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Ehky Ya Shahrazad, un véritable hymne à la femme Version imprimable Suggérer par mail
 Par Ilhem Abdelkèfi

(Critique cinématographique, membre du Bureau Directeur de l’ATPCC)

Avec  Ehky ya Shahrazad ou Femmes du Caire, Yousry Nasrallah, digne héritier de Youssef Chahine dont il a été l’assistant, s’empare, sans équivoque, de questions politiques dans un film populaire, narratif, un tantinet mélo à rebondissements. C’est un virulent conte social traitant d’un sujet grave, terrible, sensible et oh combien actuel !

Yousry Nasrallah a voulu, par ce film,d’abord sonder et radiographier la société égyptienne et par delà toutes nos sociétés arabo-musulmanes et dresser une carte de nos mœurs, n’épargnant rien au passage, ni la justice, ni la politique, ni les médias car notre scène politique est pourrie et la relation entre nantis et pouvoir et pouvoir et médias est malsaine ; ensuite il a voulu rappeler quelques données essentielles sur une société où la soumission exigée des femmes va croissant, et par là condamner  fermement l’intégrisme et le conservatisme religieux ainsi que la misogynie et les préjugés dont les femmes sont victimes et qui frappent toutes les couches sociales.
Son regard arabe, féministe mais aussi laïque, nous éclaire sur les relations hommes-femmes et par le biais d’une scène rare dans le cinéma arabe, il ose évoquer l’avortement sans aucune équivoque et met ainsi à jour tout ce que les hommes veulent cacher de la vie quotidienne tout en démontrant que les hommes tout autant que les femmes sont prisonniers des contraintes sociales, politiques ou religieuses même s’ils sont un peu plus privilégiés.
Le film est une comédie de mœurs qui plonge très vite dans la tragédie car le corps des femmes reste un éternel champ de bataille où convergent les intérêts économiques et la représentation sociale.

Ehky ya Shahrazad, titre plus pertinent que Femmes du Caire est un entrelacement de trois récits de vie reliés par un quatrième qui relie le tout ; c’est un triptyque façon Conte des Mille et une Nuits qui raconte comme un conte -avec la différence que la narratrice ici n’est pas l’héroïne mais la caméra- l’histoire d’un couple qui va vivre une passion condamnée à mourir emportée par des éléments plus forts qu’eux, le poids des traditions et les enjeux politiques.
Hebba, le personnage central du film est une jeune et jolie journaliste à succès sur une chaîne de télévision privée ; elle est intelligente, moderne, riche, audacieuse, glamour, légère et un peu égocentrique. Elle anime un talk-show politiquement incorrect qui dérange par sa véhémence  envers les hommes au pouvoir en place. Elle est  donc priée d’édulcorer l’esprit contestataire de son émission pour les besoins de son carriériste de mari, Karim, qui lui met la pression. Il est  un journaliste de presse avide de devenir rédacteur en chef d’un grand quotidien proche du pouvoir à qui on fait comprendre que s’il ne tient pas mieux sa femme, il peut dire adieu à ses ambitions.
Elle promet donc de donner à son programme un aspect plus sociologique, moins politiquement frontal en n’invitant plus que des femmes victimes ou actrices de faits divers qui viendront raconter le drame  de leur vie sur son plateau. Mais trois histoires plus tard, elle retombe en plein dans ce qu’elle tentait d’esquiver, le politique, et au fur et à mesure des révélations de ses invitées, elle découvre avec stupeur l’oppression de ses concitoyennes et la sienne par la même occasion.
C’est par les yeux de Hebba que nous entrons dans le film, par un long plan subjectif, dans un cauchemar dans lequel sa chambre est presque comme une prison et le mari comme un geôlier, et dès le générique, somptueux, Yousry Nasrallah nous plonge dans un récit gigogne où les trois histoires secondaires viennent éclairer puis influencer l’intrigue principale avec un immense regard sur le visage féminin.
Cela débute quand une vendeuse lui reproche de ne pas parler de la vraie vie et lui propose de la conduire à celle-ci. Il faut prendre le métro, arriver à un bidonville et le ton est donné. Ainsi  Yousry Nasrallah replace t-il la femme au cœur de la société égyptienne tout en  réussissant à éviter la stigmatisation de la religion, n’accusant que le poids des traditions – à ce titre, la séquence muette du métro est fabuleuse, pleine de sens et d’une poésie visuelle immense – et appelant de tous ses vœux une transformation profonde de cette société.
La féminité, on la cache alors Yousry Nasrallah utilisera l’image pour dénoncer cet état de fait et la mettra au centre de l’écran : cuisse recouverte d’un bas, talons aiguilles claquant sur le sol, jupes entrouvertes ou deux jambes écartées lors d’un avortement.
En mettant des femmes face à face se confessant, le réalisateur les réunit dans leur destin féminin commun alors que tout semblait en apparence les séparer. Qu’elles soient chirurgien dentiste réputée, ancienne détenue, sœurs orphelines devant gérer une quincaillerie, pensionnaire internée d’un asile ou présentatrice vedette, elles sont toutes et avant tout, des femmes.

Témoignage de vie cinglant et déchiré entre l’honneur traditionnel familial et le respect des valeurs féminines, ce film est un pur mélo où le réalisateur joue avec le code de la fiction populaire en se réappropriant l’art du mélodrame à l’égyptienne, la violence en plus ; c’est un mélo à rebondissement, une atmosphère intrigante dans le genre romans-photos populiste.
Avec un cadrage frontal, un décor kitch et une narration déployée au travers d’un plateau télévisé, le film nous donne un sujet accessible, un peu trop démonstratif, populaire et amplement narratif, profus et séducteur où les effets dramatiques sont aussi violents que prévisibles. C’est un conte dans le conte reposant sur la caméra télévisuelle qui permet une mise en abyme des différents destins de femmes.
La mise en scène est efficace mais la manière est parfois lourde et la maîtrise narrative n’est pas toujours habile. Il y a quelques longueurs et il manque parfois d’un peu d’ambigüité au niveau de la caractérisation de certains personnages masculins.
La Shahrazad du film, Hebba, incarnée par la magnifique et très féminine Mona Zaki, maîtrise tous les artifices de la séduction télévisuelle. Elle en fait aussi une figure tragique, condamnée par sa condition de femme dans un pays qui lui conteste sa place dans la vie publique. Son cheminement intérieur suit la progression de son émission confrontée qu’elle est à des femmes éloignées d’elle. Elle prend conscience du fossé qui la sépare de tout un pan de la société mais elle va découvrir  aussi que la tyrannie des hommes n’épargne pas les couches les plus aisées.

Ehky ya Shahrazad a un aspect théâtral et artificiel qui lui donne toute son originalité. C’est un film sur une émancipation valant pour toutes, celle de Hebba se découvrant une histoire personnelle, une vérité et les contours d’une figure humaine. C’est un véritable hymne à la femme
Film touchant, politiquement juste et acéré, c’est un cinéma de combat dissimulé sous des dehors de cinéma populaire. Il concilie la puissance romanesque de beaux portraits de femmes  avec un discours offensif contre le machisme de la société égyptienne, en fait le mélodrame arabe traditionnel avec un cinéma contemporain engagé.

© Ilhem Abdelkèfi — cinematunisien.com

 

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