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Eloge d'un cinéma tunisien, encore et toujours, engagé (III) Version imprimable Suggérer par mail
Eloge d'un cinéma tunisien, encore et toujours, engagé (III) Apologie de la métamorphose et affirmation du désir Dans la continuité de l'engagement social des pionniers du cinéma tunisien, voire dans la radicalisation de cet engagement, les cinéastes de la troisième génération, tel que nous l'avons analysé précédemment, ont saisi le présent, raconté et mis en scène des récits qui se passent ici et maintenant (Essaïda, Demain, je brûle, Khorma...) pour tenir un discours plus engagé que celui tenu par les prédécesseurs vis-à-vis de la nécessité et de l’urgence d’un projet de société définitivement doté des conditions de possibilités de la sécularisation et de la modernité.

Dans cette même perspective et briguant les mêmes valeurs, d’autres cinéastes de la Nouvelle Sensibilité, à l’instar de Néjib Belkadhi (VHS Kahloucha) et de Raja Amari (Satin Rouge) vont investir ce même présent pour s’autoriser les forces du réel et affirmer les voies de la libération de l’individu. Encore une fois, nous sommes dans le sillage des pionniers, dans les brèches qu’ils ont semés et encore une fois nous sommes face à des postures plus radicales, plus déterminées. Et si la radicalité de Zran, de Ben Ismaîl et de Saâdi, telle que nous l’avons vue, a partie liée à une forme de militantisme objectif, celle qui indexe la liberté des individus d’abord aux conditions matérielles, économiques et sociales, la radicalité des seconds est d’affirmer la liberté individuelle par l’affranchissement de la morale et par la libération du désir. En effet, les cinéastes de la génération précédente, et notamment Nouri Bouzid, ont inauguré la remise en question de la capacité de la morale, par le biais de la famille, à canaliser les pulsions et les affects. Les Sujets de leurs films échappent à l’impératif moral et à la résorption dans le symbolique, le temps où le Sujet renoue avec le monde originel, celui des pulsions, de la passion, des émotions et des affects. Seulement, ils n’ont pas doté le Sujet d’une capacité de transgression réelle, d’une affirmation de la liberté, car le dit Sujet est embrigadé dans une mémoire traumatisée et incapable de créer de nouvelles lignes de fuite.


Occupant la totalité de la brèche, Néjib Belkadhi (VHS Kahloucha) et Raja Amari (Satin Rouge), postuleront d’emblée, ici et maintenant, des Sujets libres et modernes de facto. Les Sujets de leurs films respectifs investissent l’ampleur du désir. Un désir qui se déploie dans une durée inaltérable dont les ressources sont le plaisir, voire la jouissance et dans un espace interstitiel franchement libéré des normes sociales ( la rue des laissés-pour-compte pour Kahloucha et le cabaret pour Lilia). 

 

A contre- courant des préjugés et de la doxa, Kahloucha, dont le récit relate une quête déjà sanctionnée par le succès, investit l’enfance de la rue d’un contenu inédit : «Naître dans la rue signifie vagabonder toute sa vie, être libre. Signifie accident et incident, drame et mouvement. Signifie par dessus tout rêve. Harmonie de choses disparates, qui donne au vagabondage une assurance métaphysique» (1). Une pensée du dehors qui ne concède point à la société conservatrice d’être l’unique alternative.

Dans Satin Rouge de Raja Amari, le récit s’attardera sur le poids oppressant des valeurs sociales et morales qui inhibent Lilia (le personnage principal), mais il saisira le dépassement d’une limite, certes symbolique mais incarnée matériellement, pour souligner la force de la pulsion et annoncer les ressorts cachés du désir : dès que Lilia franchit le seuil du cabaret, la fascination décuple la pulsion refoulée et Lilia s’affranchira des valeurs normatives jusqu’à la perversion. Lilia n’est plus uniquement une mère, assignée à une fonction sociale, elle est une femme dans toute la splendeur de sa qualité humaine, elle est Terrible: « (...) seul l’homme est susceptible d’un comportement pervers, contredisant toute prévision, toute norme, écrit Clément Rosset. Pervers, ajoute-il, c’est-à-dire sens dessus-dessous, ayant retourné le sens, aboli le sens. L’homme (...) capable d’emprunter tous les chemins, y compris les voies interdites, les voies apparemment impraticables. L’homme est une chose terrible, redoutable, parce qu’inattendue...»(2).

Lilia danse, danse et danse, elle ose tourner la page, exalte ce qu’elle sent de différent en elle, c’est précisément ce qu’elle possède de rare, ce qui fait sa valeur. Elle célèbre la joie et la donne. Elle prend un amant, et son corps exhume. Kahloucha (dans VHS Kahloucha) quant à lui est un homme debout et en cascades. Il joue ses films, les monte, les distribue et les diffuse dans l’un des cafés du quartier rebelle. Il rétribue ses acteurs et ses figurants par des bières et sème autour de lui la joie et l’exubérance.

Et, à notre avis, c’est à cela que tient la pertinence de ces nouveaux Sujets filmiques: ils sont rendus à leur humanité première. Ils ont été débarrassés des représentations culturelles qui les auraient assignés à tenir des rôles sociaux pour arpenter des chemins inattendus, impromptus, voire inenvisageables. De nouveaux Sujets donc, inédits, qui affirment, ici et maintenant, l’ampleur du désir, la positivité de la différence, la liberté de disposer de son être (de son corps et de son imaginaire). Qu’il s’agisse de Lilia qui s’épanouit dans un cabaret, ou de Kahloucha vedette du quartier des «intouchables», le Sujet a ébranlé les figures spatiales de la société patriarcale, a établi de nouvelles connections. Il a pu et su inventer un nouvel espace capable d’engager l’intersubjectivité sous des modes nouveaux (l’amitié, l’affinité, la sympathie, le plaisir, la jouissance, le libre choix et la reconnaissance de la valeur d’autrui indépendamment de son statut social...).

Dans le cabaret ou dans la rue, au dehors de l’enclos familial et de ses lois de filiation et d’identification, leurs récits se déploient dans un espace interstitiel libéré de tout régime prescriptif, disponible à l’affirmation du désir, du pathos, de la volupté et de la dépense de soi. Lieux transgressifs, chargés de forces, de potentialités, de valeurs connotatives positives (légèreté de ton, communication, complicité, audace et dépassement des limites physiques et sociales), distanciation jubilatoire du registre religieux (de ses arguments de marquage et de frontière) et des lois d’organisation sociale, culturelle, apparentes et cachées, actualisées ou immanentes : c’est la mise à mal du conservatisme, de l’habitus et de la doxa.

Sonia CHAMKHI

 

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