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Dawaha de Raja Amari Version imprimable Suggérer par mail

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Silence on dort !


Trois personnages féminins représentant trois générations: Aïcha (Hafsia Herzi), Radhia (Sondoss Belhassen) et la mère (Wassila Dari) hantent un château au style colonial hybride, situé dans les chemins campagnards de la banlieue de Tunis.

Coupée du monde, loin des lumières de la ville, telles des fantômes en permission, ces femmes d’un autre monde, d’un autre âge, vivent quasi recluses dans les dépendances au sous-sol de ce manoir isolé et abandonné. Jusqu’au jour où un couple fait irruption dans la forteresse. Ali (Dhafer L’Abidine), le petit des anciens maîtres de céans, chez lesquels la mère était domestique, débarque avec son amie Salma (Rim El Benna) pour passer un week-end en amoureux.

L’incursion de ces amants qui s’installeront à l’étage, tout en ignorant l’existence de ces femmes cloîtrées, perturbera l’équilibre infligé d’une main de fer par la mère.

Il faut dire que Aïcha, personnage moteur sur lequel s’ouvre le film, en train de se raser les jambes dans les toilettes, est une adolescente naïve en diable et en plein éveil des sens. En se rasant, elle se blesse… Le sang coule… Il y a de la violence dans l’air, d’autant que Aïcha est attirée par le monde extérieur et fascinée par Salma qui, à ses yeux, incarne la féminité et la liberté, objets du désir.

L’histoire de ce trio féminin perturbé par l’arrivée d’intrus dans leur monde clos et fermé sur ses secrets inavoués nous renvoie directement au film culte de Pier Paolo Pasolini, Théorème où «un émissaire divin sème le trouble dans une famille bourgeoise faisant voler en éclats toutes les valeurs désuètes».
Mais, retrouve-t-on dans Dawaha de Raja Amari la profondeur, l’humanité et la spiritualité du film du grand poète et cinéaste italien ? Que nenni ! On est si loin du compte.

Dawaha de Raja Amari nous plonge dans un huis clos spatial et psychologique (encore !), non pas pour nous raconter une bonne fable accrocheuse, qui nous interpelle, nous touche, nous émeut, mais pour nous servir des portraits psychologiques de personnages peu attachants, peu convaincants,  de situations embrouillées,  sans queue ni tête, truffées de dialogues naturalistes sans sensibilité, ni poésie aucune, de symbolismes, de citations du cinéma universel et autres Pasolini, Bergman, Polanski, entre autres. Mais, suffit-il de citer pour faire du bon cinéma, créer son propre univers et réussir un bon film ?

Dans un décor marquant la hiérarchie et les différences sociales, à l’instar de Les Silences du palais, de Moufida Tlatli, deux mondes s’opposent: Ali, l’héritier des anciens maîtres du château, et Salma sont installés en haut, et le trio féminin claquemuré et figé dans le passé demeure en bas, dans le noir caveau, où, à l’image du robinet de la cuisine dont l’eau a cessé de couler, la vie s’est arrêtée.

La psychologie des personnages : ça cale

Paradoxalement, l’opposition de ces deux mondes n’a pas généré un contraste frappant des lumières, puisque l’éclairage est partiel aussi bien à l’étage qu’au sous-sol. Tout est filmé dans la  pénombre sécrétant une image curieusement délavée, pas belle du tout. C’est que Dawaha est extrêmement kitch dans la forme, se voulant à la fois un conte, non pas merveilleux, puisque le sang coule à flots (nous avons compté quatre meurtres et un avortement) et un thriller psychologique à l’atmosphère glauque.
Toutefois, si quelques ingrédients de ces genres existent (le château mystérieux et délabré une Cendrillon à contre-emploi (Aïcha) des chaussures façon Red Shoes de Kim Yong Kyun, un Prince charmant (Ali) une marâtre (la mère) et une mégère (la sœur), une berceuse inaudible, des bruits étranges, séquestration, meurtres à la chaîne), on se demande alors d’où vient ce sentiment d’apathie et d’impassibilité ?
C’est que le résultat escompté, soit la montée de la tension dramatique — les frissons, l’angoisse, l’atmosphère électrique, le suspense, les sensations fortes — est raté.

