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2010 : ANNEE CONTRE LE CINEMA Version imprimable Suggérer par mail
2010 vient d’être proclamée « année du cinéma » en Tunisie alors que cela fait deux mois qu’elle a commencée, il faudrait donc dire les « 10 derniers mois de 2010 mois du cinéma » pour être plus exact. Ça commence mal ! Déjà, la fin de l’année 2009 était particulièrement déprimante...


RÉGRESSION SOCIALE

La sortie du dernier long métrage tunisien en date à la rentrée 2009 s’accompagne d’une polémique vaine qui n’aurait pas eu lieu il y a encore 10 ans tant elle témoigne de la régression liberticide de notre société. Une comédienne apparue nue dans le film est lynchée dans les médias et sur Internet (et même menacée de mort dit-on) dans le silence complice du milieu du cinéma et des autorités. En cette aire de populisme et de démagogie installée par certains médias et certaines personnalités influentes gravitant autour du pouvoir comme des mouches autour d’une merde, aucun intellectuel, aucun artiste, aucun responsable, aucun journaliste, aucune corporation n’ose et ne peut plus prendre des prises de position fortes, fermes et radicales contre les fantômes à barbes qui, tapis dans l’ombre, hypnotisent le peuple et lui font miroiter les mirages d’un bouillie théologico-politique à base d’un wahhabisme cool et sympa en costard cravate qui écoute en boucle le Coran sur son I-Pod, d’un salafisme régressif mais sexy où tu peux mettre un string du moment que tu mets un voile et où tu mouilles en écoutant les prêches de Tariq Ramadan, d’un islamisme conquérant et décomplexé qui autorise la fellation mais pas la sodomie, en un mot : une société sans tabous, mais qui interdit tout. Il n’y a qu’à voir les feuilletons ramadanesques tunisiens qui cartonnent : sexe, drogue et rock’n roll. Mais attention, à la fin sont prévues une serie de punitions pour tous les contrevenants à la morale (la fille libre est violée, le trafiquant de drogue au grand cœur est tué...) et des leçons de patriotismes qui n’en finissent plus de la pure espèce fasciste.


CONDITIONNEMENT TÉLÉVISUEL

Par ailleurs, conditionné par la vision de la télévision et la consommation d’Internet et déshabitué du dispositif complètement à l’opposé des salles de cinéma, les spectateurs ont calqué leurs comportements hérités de ces visions dans la salle. Le chaos a régné pendant les projections des « Secrets » de Raja Ammari et ce phénomène observé timidement depuis des années a atteint son apogée avec ce film notamment à cause de la présence au générique d’un comédien adulé d’un soap-opera ramadanesque. La stratégie consistant à le mettre en avant lors de la communication autour du film s’est révélée à double tranchant : elle a fait le succès en termes d’entrées des premières semaines mais elle a aussi participé à la clochardisation sans précédent du film au moment de sa projection et a l’amplification d’une polémique qui ne peut qu’être nuisible au cinéma. Le film a donc bien marché pendant deux ou trois semaines puis le cours normal des choses a reprit le dessus. Le D.V.D. piraté était disponible dans les 70.000 points de vente du pays et quelques jours plus tard le film était disponible en téléchargement et en streaming sur Internet. Les entrées sont donc tombées en flèches, la polémique s’est dissipée d’un coup puisqu’il n’y avait plus de nouveaux spectateurs pour la faire enfler et tout est retourné à la normale, tout est retourné au silence, en silence.


VOL MAFIEUX


Dans un silence tout aussi complice, une salle de cinéma vient d’être transformée en magasin de prêt-à-porter après avoir été fermée pendant des années, en plein cœur de la capitale et au grand mépris de la loi. Une autre salle vient donc d’être victime de pratiques mafieuses sous les regards hagards des autorités qui n’appliquent leurs lois que contre les plus faibles : cette boutique, comme le centre commercial à quelques mètres d’elle est en infraction patente car la Tunisie interdit la transformation d’une salle de cinéma en autre chose qu’une salle de cinéma. Et entre ses deux commerces hors-la-loi dans l’artère principale du pays, les flics effectuent des rafles pour le service militaire au nom de la loi suprême du service rendu à la nation alors que la nation baisse son froc et se fait sodomiser par une poignée de bandits de petits chemins contrairement aux préceptes de l’islam qui, je vous le rappelle, permet la fellation mais interdit la sodomie !


