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Rencontre avec le réalisateur tunisien Abdellatif BEN AMMAR Version imprimable Suggérer par mail

 LES PALMIERS BLESSES OU L’HISTOIRE EN QUESTIONS

Par Noura BORSALI pour ©cinematunisien.com

Après Une simple histoire (1970), Sejnane (1974), Aziza (1980), Chant de la noria (2001), Abdellatif Ben Ammar vient de réaliser un nouveau film intitulé Les Palmiers blessés dont l’avant-première a eu lieu à Tunis en juillet (2010) et à Alger le 12 octobre dernier et qui a été sélectionné pour représenter la Tunisie aux Journées Cinématographiques de Carthage 2010 (23-31 octobre). Neuf années se sont écoulées depuis son dernier film, Chant de la Noria réalisé en 2001.

A. Ben Ammar explique ce laps de temps par la difficulté de faire des films en Tunisie et par les grands moyens que cela nécessite (voir entretien avec le réalisateur). Sa rencontre avec la productrice et réalisatrice algérienne Nadia Cherabi a été très importante, nous confie-t-il, puisqu’elle a donné naissance à ce film qui est donc une production tuniso-algérienne. Les Palmiers blessés a été tourné durant huit semaines dans la région de Bizerte qui fut le théâtre du conflit politico-militaire qui opposa la France à la Tunisie durant l’été 1961 «et qui est aujourd’hui pratiquement oublié». Travail de mémoire ? Non, nous dit Abdellatif Ben Ammar qui se défend de faire œuvre d’historien. Le cinéma est avant tout un travail artistique mais certes porteur d’un message. Abdellatif Ben Ammar, à travers le personnage d’une jeune joué superbement par Leila Ouaz (grande révélation du film), est à la recherche de la vérité historique. Cette vérité concerne tous ces milliers de volontaires patriotes qui se sont mobilisés pour cette guerre au risque de leur vie. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Personne ne nous le dira. Archives manquantes, dispersées, désordonnées, enfouies dans des espaces oubliés. Que reste-t-il de cette guerre en dépit de la commémoration le 15 octobre de chaque année de l’évacuation de Bizerte ? Sinon les souvenirs de ceux qui l’ont vécue et leurs souffrances. 12 000 victimes lors d’une bataille d’une violence inouïe qui n’aura duré que près de 90 heures (19-23 juillet 1961). Le film est, en ce sens, une réhabilitation de la mémoire d’une ville et d’un pays envoyée aux oubliettes.

 

 

 

Vue aérienne de Bizerte en 1961 (Source : www.lac-de-bizerte.com)



Mais, 1961 n’est pas la seule date en question. Abdellatif Ben Ammar a cherché à évoquer des événements aussi tragiques comme la guerre du Golfe de 1991 et le terrorisme en Algérie (1991 et années suivantes) ayant fait plus de 100 000 victimes. Pourquoi cette alternance de deux époques : le passé et le présent ? Est-ce une manière de dire que l’histoire est un perpétuel recommencement ? Ou est-il plutôt question de renouer un lien plus fort entre les générations pour que toute distance entre elles s’estompe et que s’opère une continuité historique ô combien importante pour l’identité d’un pays ? Chama, dans sa quête de la vérité quant à la mort de son père, n’a que trente ans. Elle est née -simple hasard ou étrange coïncidence ?- en 1961, date de la guerre de Bizerte et de la perte du père dont plus personne ne se souvient en dehors de sa famille. Un message fort envoyé aux jeunes face à l’amnésie historique dans laquelle ils vivent : l’histoire forge l’identité d’une nation et cimente une société. Mais aussi à tous, jeunes et moins jeunes : l’histoire collective n’est que le résultat d’une accumulation d’histoires individuelles. Le lien est fort et indissociable. Une manière de rompre avec cette conception officielle de l’histoire qui voudrait que ce soit les grands de ce monde qui font l’histoire.

 

 


Le film, à travers le personnage de Hechmi Abbès, un intellectuel imposteur, tient à dénoncer ceux qui falsifient et instrumentalisent l’histoire et pose aussi l’épineuse question de l’absence d’archives dont Abdellatif Ben Ammar soulignera la difficulté qu’il a rencontrée pour se procurer quelques images réelles de notre histoire. Le recours aux archives internationales pour décrire nos réalités nationales montre toute l’acuité de la question.


Mais le film, en superposant diverses histoires, tendrait à noyer celle qui est, qu’on le veuille ou non, au centre du film : la recherche de la vérité sur la mort d’un volontaire de la guerre de Bizerte. D’autant que l’Algérie que l’auteur du film inscrit dans le récit filmique par la présence du couple algérien en exil à Bizerte n’est que simplement évoquée. Au lecteur d’imaginer les souffrances de toute une population du fait du terrorisme. Le lien tel que conçu est, avons-le, forcé et quelque peu superficiel.

Abdellatif Ben Ammar a tenu à cette occasion à rendre hommage à ses amis artistes liés au musicien algérien dans une scène éblouissante cinématographiquement mais qui demeure rattachée artificiellement à l’intrigue. Le message devient diffus. Le spectateur s’y perd. Pourquoi vouloir dire tout dans un seul film ? C’est un peu le grand reproche que l’on fait souvent au cinéma en Tunisie.
En dehors du montage qui coupe brusquement quelques scènes et du jeu quelque peu artificiel de Naji Najah, les soucis esthétiques de Abdellatif Ben Ammar sont bien là et confèrent au film une beauté incontestable par l’esthétique de l’image et de la musique qui adoucit le film. Abdellatif Ben Ammar usera de moyens comme de larges cadrages et de gros plans en mouvement pour dire tantôt la solitude des personnages, tantôt « la violente tendresse des innocents en quête de vérité » mais aussi de bonheur. Le rythme saccadé des images d’archives montre bien la violence des guerres dévastatrices. Et Bizerte filmée avec lenteur par des journées d’hiver caressées par une brise marine annonce, dès le début du filme, sa tragédie passée (ses milliers de morts) et présente (sa mémoire oubliée). Le film, en dehors des scènes extérieures, est basé sur un jeu d’ombre et de lumière. L’intérieur vit plutôt dans une sorte de pénombre qui renforce la solitude des personnages à la recherche de repères. Tout est basé sur l’émotion rendue et suscitée par cette voix off qui nous interpelle et aussi par cette musique douce de l’Algérien Farid Aouameur. Certains y verront une sensibilité à fleur de peau. Après tout le cinéma n’est-il pas émotion ?

 

Noura Borsali

 

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