Advertisement

Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 
 
 

 

 

 

 


 


 

 

 
 
 
 

Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage

Stats

Films: 524
Critiques: 2
Bandes annonce:
Commentaires: 344
Jaquettes: 0
L'entretien du lundi : Selma Baccar (cinéaste et membre de l’Assemblée constituante) Version imprimable Suggérer par mail

 Neila GHARBI — La Presse | Publié le 07.05.2012

Pour un projet de société équilibrée

 


Figure emblématique du 7e Art en Tunisie, la réalisatrice et productrice pour le cinéma et la télévision Selma Baccar est également, aujourd’hui, membre de l’Assemblée constituante, représentante du Pôle Démocratique Moderniste (Gouvernorat de Ben Arous).

 

Militante féministe, depuis le temps où elle faisait ses premiers pas au sein de la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs (Ftca – Club d’Hammam-Lif), elle défend la cause des femmes tunisiennes et leur lutte pour la liberté et la dignité.


De Fatma 75, à Habiba Msika, de La danse du feu, à Khochkhach – Fleur d’oubli, Selma Baccar a essayé d’explorer l’univers de la femme, mettant en évidence sa résistance au sein d’une société, souvent machiste, malgré le Code du statut personnel. Cela l’a amenée à produire dans ce contexte, une série télévisée sur les femmes arabes célèbres, qui avaient pu accéder au pouvoir. Et dans un autre registre, celui de la comédie, elle a produit des feuilletons télévisés pour le mois de Ramadan, comme Chaabène fi Romdhane.

 

Entretien.

L’Assemblée constituante a-t-elle prévu un article pour les libertés de création et d’expression ?

Je fais partie de la commission des droits et des libertés où il est prévu que la liberté de création et d’expression soit la préoccupation essentielle de nos discussions. Au niveau des principes généraux, tous les membres semblent être d’accord. Or, quand on arrive aux détails, on constate qu’il existe deux points de vue. Le premier auquel j’adhère considère que l’art nécessite une liberté absolue. Le second, trouve qu’il n’y a pas de liberté dans l’absolu et qu’il faut imposer des limites.
Le dysfonctionnement peut se situer au niveau de l’éthique de l’Islam, de nos traditions et de notre identité. La question, ainsi abordée, prend une tournure byzantine. La morale n’est-elle pas une chose personnelle ? Je pars du point de vue que chacun a sa propre morale et que c’est à l’individu de définir lui-même ses propres limites par rapport à sa propre morale. Je pense que jusqu’à présent, on ne s’est pas mal sorti dans notre pays. Alors que se passe-t-il, aujourd’hui, pour que tout d’un coup on ait l’impression qu’on doit tout remettre en question, comme si on allait réinventer cette chose appelée morale.
Il y a ceux qui veulent utiliser la morale dans un consensus moralisateur puisé dans les préceptes de l’Islam. A ce propos, la question des médias a été au centre de nos discussions et Néjiba Hamrouni, présidente du syndicat des journalistes tunisiens, a été invitée à aborder le sujet. Nous avons remarqué que les médias ont besoin d’une restructuration au niveau aussi bien de leur structure, que de la formation et de l’éthique. Les limites de liberté doivent être imposées par les professionnels des médias. Le point de vue de la société civile et de tout participant à cette réflexion sur les médias peut être utile, mais pas conditionnelle. Au sujet de l’art, le public est le seul juge. S’il aime ce qu’on lui propose, il va adhérer, sinon, il nous tombera dessus. On saura alors qu’on n’a pas répondu à ses attentes dans une situation nouvelle d’après la révolution.

 

Pourquoi soudain cette question des libertés prend-elle une telle dimension et préoccupe-t-elle tant de monde ?

Je ne comprends pas que cela prenne une telle proportion comme si avant, il n’y avait rien et que maintenant, tout est à reconstruire et à revoir. Et lorsqu’on parle d’art alternatif, là non plus je ne comprends pas, car pour moi, l’art c’est l’art. Il s’agit pour l’artiste ou pour le créateur d’être professionnel, de maîtriser son métier tout en étant sincère. Si maintenant l’art doit être imposé d’en haut, au nom de ce qu’on appelle un art alternatif né avec la révolution, on ne va plus s’en sortir. A mon sens, l’art ne peut se concevoir que dans la liberté et s’il y a des limites morales, elles doivent émaner du maître d’œuvre.