A cela, on peut avancer quelques explications : disons d’abord que ça cale au niveau de la progression, aussi bien de la psychologie des personnages que de la construction dramaturgique.

D’où les scènes décousues, mal ou brusquement amenées qui deviennent à la limite gratuites (celles des toilettes où Radhia s’adonne au plaisir solitaire, la scène ridicule où la mère vérifie la virginité de Aïcha, ce qui a suscité l’hilarité du public, la scène où Radhia prend un bain, voire aussi la scène de folie meurtrière qui s’empare de Aïcha, etc.)

Comme dans Satin rouge, le premier long métrage de Raja Amari, marqué par l’absence flagrante du processus de la progression du désir chez les deux personnages centraux, Lilia et Chokri; dans Dawaha, l’évolution et la transformation psychologique du personnage de Aïcha ne sont pas totalement abouties. D’où l’absence de conviction de son passage à l’acte, donc au meurtre. Une résolution finale facile, en fait si peu crédible.

Disons ensuite, que pour créer l’atmosphère d’étrangéité, les films cultes du genre thriller psychologique se sont distingués par un son d’une richesse inouïe ayant nécessité un travail en profondeur.
Dans Répulsion, par exemple, la bande - son d’une inimaginable étrangéité, à couper le souffle, de bruits mystérieux entre cris et chuchotements, berceuse même, écoulement d’eau et nous en passons, a largement contribué à son succès. Ce qui n’est pas le cas de Dawaha. Et si nous avons cité  ce chef-d’œuvre  de Roman Polanski, c’est parce que les secrets enfouis dans Dawaha sont révélés comme dans Répulsion (Est-ce encore une citation ou une reproduction?) grâce à une photo de famille des anciens maîtres du château sur laquelle on aperçoit furtivement Radhia enceinte et où l’on comprend que Aïcha est le fruit d’un inceste.

Enfin, Dawaha se clôt sur cette scène où Aïcha marche dans la grande avenue en robe blanche tachée de sang, heureuse d’avoir remis les pendules à l’heure et enfin libérée, au prix fort, par le sang. Nous aussi étions enfin sortis du cauchemar et libérés de l’état d’étouffement, d’endormissement, d’engourdissement et d’hibernation spirituels et émotionnels dans lequel nous a plongés le film. Tout ça pour ça ? On en reste coi.

 Dawaha, encore sur les érans de Tunis, draine, relativement aux récents film tunisiens, les spectateurs, a-t-on appris, puisqu’en deux semaines du 3 au 15 décembre il a réalisé 170184 entrées dans trois salles: «Ce qui est excellent» commente Habib Bel Hédi, l’exploitant du  CinémAfricArt.
D’aucuns expliquent cela entre autres par l’effet facebook et Mosaïque FM et le débat créé autour de Rim El  Benna, l’une des interprètes du film, ainsi que par le phénomène Dhafer L’Abidine qui attire la gent féminine. Pourtant, il n’a fait que traverser le  film. Mais, pour notre part, c’est bien Hafsia Herzi  (Aïcha) révélée notamment dans La graine et le mulet de Abdellatif Kechiche pour lequel elle a obtenu le César du meilleur espoir féminin, qui a porté, vaille que vaille, tout le film sur ses frêles épaules.
Bref, ce bas vol au-dessus d’un nid de hiboux ne nous a guère réconciliés avec le bon cinéma. Loin s’en faut.

Maintenant, une question s’impose : jusqu’à quand notre cinéma, à quelques exceptions filmiques près, va-t-il nous ignorer?

Quand donc nous exprimera-t-il enfin ? Ici et maintenant.

Samira DAMI
 

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