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Rencontre furtive avec Olfa CHAKROUN Version imprimable Suggérer par mail

 Par Noura BORSALI

«Nous voulions que ce film soit un poème, l’expression d’une sensibilité»

•• L’idée du film s’inscrit dans un projet du CNRS français comme l’indique le générique du film.

— L’idée est venue de Dionigi Albera, chercheur au CNRS qui travaille sur les échanges entre les religions en méditerranée. Il a considéré que la Goulette serait un exemple important qui permettrait de retrouver ces formes d’échange et notamment la Goulette des années 30, 40, 50 et 60. De mon point de vue de réalisatrice, j’ai pensé qu’il serait intéressant d’intégrer une personne qui témoignerait de cette histoire. Et c’est ainsi que nous avons rencontré Angela Polizzi qui fait partie des femmes de l’entraide et qui est la dernière paroissienne de l’église de la Goulette. Nous lui avons proposé de témoigner sur la mémoire de la ville. Ella a accepté tout de suite avec toute la gentillesse et la convivialité propres au caractère goulettois. Elle nous a parlé d’un problème auquel elle était confrontée, à savoir la démolition de sa maison. Nous nous sommes trouvés donc par hasard face à cette question. Nous avons jugé intéressant d’intégrer la période des années soixante jusqu’à aujourd’hui. Ainsi nous pourrions montrer l’évolution de la Goulette et de son tissu urbain.

Nous avons donc filmé Angela chez elle, et par conséquent, les dernières images du Bratal (quartier et habitation d’Angela dans la Petite Sicile). Nous avons compris à partir du témoignage d’Angela que le Bratal est un lieu historique qui aurait pu être restauré et non pas démoli. Le Bratal comporte un héritage culturel intéressant pour les gens qui reviennent retrouver leur lieu d’enfance. Et en ce sens, il représente la mémoire des communautés qui y ont vécu. C’est un monument architectural important qu’on aurait dû garder et rénover. Nous avons filmé ces lieux qui sont, à nos yeux des lieux historiques, en mars 2009, c’est-à-dire deux mois avant leur démolition. Angela a commencé à emménager. Je voudrais préciser le fait que si Angela a accepté de témoigner pour nous, c’est parce qu’elle voulait voir les images de sa maison avant sa démolition et aussi porter la parole des gens de la Petite Sicile qui connaissent la même situation qu’elle. Elle voulait lancer un cri d’alarme.

 


•• Pourquoi n’avoir pas filmé le nouveau quartier où on a décidé de les loger ? Selon Angela, les logements (les HLM) sont exigus, loin de la mer et manquant de soleil. Cela n’aurait-il pas permis de comparer les anciens et nouveaux lieux ?

— Ce n’est pas un film social. C’est un film d’abord sur la mémoire. Après la démolition, nous sommes d’emblée dans le passé. Nous avons en réalité anticipé la mémoire en filmant les lieux deux mois avant la destruction. C’est un film de témoignage, d’enquête. Nous voulions l’articuler sous une forme poétique pour nous rapprocher plus de l’esprit et des sentiments d’Angela. Nous ne pouvions pas de toute façon filmer les démolitions. C’est interdit. Ce conflit entre l’ancien et le nouveau, ces démolitions sont, faut-il le rappeler, un phénomène mondial qu’on retrouve en France, en Italie, en Espagne, en Tunisie…Nous assistons à l’envahissement du capitalisme, au changement du tissu urbain : problèmes qui touchent le monde entier. Notre objectif n’était pas d’insister sur les démolitions. Nous voulions tout simplement faire un clin d’œil à ce problème parce qu’à ce moment-là il était au centre des préoccupations de notre témoin.

•• Vous avez opté pour le genre documentaire. Peut-on dire qu’il est anthropologique, du genre scientifique, c’est-à-dire au service d’une problématique de recherche ? Et donc, son rôle, c’est non seulement de montrer mais aussi de démontrer.

— C’est une recherche scientifique. Et du point de vue cinématographique, ce n’est pas un film anthropologique. C’est un travail cinématographique parce qu’il met en scène un personnage.

•• Ce personnage-témoin n’apparaît pas dans le film comme une personne loquace. N’auriez-vous pas pu tirer d’elle davantage d’informations sur son vécu dans le Bartal  et sur celui des communautés voisines ?….Il y avait comme une économie d’informations. Nous sommes, je vous l’avoue, rester sur notre faim.

