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Marc Scialom. Chronique incandescente de l’innocence perdue Version imprimable Suggérer par mail
http://www.sudplanete.net/_uploads/images/personnes/SCIALOM_Marc_2008.jpgLe cinéaste franco-tunisien Marc Scialom réalisait en 1969 un film essentiel pour témoigner de l’immigration, des identités mouvantes et de celles assignées. Il sort aujourd’hui en salles. Quarante ans après, actuel, terriblement.

Lettre à la prison, de Marc Scialom. France. 1 h 10.
 


Film ressuscité des cendres de l’oubli, Lettre à la prison n’a pas été visible durant près de quarante ans. Son réalisateur Marc Scialom, émigré de Tunisie en France après l’indépendance, signait alors une œuvre mêlant selon ses propos « la réalité la plus objective et la subjectivité la plus profonde ». Le tournage, sans autre moyen qu’une caméra prêtée par Chris Marker, s’est déroulé en 1969 à Marseille. D’autres images proviennent d’un film antérieur réalisé en 1957 à Tunis, En silence. Là c’est une voix, off, âpre des vérités intimes qu’elle charrie, qui va donner corps à la trame narrative. Tahar, un jeune Tunisien, débarque du paquebot Avenir sur le sol français. Sa famille l’a chargé de venir en aide à son frère aîné emprisonné à Paris pour des raisons que l’on pressent graves. Un crime, au moins, élucidé en toute fin par une justice qui n’a d’autre territoire que la réalité des faits, d’autres contingences que leur établissement. Il ne peut en aller de même pour Tahar. Il ne parviendra à la conviction de l’innocence de son frère que par

l’expérimentation de sa propre existence en terre d’exil. Et c’est l’incandescence d’un cinéma d’intense liberté formelle, d’images documentaires ou hallucinées filmées avec trois fois rien comme les facettes d’un diamant qui révélerait ses faces étincelantes en même temps que la terre noire dont on l’extrait, montées comme en une danse de brandons qui se passeraient leur incendie.

Tout de suite, il y avait eu une femme, relevant son visage et les flammèches de ses cheveux aux irradiations solaires. Blanche qui résiste à l’oubli par son souvenir reconvoqué, reconstruit dans ceux des belles étrangères croisées dans la ville, confondu avec le cadavre sanglant d’une assassinée. Tout de suite aussi, depuis le bateau, le vent au souffle envahissant comme un flot de paroles inaudibles d’une rive à l’autre de la
Méditerranée. À Marseille, Tahar ne se connaît ni ne se reconnaît plus. Les Français demeurent opaques avec leurs regards incapables de le discerner autrement qu’au miroir de leurs fantasmes, fussent-ils ceux de l’antiracisme. Les Tunisiens qu’il y rencontre sont étrangement différents de ceux de Tunisie. Méconnaissables, sinon les vieux qui conservent costumes et coutumes, incapables de parler à leurs petits-enfants. Parmi les scènes les plus déchirantes, au sens propre, on s’absorbe dans celles d’une fête familiale tunisienne sur une terrasse marseillaise et les passages que perce alors Scialom avec une autre ville blanche, une cour de la ville arabe de Tunis. « Je veux savoir à qui je ressemble », « Attention quand tu deviens un autre », des fragments de la lettre que Tahar adresse à un frère qu’il n’est pas sûr de comprendre encore résonnent au-dessus de ses cauchemars et de leurs béances métaphysiques. Subreptices comme des fumées, ils s’insinuent dans la vision documentaire des rues marseillaises, des chantiers, des gares… Paris ne sera jamais montré, qui dépasse l’imagination. On imagine pourtant, beaucoup. On déduit des répliques désynchronisées, des objets symboliques que l’inconscient déplace ou métamorphose, à l’instar du plâtre dont les mains immigrées édifient les maisons et de quoi peuvent naître des masques mortuaires. Images valises et vraie valise en carton d’où s’observe la vie ambiante. Le film, finalement, ne plaira pas à Chris Marker. Jean Rouch, lui, le projettera, saluant ce tribut au surréalisme d’un film… français. La subjectivité à l’œuvre devait l’empêcher de ressortir au film militant aux yeux d’une gauche ignorant alors que là se tisse l’universel.

Dominique Widemann

 

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