Quelle est la place de la femme créatrice dans une société en pleine mutation et comment doit-elle se positionner par rapport aux hommes ?

La lutte est permanente et quotidienne. On est tous condamnés à militer pour ce quotidien. J’avoue que cela n’a jamais été facile. Il faut être vigilant, conséquent avec soi-même et dans une intégrité morale vis-à-vis de soi et de l’art qu’on pratique. Heureusement que l’art est l’expression de l’intelligence et il existe mille et une manières de dire la même chose en contournant les interdits. S’il y a une nouvelle censure, on saura fonctionner avec elle.
Le meilleur exemple est celui du cinéma iranien avec sa centaine de films par an, produits par l’Etat. Ces films permettent plusieurs degrés de lecture et lorsqu’ils sont présentés à l’étranger, ils donnent une image précise de ce que le peuple iranien subit. Et à ce titre, je reviens sur Persepolis de Marjane Saprati, un dessin animé dont le personnage principal est une gamine avec un regard frais. Ce film a créé un bouleversement en Occident, en donnant une image dérangeante sur l’Iran. 
Chez nous, lors de son passage sur Nessma TV, ce n’est pas tant la scène du Bon Dieu avec la fillette qui a tant dérangé, mais l’identification avec ce qu’est devenue la société iranienne sous le régime islamiste des mollahs. C’est cela qui a terrorisé les islamistes tunisiens, sans compter les dialogues en dialecte tunisien qui ne créent pas la distanciation souhaitée et le doublage, techniquement mal réalisé. Résultat, les images étaient tellement réalistes qu’elles ont fait peur aux islamistes. Ces derniers ont contre-attaqué, en mettant en cause et le film et la chaîne pour pouvoir mieux tirer la sonnette d’alarme et prévenir les cinéastes tunisiens de ce qui peut leur arriver s’ils se hasardent à faire la même chose.

Sur quel dossier faut-il être le plus vigilant : les libertés d’expression et de création, la condition de la femme ou quoi d’autre ?


 

Personnellement, je ne m’inquiète pas particulièrement pour la femme, mais plutôt pour la société d’une manière générale, parce que si nous arrivons à sauver les principes fondamentaux des libertés et d’équilibre social, nous en ferons sortir un corps saint. Dans le cas contraire, nous coulerons tous ensemble. 
Aujourd’hui, je ne fais pas de fixation particulière sur la femme, parce que je trouve que l’enjeu ailleurs est beaucoup plus grave. C’est le projet de société qui m’inquiète. Si on arrive à sauver ce projet dont on rêve, on aura gagné. Si au contraire, on n’y arrive pas, même avec les textes les plus avant-gardistes, on aura échoué. Les hommes et les femmes d’Ennahdha sont plus intéressés que nous autres de maintenir le Code du statut personnel comme autrefois sous Ben Ali, mais nous ne devons pas dormir sur nos deux oreilles. Il faut toujours être vigilant, car des contradictions peuvent survenir lors de sa mise en application. Il ne s’agit pas de se braquer sur les problèmes de la femme, comme s’ils étaient dissociés du reste de la société. Je pense que la chose la plus essentielle est la sauvegarde de la liberté d’expression et de création.

Votre expérience comme membre de l’Assemblée constituante a-t-elle changé votre regard de cinéaste ? Et allez-vous aborder votre prochain film avec une vision nouvelle en tenant compte des paramètres de la société tunisienne post-révolution ?

Beaucoup de choses ont changé pour moi ainsi que pour tout citoyen tunisien. La révolution fait partie de notre mémoire. Elle est ancrée en nous. Toute œuvre d’art, littéraire ou de réflexion est désormais différente dans la mesure où une nouvelle page de l’histoire est en train de s’écrire. C’est sûr que si je devais tourner un film aujourd’hui, tout cela apparaîtra. J’ai failli renoncer à mon projet Dar Joued, qui a pourtant bénéficié d’une aide à la production du ministère de la Culture, mais quand il y a eu le débat houleux sur la Chariaâ, je me suis dit qu’il est essentiel de le tourner, mais différemment. Je vais revoir le scénario, sans toutefois toucher à l’histoire.

Neila GHARBI

Source : http://www.lapresse.tn

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


ECOUTEZ FRANCE MAGHREB 2

Powered by  MyPagerank.Net