendre au sérieux !
J'ai déjà fait 3 courts métrages qui ont été primés dans des festivals internationaux, j'ai eu mon premier prix à l'âge de 21 ans pour mon court métrage Sans Plomb (Prix Cinéma et Droits de l'Homme décerné par Amnesty International) d'autres ont suivi.
Le cinéma pour moi est une passion, et pour pouvoir profiter de cette passion jusqu’au bout il faut faire preuve de rigueur et de sérieux ! De discipline aussi ! Je suis dans la création et non dans la production, ce qui fait que je me donne sans concessions  quand je suis sur un projet.
Après, quand vous commencez un film il ne faut surtout pas penser au résultat ! C'est l'erreur fatale !
C'est comme si vous montiez une échelle en regardant vos pieds !
Que des revues internationales prestigieuses comme «The Hollywood Reporter», «Varierty», ou encore  «Screen Daily» parlent de votre film  bien sûr que ça vous fait plaisir ! Que des grands noms du documentaire comme Miguel Littin salue votre travail  et vous accorde le prix du meilleur documentaire du monde arabe dans le Festival du film d'Abu Dhabi, il est évident que cela vous touche, mais il faut relativiser et rester lucide.
Tout est relatif, surtout lorsqu'il s'agit de cinéma et d'art, faut garder les pieds sur terre !

Un (ou deux) conseils, enseignements, aux jeunes qui veulent faire leur film ?
 
Je suis loin d’être un modèle à suivre je ne suis pas bien placé pour donner des conseils mais s’il y a une chose à dire je dirais : «Soyez vous-mêmes, et non ce que la norme veut que vous soyez !»
 
Nouveaux projets ?
 

Oui, je viens de commencer l'écriture d'un autre long métrage documentaire, je vais prendre mon temps vu la complexité du sujet et de l'approche, ça sera un peu différent de «Maudit Soit Le Phosphate», je vais essayer de pousser l'expérimentation jusqu'au bout.

 

Source : https://www.facebook.com/notes/el-kasbah/10-questions-%C3%A0-sami-tlili/501226973250208

 

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