BAISER DE JUDAS PROFESSIONNEL


L’année 2010 s’annonce tout aussi désavantageuse pour le cinéma que sa précédente. Encore plus grave, se sont « les professionnels de la profession » eux-mêmes qui lui portent des coups en cette année de son 115ème anniversaire.Avec huit mois de retard, la commission consultative pour la réforme du cinéma rend enfin un « projet de rapport » : projet incohérent, rétrograde et tragicomique. Certaines de ses propositions sont en complète contradiction avec ses objectifs affichés. L’objet de ce projet est la « préservation de l’identité tunisienne » et la protection de notre « exception culturelle ». Or, pour pallier à la crise de la distribution et de l’exploitation, la solution préconisée est la création de « multiplexes ». Il ne faut pas être un spécialiste pour savoir que les multiplexes n’obéissent qu’à une logique marchande copiée sur le modèle des grandes surfaces et que leurs promoteurs n’en auront rien à foutre d’identité et d’exception culturelle. D’autre part, à certaines problématiques issues des bouleversements qu’a connu le cinéma en Tunisie ces dernières années (accroissement des diplômés, des sociétés de productions, de courts métrages autofinancés...), le « projet de réforme » répond par des mesures coercitives notamment par la volonté d’instauration d’une catégorisation des sociétés de production selon des cahiers de charges bien précis ce qui marquera un frein considérable pour une majorité des travailleurs du cinéma (une société donnée n’aura pas le droit par exemple de postuler pour une subvention pour un projet de long métrage si elle n’a pas au préalable rempli certaines conditions). Aussi, certaines propositions témoignent d’un désir évident de certains producteurs de profiter au maximum de cette réforme selon leurs besoins en s’attribuant par exemple d’éventuelles aides à l’écriture et à la distribution (qui devraient bien entendu échoir aux scénaristes et aux distributeurs). Etc.

Si ça continue de cette manière, 2010 sera davantage une autre année « contre le cinéma » que « l’année du cinéma ».


LA DERNIÈRE HEURE PEUT ÊTRE AUSSI LA PREMIÈRE


Alors évidemment, tout cela n’empêche pas encore les films de se faire tant bien que mal, malgré l’incompétence et la corruption de l’administration, malgré l’omni-surveillance policière et à la barbe même des barbus. Ils se font encore grâce à la résistance de certains et à la solidarité qui les unie autour du cinéma, à la fois leur art et leur métier : techniciens, réalisateurs, comédiens... Ceux-là qui acceptent la plus part du temps de travailler bénévolement ou bien d’être payer quand le bon vouloir d’un ou deux bureaucrates leur permettra d’avoir l’une des tranches de la subvention que le film a obtenu. Ceux-là qui acceptent souvent des conditions de travail difficiles pour que l’œuvre puisse exister. Ceux-là à qui la commission consultative pour la réforme du cinéma n’a pas cru bon de consacrer plus d’une seule phrase alors qu’elle s’est évertuée pendant les 40 pages qui composent son projet de réforme de défendre l’idée d’agrandir le « gâteau et de se le partager », mais rien qu’entre « producteurs de notoriété ». Ceux-là qui n’ont pas de statut social particulier alors que leur travail est si particulier.

Mais ceux-là sont amenés aujourd’hui à prendre conscience que cet acquis précaire de simplement « faire un film » est assaillit de toutes parts : à la fois par l’état et par les shérifs hors-la-loi qui sévissent dans le pays, par la tranche la plus réactionnaire de la population et par certains rapaces du milieu du cinéma lui-même. Le cinéma encore de l’ordre du possible précaire aujourd’hui risque d’être de l’ordre du souvenir nostalgique demain, et le jeune diplômé en cinéma, le techniciens confirmé ou le passionné autodidacte n’auront d’autres alternatives que le chômage, la retraite anticipée ou être vendeur dans une boutique de gravure. Il ne s’agit donc plus d’être dans l’expectative, le silence et la nonchalance. Chaque parcelle de liberté que nous offre le cinéma doit être défendu farouchement, chaque salle de cinéma encore existante doit être défendue comme notre propre maison, chaque projet de loi qui soit en défaveur du cinéma doit être combattu tout aussi farouchement. Ensuite il s’agit de s’organiser, ou plutôt d’inventer une organisation. Non pas s’organiser autour d’une structure quelconque qui ne fera que scléroser le mouvement, mais de s’organiser pratiquement pour faire, voire et donner à voir des films, contre tous ceux qui pour une raison ou pour une autre voudrez que cela ne soit plus faisable. Il est impératif que la solidarité non pas seulement continue mais encore qu’elle augmente et elle ne pourra l’être que si elle aboutit à de nouveaux systèmes de production et de diffusion. Enfin il s’agit de désobéir quand cela est nécessaire à la survie de notre art et de notre métier. Et ce qui semble aujourd’hui être la dernière heure du cinéma en Tunisie tant il y est en crise, peut se transformer en première heure d’une nouvelle vie.

 

Par Ismaël إسماعيل

 

 

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