 

 
Angela


— Angela vivait, au moment où nous l’avons filmée, dans un état de choc parce qu’elle ne voulait pas quitter sa maison. Elle avait commencé à emménager. Elle avait passé deux mois entre les deux lieux parce qu’elle a choisi de rester avec ses voisins jusqu’au dernier moment. Une forme de solidarité. Elle était sans chauffage, dans un état lamentable. C’était pour elle une forme de résistance contre ce qu’elle considérait comme une injustice.

•• Pourquoi ne voit-on à aucun moment du film Angela dans ses rapports avec ses voisins musulmans alors qu’elle évoque ses anciens voisins juifs et italiens ? Le documentaire ne porte-t-il pas, comme vous le dites d’ailleurs dans les textes introductifs du film, sur le cosmopolitisme d’antan qui réunissait dans une symbiose les communautés présentes : juive, italienne, musulmane etc … ? Pourquoi avoir éludé ces relations de bon voisinage entre les musulmans et ces différentes communautés ? Dans ce cas, la vision de cette réalité n’est-elle pas en quelques sorte réductrice?

— C’était par rapport à nos questions. Nous voulions qu’Angela cite des noms de gens qui sont partis. Le départ de ces communautés et la situation préexistante nous intéressaient. Notre témoin a donné des noms et c’est important pour l’histoire. Il est vrai que ce qui manque à ce film, c’est une réunion entre les anciens de la Goulette : musulmans, juifs et catholiques qui auraient entouré Angela. J’y ai pensé mais nous n’avons pas trouvé de gens disponibles. Il est vrai que tout premier film a aussi ses limites.

•• Il y a un travail fantastique sur l’image qui dit beaucoup plus que la parole. L’image est fortement et bellement suggestive. En tant que réalisatrice, vous avez opté pour l’esthétique comme moyen d’expression de cette souffrance, de cette perte de la mémoire.

— C’est de l’atmosphère. L’image pure ne donne rien. Il faut qu’elle soit racontée. Il y a un mariage entre l’image, les sons et les mots. Tout cela joue dans un même rythme. Il fallait marier tous ces éléments narratifs pour avoir une belle image. Donc l’image plate sans la parole d’Angela  ne vaut rien. C’est le contenu de l’image qui est important. Nous avons opté pour des choix très pointus sur les significations de l’image autant au niveau du cadrage (du visage et des yeux) que de la lumière. Il importait pour nous de créer un contraste entre la tristesse de ce que vit la Goulette aujourd’hui et la luminosité naturelle de la ville à travers le soleil, la mer etc…Si on démolit aujourd’hui, c’est parce qu’on a conscience que c’est un lieu beau, important pour le tourisme.

•• Vous avez également utilisé la musique comme un élément fondamental de votre narration filmique.

 

 
Dionigi Albera


— Nous voulions que ce film soit un poème, l’expression d’une sensibilité. Nous avons monté les paroles sous forme de poème. Nous avons réécrit les paroles dans ce sens. C’est donc une musique composée pour le film. Les musiciens sont des amateurs : c'est en fait Dionigi  mon collaborateur dans le projet et son copain qui sont tous les deux italiens. Nous avons choisi la guitare parce qu’elle nous plonge dans l’atmosphère méditerranéenne. Au départ il y avait une mélodie de base pour le générique fin, puis les deux compositeurs ont fait des variantes qui servaient à ponctuer, dans le film, les instants émotionnels. La musique donne une identité au film et une couleur sonore à la progression émotionnelle du personnage. Au niveau du montage sonore, il fallait doser avec le contenu des plans, juste ce qu'il fallai pour ne pas étouffer le personnage et la signification de l'image. La musique servait aussi à autonomiser les différentes parties dans le film. Mais à part la musique, il y a eu toute une reconstitution sonore des lieux. Vous imaginez qu'un lieu comme la Goulette ne peut avoir aucun instant de calme, alors il fallait reconstituer les sons d'ambiances et  imaginer les vrais sons des lieux avant qu'un moteur de voiture ne vienne les parasiter.

•• Le film est en français. Avez-vous pensé à une version arabe du documentaire pour qu’il soit compris par les Goulettois de l’ex-Petite Sicile ?

— Elle est en cours. Nous avons fait également une version anglaise.

•• Sera-t-il  en compétition aux  JCC 2010 (23-31 octobre 2010) ?

— Oui, il a en effet été sélectionné pour la compétition nationale des films de courts métrages.

 
Fin de l’entretien (Cinemafricart, 17-10-2010)
 

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