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Le documentaire tunisien Babylon Version imprimable Suggérer par mail

 Grand prix de la compétition internationale au FID Marseille

 

   — Hichem Ben Ammar (Cinéastes) —

Babylon, le documentaire tunisien réalisé par Ala Eddine Slim, Ismaël Louati et Youssef Chebbi (EXIT PRODUCTIONS), a obtenu, lundi 9 juillet 2012, le grand prix de la 23ème compétition internationale du FID MARSEILLE, le plus prestigieux festival de la région consacré au documentaire de création et au cinéma d’essai.


Ce prix vient nous dire de manière retentissante, qu’une nouvelle génération de cinéastes est bel et bien là. Elle ne se fait d’ailleurs pas prier et ne se fait pas attendre non plus : elle s’impose.

Dès le 14 janvier, de jeunes réalisateurs ont répondu à l’appel des événements et se sont lancés caméra au poing dans le feu de l’action. Ala Eddine Slim, Ismaël Louati et Youssef Chebbi ont couru vers Ras Jedir sans avoir véritablement l’intention de réaliser un film.

 

Ils savaient que toutes les agences de presse du monde couvriraient l’événement de manière journalistique et n’avaient pour objectif que de participer à leur manière à l’accueil des milliers de réfugiés qui affluaient à la frontière tunisienne. Très vite, leur élan de générosité cède le pas à l’urgence de filmer et se transforme en nécessité de témoigner. Cela donne une fresque d’une grande intensité : Babylon. Un titre qui évoque un lieu mythique où l’on parle toutes les langues.

 

Au camp de Ras Jedir, où se retrouvent pas moins de quinze nationalités de réfugiés, la survie s’improvise en dépit des difficultés à communiquer. Les cinéastes improvisent eux aussi, accompagnant les événements au jour le jour. Ils tâtonnent et cherchent leur place dans cet univers apocalyptique battu par les vents de sable. En perte de repères comme les personnes qu’ils filment, ils s’adaptent, ils s’immergent complètement dans l’expérience et c’est cette initiation qui donne à ce reportage toute sa profondeur, lui conférant sa dimension documentaire. Chaque plan est l’occasion d’une méditation. Chaque plan porte en lui la marque d’un engagement humain, citoyen et artistique. La gravité vient non seulement de la tragédie elle même, mais du sens du devoir qu’ont les cinéastes à son égard. La beauté réside alors dans l’attitude morale qui s’incarne dans leurs images. Empathique sans jamais être pathétique, l’observation reste sobre. Là encore, le minimalisme et l’épure nous ramènent au mythe.

Respectant les situations et la dignité des personnes, la caméra ne force jamais l’identification en privilégiant des individus par rapport à d’autres. Elle ne choisit pas de manière prédatrice des exemples soi-disant significatifs. Peu ou presque pas d'interviews! Les seules paroles entendues sont celles des échanges qui fusent ça et là par bribes. On perçoit les situations, mais on ne comprend pas nécessairement tout. L’approche est en effet aux antipodes de ce que requiert la télévision. Rien de sensationnel dans cette évocation où l’on tente de restituer le plus simplement du monde une atmosphère.

Fureteuse, la caméra prend le risque de se laisser surprendre. C’est pourquoi elle découvre sans cesse sa propre ingénuité, d’où les nombreuses trouvailles visuelles qui fascinent et qui entretiennent notre curiosité. Nous sommes continuellement dans l’expectative alors qu’il se passe peu de choses. Le film dure deux heures et on ne s’ennuie pas un seul instant.

Pour filmer cette masse humaine à la dérive, principal personnage du film, le plan large est de rigueur comme pour tenter de trouver des marques et pour cerner l’ensemble d’un phénomène avec une certaine amplitude. La distance n’est donc pas ici une garantie de neutralité mais de visibilité.

C’est l’acceptation du fait qu’elle soit en perpétuelle recherche qui confère à la caméra toute sa vulnérabilité. S’il lui arrive d’approcher un visage ou un corps, d’être prise dans la dynamique d’une discussion véhémente, d’une bagarre ou d’un mouvement de foule, elle est toujours en péril, en éveil, en questionnement. Nous avons donc l’impression de participer à l’action tout en réalisant qu’il est impossible dans certaines conditions de tout analyser, disséquer et comprendre.

Le refus de sous titrer le film s’inscrit d’ailleurs dans cette logique et trouve ainsi toute sa cohérence. Du coup, le spectateur est lui aussi parachuté dans un univers où il est obligé de se raccrocher à l’essentiel. Ici, les faits sont tellement forts qu’ils se passent de tout commentaire, de toute explication et si l’on ne saisit pas tout, à l’instar des réalisateurs, on n’en ressent pas moins des émotions et l’on sort de ce film, imprégnés par la puissante énergie de cet espace, véritable no man’s land emblématique où se joue le sort de milliers d’individus. Entre incommunicabilité et solidarité, entre documentation et poésie, le film trouve, dans un plan, la figure du balancier qui illustre parfaitement son mouvement interne.

Babylon a donc une portée universelle qui dépasse les niveaux  anecdotiques et conjoncturels pour se situer au niveau de la condition humaine. Ce témoignage qui relate l’une des tragédies de notre temps suscite l’intérêt car il explore des territoires purement cinématographiques avec une écriture résolument tournée vers l’expérimentation qui se base sur le doute,  assume la fragilité, l’ignorance, l’incomplétude. Sa force vient pourtant de la confiance qu’il place en la capacité de l’humain à résister et à survivre dans le chaos. Là encore, une référence au mythe de Babel impose ce film non comme un simple document à valeur archivistique mais comme une œuvre au sens fort du terme porteuse d’une vision sur le cinéma et sur un monde sans cesse menacé.

La dramaturgie de Babylon est on ne peut plus classique. La construction de la narration est en effet très rigoureuse. Elle agit par rapport à la profusion d’images tournées de manière sauvage de la même façon que le cadre d’accueil est mis en place par les autorités frontalières pour construire des infrastructures et définir des règles à même d’endiguer la déferlante des réfugiés. Entre ordre et désordre, cette chronique de l’attente est donc un  exercice formel mais, sans maniérisme aucun, où le sujet et sa mise en œuvre, trouvent naturellement leur symbiose.

Ce grand prix du FID Marseille qui couronne Babylon est un encouragement à tous les cinéastes indépendants tunisiens. Il est l’indice que quelque chose de nouveau est en train de fermenter dans notre cinématographie et qu’il y a lieu de s’en réjouir.

Hichem Ben Ammar (Cinéaste)

source : http://www.letemps.com.tn

 

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