Advertisement

Recherche

Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

NOS PARTENAIRES

 
 
 

 

 

 

 


 


 

 

 
 
 
 

Films Tunisiens

Court métrage
Long métrage

Stats

Films: 524
Critiques: 2
Bandes annonce:
Commentaires: 226
Jaquettes: 0
Sauvé du néant Version imprimable Suggérer par mail

 

http://cine-serie-tv.portail.free.fr/critiques-de-films/03-11-2009/lettre-a-la-prison/lettre_prison_haut.jpg

 

 

Images noir et blanc, granuleuses, parfois griffées, comme un film d'archives, non, une bande amateur plutôt. Voix off mal assurée, qui paraît venue de nulle part et dont on entend pourtant après quelques phrases qu'elle sait où elle va, ou du moins qu'elle n'ignore pas ce que les mots veulent dire. Un paquebot entre dans le port de Marseille et déverse ses passagers sur le quai, qui découvrent ce pays dont on leur affirmait hier qu'il était le leur, qu'ils ne connaissent pas, dont ils vont devoir comprendre les usages. Pour commencer, il leur faut se faire au regard porté sur eux par les autres, et d'un même élan s'habituer à ne pas regarder les autres comme ils vous regardent.

 

L'homme qui parle a quitté la Tunisie pour se rapprocher de son frère, emprisonné, en instance de jugement. Quel crime a-t-il donc commis, ce frère que l'on ne verra jamais ? Il est question d'une femme, qui s'appelait Blanche, quel autre prénom pourrait lui convenir mieux ? Et alors l'homme regarde les femmes autour de lui, dans la rue, au café, sur la plage, avec les yeux de son frère, du moins est-ce ce qu'il imagine, et ainsi le spectateur voit ces femmes comme il ne les a jamais vues, il voit ce monde qui ressemble au sien comme s'il lui était étranger. Les visages, les rues, la circulation, les vêtements ne sont pas d'aujourd'hui, ils font leur âge, mais les comportements sont ceux de maintenant, qui dans le bousculement des époques et du temps acquièrent une force, une singularité, une forme d'évidence dont on essaie en vain de percer le mystère.


Qu'est-ce donc que ce film, qui par moments fait songer au Pasolini le plus dur, le plus pur, dont certains plans semblent extraits d'un Godard inédit ? «Lettre à la prison» sort du néant, réalisé en 1969, sans financement, au moyen de matériel prêté par Chris Marker, torpillé par le manque d'argent et l'absence de soutien, qui lui ont interdit de devenir seulement la maquette que son auteur souhaitait présenter à un producteur susceptible de financer ensuite un «vrai» film. Condamnation alors non pas à l'oubli, mais à la non-existence, condamnation à mort. Sa logique même voulait peut- être en effet que ce film par et sur des gens que les autres ne voient pas attende quarante ans dans des boîtes oubliées avant d'être vu enfin, oeuvre d'un inconnu du nom de Marc Scialom, juif italien né à Tunis, qui au lendemain de cette expérience cruelle, unique, s'est détourné d'un cinéma dont tout lui donnait à conclure qu'il ne voulait pas de lui. Il n'existait aucune copie de «Lettre à la prison», le film a été recréé à partir d'éléments de négatifs, avec le soutien de plusieurs associations et sous le regard du réalisateur, âgé aujourd'hui de 75 ans, et de sa fille Chloé, elle-même cinéaste.


Ces informations parcellaires ne comptent pour rien dans le choc provoqué par ce film qui semble épouser d'abord les contours du documentaire, avant de s'envoler pour des sphères inconnues, zébrées d'éclairs surréalistes, soumises aux pulsions les plus violentes, comme minées de l'intérieur, et enfin explosées. Pour finir, après avoir mobilisé tout ce que l'image, le son, le montage, les mots, les corps et les visages sont à même d'offrir, «Lettre à la prison», ce film maudit, ce film mort-né, referme avec une tranquillité si stupéfiante qu'elle en devient follement audacieuse la boucle qu'à lui-même il s'était donné de former. Et si ce film sorti du néant après quarante années de silence était tout simplement l'oeuvre la plus neuve proposée depuis des mois ?


Pascal Mérigeau

 

http://artsetspectacles.nouvelobs.com

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent   Suivant >


CINE CLAP

Tournage Chronique d’une agonie, un nouveau film de Ayda Ben Aleya

Mahrez KAROUI - (La Presse).
 Rêves et désenchantement

On n’a pas encore eu…     Lire la suite...

ECOUTEZ FRANCE MAGHREB 2

Powered by  MyPagerank.Net